• MECANISMES TRADITIONNELS DE GESTION, DE PREVENTION ET DE RESOLUTION DES CONFLITS ET DE LA PROMOTION DE LA PAIX CHEZ LES DIOLAS OU KU DJAMAAT
  •  
  • Sadio DIALLO
  • Université Cheikh Anta Diop de Dakar
  • ORCID ID: 0009-0004-8981-8112
  • sadio70diallo@gmail.com

Introduction: Avant de commencer cette étude complexe  sur la gestion, la prévention et la résolution des conflits  en milieu diola, il est nécessaire de cerner notre sujet. Il ne s’agit nullement ici d’évoquer les conflits armés, mais plutôt les conflits sociaux, émanant des différents désaccords entre les sociétés humaines elles-mêmes. Sous ce rapport on note des divergences chez plusieurs auteurs dans la manière de définir les types de conflits, mais aussi sur leurs causes ainsi que leurs résolutions. Cela dit, ne pas y remédier présage des conséquences désastreuses. Ainsi, en milieu diola tout en ayant en bandoulière la prévention, c’est au conseil des sages avec tous ses démembrements, qu’il est dévolu cette sacrée mission de dénouement des conflits. C’est pourquoi, il apparait indispensable de réfléchir sur la question des conflits avant de l’examiner sous ses différentes facettes. Le conflit, qui est une partie prenante de la vie, constitue une entrave pour l’activité humaine et nécessite du temps pour le résoudre. Afin d’être efficace dans sa gestion quotidienne, il est impératif d’en comprendre les causes, les conséquences, de savoir qu’il existe des conflits de nature distincte et ce n’est qu’à partir de capacité de discernement que leur résolution sera à la fois possible et performante.

En d’autres termes, dans les sociétés africaines, la cohésion sociale repose sur un ensemble de pratiques, de valeurs et d’institutions traditionnelles qui assurent l’harmonie au sein des communautés. Au Sénégal, le peuple diola, principalement installé dans la région naturelle de Casamance , c’est  dire dans les régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou constitue l’un des groupes ethniques dont l’organisation sociale et les mécanismes de régulation des tensions ont suscité l’intérêt de nombreux chercheurs comme Louis-Vincent Thomas Anthropologue français, qui a étudié en profondeur les sociétés diolas, leurs systèmes normatifs, les rites, et les mécanismes traditionnels de régulation sociale.

Dans son ouvrage (Les Diola. Essai d’analyse fonctionnelle sur une population de Basse-Casamance), Louis-Vincent Thomas met en évidence le rôle des anciens, des sanctuaires et des interdits (ñeeñ) dans la gestion et la prévention des conflits. Tout comme Christian Roche Historien et africaniste dont les travaux portent sur la Casamance précoloniale et coloniale. Il analyse dans son ouvrage (Histoire de la Casamance. Conquête et résistance 1850-1920), les formes traditionnelles de médiation, de justice coutumière et les logiques communautaires de résolution des conflits. En dépit des mutations contemporaines liées à la modernisation, aux influences religieuses et aux crises politiques, les Diolas ont su préserver des systèmes originaux de prévention et de résolution des conflits fondés sur le dialogue, la médiation communautaire, le respect de la parole donnée et l’autorité morale des anciens. L’étude des mécanismes de gestion des conflits en milieu diola s’inscrit dans une double perspective.

D’une part, elle permet de comprendre la façon dont cette communauté parvient à maintenir la paix sociale grâce à des institutions traditionnelles telles que le bukut (initiation), les comités de sages, les liens de parenté à plaisanterie ou encore le pouvoir symbolique des chefs religieux et coutumiers.

D’autre part, elle éclaire la manière dont ces pratiques ancestrales s’articulent ou parfois s’opposent aux dispositifs modernes de gouvernance et de justice instaurés par l’État sénégalais ou par les organisations de la société civile.

À travers cet article, il s’agira de montrer que les mécanismes diolas de prévention et de résolution des conflits ne se contentent pas de régler les différends ; ils visent également à restaurer l’équilibre social, à rétablir les relations brisées et à promouvoir une paix durable fondée sur la réconciliation, le pardon et le vivre-ensemble. Cette réflexion tentera ainsi de répondre aux questions suivantes : quels sont les principaux acteurs et structures institutionnelles intervenant dans la gestion traditionnelle des conflits au sein des communautés diolas ? Quelles sont les procédures et les étapes suivis dans la médiation des conflits selon les pratiques traditionnelles dans les communautés diolas ? Et comment les méthodes traditionnelles de résolution des conflits en milieu diola évoluent-elles face aux changements actuels? Pour y répondre, l’étude suivra une approche descriptive et analytique articulée en trois volets: une présentation globale des conflits, une exploration des moyens de résolution et une collecte de données in situ. Dans un premier temps, il s’agit de caractériser les conflits, d’en identifier les différentes formes et typologies, ainsi que d’analyser leurs causes en milieu diola. Dans un second temps, nous analyserons les mécanismes de prévention des situations conflictuelles, en amont de l’émergence des tensions, ainsi que les techniques de résolution et de dépassement des conflits déjà constitués.

Enfin, une enquête de terrain sera menée afin de consolider cette recherche, à travers la prise en compte des points de vue de plusieurs personnes ressources, notamment des notables, des femmes dépositaires du savoir sacré et des jeunes diolas autour de la problématique étudiée.

