• ANALYSE ETHNOLINGUISTIQUE DES RITUELS DE SALUTATION EN MOORÉ ET EN JAPONAIS : UN REGARD CROISÉ
  • SUR LES HABITUDES LANGAGIÈRES
  •  
  • Issa OUEDRAOGO
  • Université Lédéa Bernard OUEDRAOGO
  • ORCID iD: 0009-0008-4134-1633
  • ouedraogoissa323@gmail.com
  • &
  • Kadidjatou GUIBLEWEOGO/SORE
  • Université Joseph Ki-ZERBO/ LADIPA/Cellule d’Etudes et de Recherches
  • en Traditions orales
  • ORCID iD: 0009-0001-2728-0511
  • kadisore480@gmail.com

Introduction: L’homme vient au monde dans un état d’inachèvement et de dépendance biologique et linguistique qui l’oblige à s’adosser à ses pairs pour assurer sa survie et son développement. Cela pose de facto la problématique de la diversité des races, langues et cultures, donc de la vision du monde de chacune d’elle et des interactions entre elles à partir de la salutation pour exprimer une vision du monde de la promouvoir la cohésion sociale et la paix par l’articulation des messages oraux. Comme le rappelle J.D. Penel (1986 :45), « l’oralité ne se définit pas exclusivement par la présence de la parole. Elle se caractérise aussi par d’autres traits tels que le cadre et le moment dans lesquels la parole est produite, les relations entre les personnes qui parlent et écoutent ». C’est précisément dans cette articulation entre langue, parole, temporalité et interdépendance relationnelle que s’inscrivent les rituels de salutation. Loin d’être de simples formules périphériques ou des automatismes creux, ils fonctionnent comme des opérateurs pragmatiques fondamentaux de la cohésion sociale.

A ce titre, la principale question est la suivante : quelle est la structuration lexico-sémantique homologue dans les pratiques langagières quotidiennes à travers les salutation chez Moose et les Japonais ? les questions secondaires qui en découlent sont : (i) quels sont les entrées lexico-sémantiques se référant aux salutations en Moore et en Japonais (ii) Quelle vision ethnolinguistique ces structures lexicales et sémantiques y font-elles référence ? (iii) Quel est le rôle de ces pratiques langagières dans la régulation des tensions sociales et la promotion des valeurs sociales pour l’équilibre communautaire ?  En guise d’hypothèse principale, l’étude postule que la structuration lexico-sémantique des salutation chez Moose et les Japonais attestent une homologie culturelle même si les deux peuples sont différents. Les hypothèses secondaires quant à elles sont entre autres : (i) les entrées lexico-sémantiques renvoient aux salutations en Moore et en Japonais ; (ii) ces structures lexicales et sémantiques renvoient à une vision ethnolinguistique attestant des fondements, des rituels et des expériences socioculturels quotidiens observables ; (iii) les pratiques langagières par leur diversité contribuent selon l’étude à la régulation des tensions sociales et la promotion l’équilibre communautaire ? Dans une perspective comparative, le présent travail vise à examiner la structure de ces énoncés au sein de deux espaces linguistiques et culturels géographiquement éloignés : le Moore (Burkina Faso) et le Japonais (Japon). Les objectifs secondaires concourent à (i) identifier les entrées lexico-sémantiques renvoyant aux salutations en Moore et en Japonais ; (ii) déterminer les structures lexicales et sémantiques se référant aux fondements, rituels et expériences socioculturels des deux communautés observées ; (iii) et analyser la contribution de ces pratiques langagières à la régulation des tensions sociales et à la promotion l’équilibre communautaire chez les Moose et les Japonais.

