N°021_Vol.4_11
- IDENTIFICATION DES ECARTS PRAGMATIQUES ENTRE LES IMPLICITES DU TEXTE LA MATERNITE N’ETAIT PAS MON LOT DE SIMONE DE BEAUVOIR ET DES PAREMIES : UNE CONTRIBUTION A LA DIDACTIQUE DU TEXTE LITTERAIRE
- Arthur KIJINDIRE TUNDWA
- Doctorant à l’École Doctorale de l’Institut Supérieur Pédagogique, RDC
- Institution d’attache : Institut Supérieur Pédagogique d’Uvira
- (République Démocratique du Congo)
- ORCID iD : 0009-0005-2491-7061
- kijindiretundwa@gmail.com
- &
- Samson RUHEKENYA JUMAPILI
- Enseignant à l’École Doctorale de l’Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu
Introduction: Dans nos pays marqués par le plurilinguisme considérable, l’enseignement du français comme langue étrangère rencontre des défis majeurs. Les apprenants ont du mal à comprendre les textes littéraires écrits en français, souvent perçus comme éloignés de leurs univers culturels. Cela étant, plusieurs réalités évoquées dans les manuels de français sont parfois éloignées du vécu quotidien des apprenants ; un tel fait réduit la motivation et la capacité d’interprétation des textes littéraires. A cette situation s’ajoute le problème du vocabulaire abstrait et technique que regorgent les textes littéraires. La voie idéale à emprunter, c’est recourir aux savoirs endogènes des apprenants à l’instar des parémies. Cette position est aussi appuyée par le professeur Djédjé Hilaire Bohui ; dans Création, langue et discours dans l’écriture d’Ahmadou Kourouma, (2013 :89), il confirme qu’on insère des parémies dans les propos d’un auteur pour toucher les consciences des interpellés. De telles expressions sont censées entretenir des rapports avec des textes littéraires définis selon Anita Carlotti, dans Phrase, énoncé, texte, discours- De la linguistique universitaire à la grammaire scolaire (2011 : 33- 35), comme une production écrite conçue à partir de la lettre – mot – phrase – texte. Les textes sont, selon les propos de Jean Glorieux dans Le commentaire littéraire et l’explication de texte (2007 :8), détenteurs des représentations ou des images. D’après Gilles Siouffi et Dan Van Raemdonck, dans 100 Fiches pour comprendre la linguistique, (2000 :138), le texte est vu comme une chaîne linguistique parlée ou écrite formant une unité de communication.
Cet article se propose d’étudier des implicites générés par les énoncés du texte et des parémies tout en s’intéressant au sens contextuel et culturel. Une didactisation à l’africaine dans le cadre de cette étude soulève des questions suivantes : Les textes littéraires entretiennent-ils des rapports pragmatiques avec des parémies ? Quelles sont les obligations requises aux parémies issues des langues maternelles pour qu’elles soient capables d’expliquer un texte littéraire écrit en français ? Les hypothèses nous amènent à croire que les textes littéraires entretiennent des rapports de convergences des implicites. Il en est de même de la proximité contextuelle voire culturelle qui s’observe entre les énoncés du texte et les parémies. Bien plus, il existe des théoriciens qui se sont investis dans la pragmatique.
Franck Neveu montre dans Dictionnaire du langage, (2011 :286) que la pragmatique est un métissage incluant presque toutes les disciplines qui s’intéressent au langage. De leur part, Jacques Moeschler et Anne Reboul dans Dictionnaire encyclopédique de pragmatique, (1994 :22) confirment que les faits pragmatiques dépassent les différentes formes de mots. Dans Introduction à la linguistique contemporaine, (2009 :149) Jacques Moeschler et Antoine Auchlin soulignent que la pragmatique linguistique étudie les actes de langage et le rôle de l’intention du locuteur. Elle est centrée sur l’efficacité du langage dans l’interaction. Bien plus, dans l’article « Mon tout dernier cours : la pragmatique demain » publié dans Nouveau cahiers de linguistique française, (2019 :397-421) Jacques Moeschler montre que la pragmatique interculturelle est une voie incontournable pour étudier ce qui consolide ou frustre la communication entre les locuteurs issus des cultures différentes. Dans le même ordre d’idées, Jean-François Chanlat et Philippe Pierre, dans Le management interculturel : Évolution, tendances et critiques, (2018 :20) montrent qu’une analyse interculturelle, c’est l’étude des malentendus liés aux rencontres et aux « chocs » de cultures. De sa part, Jean Louis Chiss, Jacques David et Yves Reuter soulignent, dans Didactique du français : Fondements d’une discipline (2015 :62) que la maitrise des sens de propos des interlocuteurs facilite la rétention de ce qui est dit implicitement.
