N°019_Vol.3_13
- LA PROBLEMATIQUE DE LA NON-PERTINENCE DE LA MODULATION TONALE EN ANO, PARLER AGNI, LANGUE KWA DE COTE D’IVOIRE
- Kouassi Souleymane KOUAME
- Université Felix Houphouët-Boigny
- Département des Sciences du Langage
- Institut de Linguistique Appliquée (ILA)
- ORCID iD : 0009-0008-5985-9297
- souleykouassi@gmail.com
Introduction: Le ton se définit comme une hauteur mélodique perçue sur chaque syllabe d’un item donné. Il peut être ponctuel, soit haut soit bas ou modulé soit descendant soit montant. Il existe deux types de tons : les tons à registre et les tons mélodiques. Les tons à registres (ponctuels et modulés) sont caractérisés par la hauteur. Alors que les tons mélodiques sont caractérisés par la mélodie. Une langue est dite à tons, lorsque dans cette dernière, la hauteur tonale est utilisée pour opposer différents éléments lexicaux et grammaticaux. Le ton peut par conséquent se définir comme un facteur de différenciation sémantique des mots formellement semblables. Le ton peut donc jouer un rôle lexical et grammatical. Plusieurs études antérieures telles que les travaux de S. Adouakou (2005) et de K. Ettien (2009), ont porté sur le ton des langues voisines comme l’agni, le baoulé et l’anufo. Ces différentes études aboutissent à des conclusions pertinentes. Il n’y a pas à ce jour, au moment de cette réflexion, d’études véritables sur les tons de l’ano. Cependant, nous nous référerons à l’étude des tons des langues voisines comme l’agni et le baoulé, langues auxquelles de nombreux chercheurs et linguistes se sont intéressés. En effet, le système tonal de ces langues a fait l’objet de travaux par de nombreux chercheurs. Ainsi, le système tonal de l’agni sanvi a été étudié par Retord (1972). Selon lui cette langue ne possède que deux tons ponctuels (haut et bas) et deux tons modulés (montant et descendant). Burmeister (1983) a résumé les résultats des travaux de A. Quaireau (1981,1987) qui est d’ailleurs d’avis avec Retord. Ainsi, l’unanimité est faite autour des conclusions sur le système des tons de l’agni. En ce qui concerne le ton en anufo, il a été abordé par Standford (1970) qui a mentionné deux tons ponctuels hauts et bas, un ton descendant et un ton montant. Par sa suite, Bartels (1983) fait mention de deux tons haut et bas ponctuels, d’un ton moyen en réalisation et de tons modulés montant et descendant qui sont en fait des successions de deux tons ponctuels. Adjekum (1993) affirme qu’il y a deux tons ponctuels haut et bas en anufo. Par ailleurs, il y indique la présence du downstep et du downdrift. Concernant le baoulé, les premiers travaux sur les tons remontent à Delafosse (1900) pour qui, le baoulé est une langue à accent. Au vu de ce qui précède, l’on peut se demander comment se manifeste le système tonal du parler ano.
0.1 Cadre théorique
Les études portées sur les tons dans les langues africaines s’inscrivent dans le cadre de la phonologie. Dans les langues à ton, les tons représentent un trait phonologique pertinent qui a pour objet d’opposer des unités lexicales ou grammaticales. Cette analyse s’inscrit dans la perspective de la phonologie auto-segmentale tel que décrit par John Goldsmith selon laquelle, les tons sont analysés comme des entités autonomes qui sont associées au segment à travers des relations spécifiques. Dans les langues kwa, plus précisément dans les parlers agni, les études phonologiques montrent généralement la présence d’un système tonal qui se base sur deux, trois ou quatre niveaux fondamentaux, c’est-à-dire haut, bas, moyen, bas-haut et haut-bas. Toutefois certaines variations sont interprétées comme des cas de modulations tonales non pertinents. Cette réflexion part de l’hypothèse selon laquelle en ano, des variations de modulations tonales ne relèvent pas nécessairement de la phonologie, mais plutôt de phénomènes phonétiques ou de prosodie contextuelle. L’objectif de cet article est donc de chercher à déterminer si les procédés de modulations tonales constituent un fait phonologique pertinent ou s’ils relèvent de simple réalisation phonétique.
Résumé : Cette réflexion statut sur la non-pertinence des tons modulés dans le parler ano. Malgré la présence de ton modulé bas haut et haut bas dans la langue, leur statut phonologique n’est pas prouvé. Ils ne sont pas attestés, comme des tonèmes. Les tons modulés sont la combinaison de ton haut et de ton bas. Ils apparaissent en contexte d’allongement vocalique. En conséquence, la modulation de ton en ano est une contraction de deux tons en un seul. Leur réalisation, est le résultat de deux tons ponctuels sur un segment vocalique.
Mots-clés : non pertinence, tons modulés, tons ponctuels, statut phonologique
Conclusion: Malgré la présence de tons modulés, bas haut et haut bas dans le parler, leur statut phonologique n’est pas prouvé. Ils ne sont pas attestés, comme des tonèmes. En effet, les tons modulés sont la combinaison de ton haut et de ton bas. Ils apparaissent en contexte d’allongement vocalique. En conséquence, selon cette reflexion, la modulation de ton en ano est une contraction de deux tons en un seul. Leur réalisation, est le résultat de deux tons ponctuels sur un segment vocalique. En considérant les tons modulés comme des séquences de tons ponctuels, le nombre de ton se réduit à deux au niveau phonologique. Dès lors, au vu de ce qui précède, le système tonal de l’ano ne comporte que deux tons : Haut (H) et Bas (B). l’ano diffère ainsi d’autres langues telles que le baoulé et l’agni au plan tonal. En ce sens que ces langues considèrent les tons modulés comme des tons phonologiques de la langue. Cependant l’ano se rapproche de l’anufo tel que décrit par G. Adjekum (2004). Les tons respectent en conséquence, des procédures de modifications que sont les faits des règles tonales telles que : l’assimilation tonale, la propagation tonale et la simplification tonale. Ces différentes regèles sont provoquées par l’intonation.
Références bibliographiques
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