  1. Les conflits dans les groupes

La compréhension de ce qui constitue notre préoccupation doit passer par la définition de quelques concepts qui le composent. En effet, nous sommes tenus de définir les mots suivants : conflit, médiation et négociation. Étudier les différents types de conflits et leurs causes en milieu diola pour pouvoir délimiter le champ d’action de notre étude.

Résumé : Cet article analyse les mécanismes de résolution traditionnelle des conflits en Afrique plus particulièrement en Casamance. Il s’intéresse d’une part aux conflits dans les différents groupes et d’autre part aux pratiques de résolution et de leurs préventions chez les diolas « fogny ». Pour cerner la spécificité de la résolution traditionnelle des conflits dans le milieu Diola, l’étude se base sur l’enquête de terrain à travers des personnes ressources et des travaux scientifiques déjà publiés.

 Mots-clés : Diola, Casamance, Conflits, Mécanismes, Résolution, Traditionnels, Paix

THE TRADITIONAL MANAGEMENT PROCESSES, OF PREVENTING AND SOLVING CONFLICTS AND PEACE PROMOTING IN THE DIOLAS SOCIETY OR KU DJAMAAT 

Abstract : This article ponder over the ways and means of formals or traditional resolution of conflicts in Africa particulary in Casamance on the on hand, it focuses on the different conflicts beetwen entities and the other parts on the pratics of the resolution on their preventions in among Diolas « fogny ». The sum up the specificity or particularity of the traditional resolution of conflits in the Diola society, the work is based on the area investigation throug key or pivotal personalities and aulready published scintific achievements or work

Keywords : Diolas, Conflicts, Mecanismes, resolution, Traditional (former), Peace

1.1. Définition du conflit

Le conflit peut être défini comme une situation d’opposition, de tension ou même de désaccord entre deux ou plusieurs personnes, groupes ou Etats, quand leurs intérêts, perceptions ou objectifs sont divergents. Il peut avoir plusieurs formes :

  • Le conflit interpersonnel : entre individus;
  • Le conflit social : entre groupes sociaux;
  • Le conflit politique : entre partis politiques ou acteurs du pouvoir;
  • Le conflit armé : usage des armes et de la violence;
  • Le conflit ethnique ou religieux : basé sur l’identité;
  • Le conflit international : entre Etats.

Le conflit peut aussi être perçu comme un phénomène tout à fait normal des relations humaines, pouvant être destructeur ou contrairement moteur de changement, selon la manière dont il est géré. D’après Buzz Barry, les conflits occupent une place centrale. Ils servent à dénoncer des réalités sociales et à mettre en tension les personnages face à leur environnement. On peut les regrouper en plusieurs types :

  •   – Les conflits sociaux qui sont les plus récurrents ou l’auteur met en scène l’opposition entre riches et pauvres ; les injustices sociales ; l’exploitation, le chômage, la précarité et la marginalisation. Ces conflits montrent une société inégalitaire où certains groupes dominent les autres comme le stipule aussi l’éminent théoricien du conflit de classes Karl Marx dans son ouvrage « le Capital ».
  •   – Les conflits familiaux qui apparaissent à travers les tensions entre parents et enfants ; les conflits liés au mariage, à l’autorité parentale ou aux traditions ; l’incompréhension entre générations ou conflit de générations dans « sous l’orage » de Seydou Badian Kouyaté. Ils traduisent le choc entre valeurs anciennes et aspirations nouvelles.
  •   – Les conflits psychologiques (intérieurs) où les personnages sont souvent tiraillés entre leurs désirs personnels et les exigences sociales ; la raison et les sentiments ; le devoir moral et l’intérêt individuel. Ces conflits intérieurs donnent de la profondeur aux personnages.
  •   – Les conflits culturels et traditionnels que Buzz Barry oppose fréquemment entre tradition et modernité ; coutumes africaines et influences extérieures. Ces conflits montrent la difficulté d’adaptation dans une société en mutation.
  •  Les conflits moraux et idéologiques qui portent sur la justice et l’injustice ; le bien et le mal ; l’honnêteté face à la corruption. Ici l’auteur invite le lecteur à une réflexion éthique.
  • Toujours chez Buzz Barry, les conflits ne sont pas seulement narratifs, ils ont une fonction critique et éducative. Ils reflètent aussi les problèmes de la société africaine contemporaine et interpellent le lecteur sur la nécessité du changement, de la justice et de la responsabilité individuelle. Voici ce qui constitue  notre axe de recherche en milieu diola plus précisément au cœur du fogny car selon leur dialecte, même si sur la forme de résolution et de prévention n’est pas différente dans l’ensemble, le vocable où la manière de le dire selon qu’on se trouve en basse (Kassa), moyenne (Fogny) ou haute Casamance (Blouf) diffère.

Références bibliographiques

  • Barry B. (1991). Peaple, States and Fear : The National Security Problem in International Relations, Wheatsheaf Books, Brighton.
  • De Benoist J.R. (1991). Pour une solution définitive du conflit en Casamance, in Afrique contemporaine, 160 :1-250
  • Grobli Z. (2005). L’art thérapie de résolution des conflits, Paris, Budapest, Torino, l’Harmattan.
  • Journet O. (1994). Comprendre la Casamance, Paris, Karthala.
  • Thomas L.V. (1958-1959). Les Diola. Essai d’analyse fonctionnelle sur une population de Basse-Casamance, Dakar, I.F.A.N., 1958 et 1959, 2 vol., 343 p