Il existe un nombre de chercheurs qui ont contribué dans ce domaine de recherche. Le chercheur Taoufiq Kadri a, dans son article « Vers une didactique de l’interculturel en classe de FLE, (2020) », montré comment utiliser les textes littéraires et les documents authentiques dans une perspective interculturelle. Bien plus, François Schmidt fournit dans « Approche interculturelle et perspective co-culturelle en français langue étrangère en contexte pédagogique hétéroglotte », (2023) ; des modalités pour intégrer l’interculturel dans l’enseignement du français. Zaima Allaoui, Mohamed Wafiq Samai et Abdeldjabar Khodja ont montré dans leur article « Développement de la compétence interculturelle des apprenants de FLE à travers l’enseignement de la pragmatique » que le recours aux données culturelles développe la compétence interculturelle. Cet article se sépare des travaux antérieurs par le fait qu’il s’agit d’un exercice d’application sur un corpus bien identifié,…..
Résumé : Cet article s’inscrit dans le domaine de la didactique du français orientée en pragmatique interculturelle. Il analyse les écarts pragmatiques entre les implicites du texte littéraire : La maternité n’était pas mon lot de Simone de Beauvoir tiré du manuel Anthologie 5e de Clotilde Meeus, p.188 et ceux des parémies locales. Cette étude vise à montrer que la mise en relation des énoncés du texte avec des expressions populaires locales facilite une certaine proximité contextuelle et culturelle. Elle se repose sur une démarche comparative entre les présupposés et les sous-entendus qui sont véhiculés par les deux types de discours. L’objectif est de mettre en évidence les convergences, les divergences et les éventuels malentendus entre les discours des cultures différentes. Les éléments décodeurs proviennent des trois langues locales : le kifuliiru (J63), le kirundi (J62) et le kiswahili (G42). Les résultats attendus devinent que les parémies constitueraient un support didactique pertinent pour faciliter l’interprétation des textes littéraires.
Mots-clés: Pragmatique, interculturelle, texte, maternité et parémie.
Conclusion: En définitive, l’auteure exprime un choix de vie, ce qui fait que le texte est très introspectif et subjectif. Il s’agit d’un contexte existentialiste et féministe valorisant l’autonomie individuelle. Le texte se rapproche de la tradition philosophique de l’existentialisme français, où les choix individuels sont centraux. Cela veut dire que chaque femme doit choisir librement d’être mère ou non. C’est une façon de dire que l’épanouissement d’une femme peut passer par une autre voie et pas nécessairement le fait d’enfanter des enfants. Une telle position ramène l’auteure à critiquer implicitement les normes sociales ; c’est pourquoi nombre des parémies s’opposent aux énoncés du texte, sauf trois d’elles qui appuient en soulignant la fidélité aux engagements de départ. Sur le plan pragmatique, il s’atteste une contradiction entre ambition de l’auteure et vécu quotidien de la vision du monde dans les cultures locales. Aucune parémie n’a appuyé le rejet de la maternité : ne pas enfanter, c’est un malheur d’où les expériences et arguments de l’auteure s’opposent aux normes sociales. Les parémies mobilisées opposent presque le choix personnel de l’auteure à la vision africaine traditionnelle; ce qui crée un choc interculturel. Il se justifie qu’une femme doit accueillir la maternité comme un don voire une grâce conduisant à sa propre valeur. La vision féministe de Simone de Beauvoir n’est pas la bienvenue en Afrique noire traditionnelle à travers les parémies locales.
Références bibliographiques
- Allaoui, Z. & al. (2024), Développement de la compétence interculturelle des apprenants de FLE à travers l’enseignement de la pragmatique, Akofena, 13(5), 203-213
- Carlotti A. (2011). Phrase, énoncé, texte, discours- De la linguistique universitaire à la grammaire scolaire, Lambert-Lucas, Limoges
- Bohui, D.H, (2013). Création, langue et discours dans l’écriture d’Ahmadou Kourouma, Editions le Graal, Abidjan
- Chanlat J -Fr. & Pierre Ph. (2018). Le management interculturel :Évolution, tendances et critiques, Editions EMS, Boulevard du Marechal Leclerc
- Chiss J.- L. & al. (2015), Didactique du français : Fondements d’une discipline, De Boeck, Louvain-la-Neuve
- Glorieux J. (2007) Le commentaire littéraire et l’explication de texte, Editions Marketing S.A Paris- Cedex 15
- Kadri T. (2020). Vers une didactique de l’interculturel en classe de FLE, Langues et Usages 3(4),429-440
- Meeus, C. )2000 (. Anthologie 5e, CRP, Kinshasa I
- Moeschler, J. & Reboul A. (1994), Dictionnaire encyclopédique de pragmatique, Le Seuil,
- Moeschler, J. & Auchlin, A. (2009), Introduction à la linguistique contemporaine, Arman Colin, Paris
- Neveu, F. (2011). Dictionnaire des sciences du langage, Armand Colin, Paris
- Schmitt F. (2023). Approche interculturelle et perspective co-culturelle en français langue étrangère en contexte pédagogique hétéroglotte », Neofilolog, Czasopismo Poliskiego, Vol, 60, No 1, 31-44.
- Siouffi, G. & al. (2000). 100 Fiches pour comprendre la linguistique, SEPEC, Paris