           Pour mieux comprendre comment, par-delà l’hétérogénéité de ses formes, la salutation concourt à subordonner l’ego aux exigences du collectif pour consolider la paix sociale au quotidien, l’anthropologie linguistique/ethnolinguistique de G. Calame-Griaule (1977) et la pragmatique interculturelle sont des modèles théoriques pour analyser ce travail. Dans le contexte africain, Zoungrana (2012 : 186) a démontré que le pʊʊsem (la salutation) dépasse la simple civilité pour s’ériger en clé de voûte des relations interpersonnelles, matérialisant le respect et l’obligation d’enregistrer l’existence d’autrui avant toute interaction. Cette approche rejoint les observations de l’ethnolinguistique contemporaine (Somé, 2018 : 74), selon lesquelles les productions langagières endogènes reflètent les structures de la personnalité sociale et les valeurs cardinales d’un groupe. Du côté de la tradition extrême-orientale, les recherches de l’anthropologie linguistique sur la politesse japonaise (Ide, 2006 : 112) soulignent que le choix des morphèmes verbaux et lexicaux n’est pas guidé par la volonté individuelle, mais par un discernement situationnel obligatoire appelé Wakimae (Bienséance).  Ce principe de régulation fait un écho direct aux théories universelles de Brown et Levinson (1987 : 61), qui interprètent l’interaction comme un ménagement des faces positives faites de désir d’approbation, de connexion, des espaces territoriaux d’autrui à respecter et a protéger dans les situations de communication.  Dans les deux cultures, la salutation s’impose ainsi comme la première stratégie de célébration du lien social à respecter et protéger et de consolidation des relations humaines au quotidien.  Pour élucider ces convergences anthropologiques et langagières, la démarche adoptée applique les outils méthodologiques de la pragmatique linguistique et de l’analyse interactionnelle à un corpus de vingt expressions clés, répartis équitablement à raison de dix formules par langue. L’analyse de ce matériel textuel met d’abord en lumière la relation entre la salutation, le temps et le travail. À travers les formules Ne y tuuma (Moore : « Courage / félicitations pour votre travail ») et Otsukaresama desu (Japonais : « Merci pour vos efforts » / « Bravo pour votre travail »), il s’agit de montrer comment chaque langue valorise l’activité de l’individu comme une contribution essentielle à la vie du groupe. Elle examine ensuite la place de l’individu face au groupe, en mettant en lumière la manière dont le Burkindlem(l’intégrité) et le Wa (l’harmonie) nippon se rejoignent pour imposer un véritable lexique du respect et de l’effacement de l’ego.

Résumé :  Les valeurs humaines sont en voie de perdition de nos jours. Dans cette optique, gagner le pari de la cohésion sociale, sans y recourir aux langues et discours, constitue un défi majeur pour nos sociétés marquée par l’individualisme et la l’uniformisation des comportements sociaux et langagiers. Le rôle des pratiques langagières endogènes reste insuffisamment exploré dans une perspective comparative d’espaces géographiquement éloignés même si la vie en collectivité confrontant l’individu à la divergence des intérêts impose des mécanismes de régulation. C’est fort de ce constat que la présente étude s’interroge sur la manière dont les rituels de salutation en Moore (pʊʊsem) et en japonais (aisatsu) constituent des dispositifs pragmatiques et anthropologiques convergents de pacification et de régulation sociale. L’hypothèse émise est que, sous l’apparente hétérogénéité des formes de surface, le pʊʊsem du Burkina Faso et l’aisatsu du Japon partagent des homologies structurales profondes fondées sur la sacralisation de l’effort et la subordination de l’ego à l’harmonie du groupe. Il s’agit d’analyser ces rituels afin de mettre en lumière leurs convergences sémantiques et la façon dont ils construisent le respect mutuel au quotidien. S’inscrivant dans le cadre théorique de l’ethnolinguistique et de la pragmatique interculturelle, notre étude applique une démarche d’analyse interactionnelle à un corpus de vingt expressions clés, à raison de dix formules par langue. Les résultats attestent des des relevés de corpus lexicaux en Moore et en japonais, une expression de la vision du monde des deux sociétés à travers les fondements de chaque communauté, des rituels de salutation ou pʊʊsem ainsi que les différentes expériences de vies chez les Moose et Japonais. Une analyse comparative et des convergences sémantiques ont permis d’inscrire la salutation au cœur de toute action humaine, l’effacement de l’ego face au collectif et la gestion de la paix sociale à travers les données lexicales observées.    

Mots-clés : Pragmatique linguistique, Moore, Japonais, Salutations, ethnolinguistique

Références bibliographiques

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