N°020_Vol.5_26
- L’EVOLUTION DU REGIME INTERNATIONAL DU CLIMAT A L’AUNE DES CONFERENCES DES PARTIES : BILAN NORMATIF DE 2015 A 2025
- Priscille LUMBI OSHAY
- Apprenante en DES/DEA en droit international public et africain à la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa/RDC
- Lumbipriscille07@gmail.com
Introduction: Depuis plus de trente ans, le droit international du climat s’est affirmé comme l’une des branches les plus dynamiques et complexes du droit international public (Dupuy et Viñuales, 2018). Depuis la conclusion de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC)lors du Sommet de la Terre à Rio de Janéiro en 1992, l’architecture normative globale a cherché à concilier la souveraineté des Etats avec la préservation de l’atmosphère, qualifiée de « préoccupation commune de l’humanité »[1] Après la période de rigidité du Protocole de kyoto (1997), caractérisée par une approche descendante (top-down) imposant des plafonds juridiquement contraignants aux seuls pays développés[2], la conclusion de l’Accord de Paris lors de la COP21 en décembre 2015 a instauré un nouveau paradigme. Fondé sur un modèle ascendant (bottom-up) et participatif, l’Accord de Paris confie à chaque Partie le soin de déterminer souverainement ses engagements d’atténuation et d’adaptation à travers des Contributions Déterminées au Niveau National (CDN)[3]. Toutefois, l’adoption de l’Accord de Paris n’était que le point de départ d’un processus normatif continu. Les Conférences des Parties (COP)qui se sont succédées de 2015 à 2025 ont eu pour tâche essentielle d’élaborer le droit dérivé nécessaire à la mise en œuvre du traité, de combler ses ambiguïtés textuelles et de faire évoluer le régime face à l’accélération du réchauffement planétaire Voigt et Ferreira, 2016). L’activité industrielle est à l’origine d’un réchauffement spectaculaire de l’atmosphère (« effet de serre » dû à l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique), dont l’ampleur et les effets exacts ne peuvent être évalués avec précision, mais qui pourrait être à l’origine de modifications catastrophiques de l’environnement (fonte des glaciers, montée du niveau de la mer, désertification). Ce qui d’ailleurs, occasionnant la signature de la Convention-cadre sur les changements climatiques à la suite de nombreux appels lancés par les experts, notamment celui de Toronto (1988) à 1992.
Durcie par le Protocole de Kyoto adopté le 10 décembre 1997 par la troisième Conférence des parties, qui impose aux pays industrialisés des objectifs quantifiés (au moins 5 % par rapport à 1990 d’ici 2012) de réduction de leurs émissions et dont l’un des aspects les plus novateurs tient à l’irruption des règles du marché (déjà présentes, mais de manière plus discrète, au sein du protocole de Montréal sur la sauvegarde de la couche d’ozone) dans la protection de l’environnement : il est prévu que les États parties peuvent échanger des droits d’émission et que les pays industrialisés peuvent obtenir des «crédits d’émission » s’ils investissent dans des projets visant à la réduction de l’effet de serre. L’amendement de Doha adopté en décembre 2012 a reconduit pour la période 2013-2020 et renforcé les engagements pris par les États parties à l’amendement.
- [1] Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adoptée à New York le 9 mai 1992, 1771 UNTS 107, Préambule.
- [2] Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adopté le 11 décembre 1997, UN Doc. FCCC/CP/1997/L.7/Add.1, Article 3.
- [3] Accord de Paris, adopté le 12 décembre 2015 lors de la COP21 à Paris, FCCC/CP/2015/10/Add.1, Article 4(2).
Résumé : Cet article analyse, en droit international public, l’évolution du régime international du climat à l’aune des décisions adoptées par les Conférences des Parties (COP) de 2015 à 2025. Il retrace le passage stratégique d’une phase de négociation des règles du jeu (rule-making) à une phrase d’opérationnalisation et d’évaluation de leur effectivité(implementation). L’étude démontre que la solidification du cadre opérationnel de l’Accord de Paris, initiée par le paquet de katowice et le cadre de transparence renforcé, transforme des engagements souverains en obligations procédurales rigoureuses. Elle examine ensuite l’opérationnalisation des mécanismes de marché de l’article 6 à glasgow ainsi que l’institutionnalisation de la justice financière avec la création du fonds pour les « Pertes et Préjudices » à Charm el-Cheikh. En analysant la portée normative du premier bilan mondial de Dubai et l’appel inédit à une transition hors des combustibles fossiles, l’article met en lumière la redéfinition de la contrainte juridique internationale. Enfin, il interroge l’articulation entre le droit derivé des COP, des obligations des diligences raisonnables des Etats et l’émergence du contentieux climatique national et international comme leviers majeurs d’éffectivité du droit du climat.
Mots-clés : Accord de Paris, Conférence des Parties (COP), CCNUCC, Bilan mondial (Global Stocktake), Perte et Préjudices, Financement climatique, Normativité.
Références bibliographiques
-Textes internationaux et documents institutionnels
*Traités
Accord de Paris
- Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adoptée à New York le 9 mai 1992, 1771 UNTS 107, Préambule.
- Protocole de Kyoto à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adopté le 11 décembre 1997
-Décisions et rapports
- Décision 4/CMA.1, Directives relatives aux informations fournies à l’appui des contributions déterminées au niveau national, FCCC/PA/CMA/2018/3/Add.1.
- Décision 18/CMA.1, Modalités, procédures et directives pour le cadre de transparence renforcé des actions et du soutien visé à l’article 13 de l’Accord de Paris, FCCC/PA/CMA/2018/3/Add.2.
- Secrétariat de la CCNUCC, Rapport de la Conférence des Parties sur sa vingt-deuxième session (Marrakech), FCCC/CP/2016/10/Add.1.
- Secrétariat de la CCNUCC, Rapport de la Conférence des Parties sur sa vingt-quatrième session (Katowice), FCCC/CP/2018/10/Add.1.
-Ouvrage
- Dupuy, P.-M. & Viñuales, J. E. (2018). International Environmental Law, 2nd ed., Cambridge, Cambridge University Press, 150-165.
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