• FRAGMENTATION SPATIALE ET CRISE DU PERSONNAGE MODERNE
  • DANS MRS DALLOWAY
  •  
  • Adama BAMBA
  • Université Félix Houphouët-Boigny
  • ORCID iD : 0009-0005-7436-854X
  • adamiladou2@gmail.com

Introduction: La crise du personnage moderne se situe à l’intersection des formes du roman moderniste. L’œuvre de Virginia Woolf, Mrs Dalloway, n’échappe pas à cette problématique qui touche à la caractérisation. La représentation de la guerre et de la modernité urbaine dans le roman permet de mettre en scène la crise du personnage moderne. Cette représentation, orchestrant la fragmentation spatiale, temporelle et identitaire, émet l’image d’un personnage étranger à lui-même. Pour analyser cette crise, nous faisons appel à deux théories critiques, à savoir la psychanalyse freudienne et la déconstruction derridienne. Soutenue par la technique du « stream of consciousness », procédé scriptural employé par Woolf, la psychanalyse met en lumière le subconscient de Clarissa, révélant son mouvement intérieur comme une vacillation entre angoisses, désirs et aspirations. Elle dévoile par conséquent l’emprise de l’inconscient sur le sujet en révélant les fissures du moi. Parlant de la dimension « psychologique du texte », Peter Barry (2002 :97) convoque le terme « repression » pour désigner le conflit interne qui oppose désirs inavoués et événements traumatiques. La déconstruction, quant à elle, souligne l’instabilité du sens à travers les « oppositional readings[1] » (Barry, 2002 :72) entre intérieur et extérieur, passé et présent, santé et maladie. En combinant ces deux théories, l’analyse montrera que la fragmentation spatiale et temporelle se lit comme une écriture de la différance, où l’identité ne peut être observée qu’à travers ses propres fractures. Woolf déconstruit les fondements de l’ère moderne, révélant que le sujet moderne est sous l’emprise de l’inconscient et condamné par conséquent à une identité fragmentée. La fragmentation spatiale et la crise du personnage deviennent ainsi les signes d’une modernité qui ne se lit qu’à travers l’éclatement.

Notre recherche poursuit plusieurs objectifs, parmi lesquels, faire ressortir les procédés de représentation de la crise du personnage moderne dans Mrs Dalloway, et analyser les stratégies narratives de la fragmentation identitaire, spatiale et temporelle dans le contexte de la modernité urbaine. De ces objectifs, découle cette question de recherche :  Comment la fragmentation spatiale et temporelle participe-t-elle à la mise en scène de la crise du personnage moderne chez Woolf ? De cette interrogation, nous formulons ces hypothèses : La fragmentation spatiale et temporelle dans Mrs Dalloway constitue un procédé narratif qui vise à traduire l’éclatement identitaire du personnage moderne. Et, la représentation de la modernité urbaine et de la guerre accentue la fragmentation du personnage, faisant de l’éclatement un signe distinctif du roman moderniste. Cette recherche s’organise autour de quatre axes. Dans un premier temps, nous montrerons comment la fragmentation spatiale participe à la déconstruction de l’espace urbain. Ensuite suivra l’analyse sur la subjectivité éclatée des personnages. Les deux dernières sections traiteront dans l’ordre de la temporalité discontinue comme symptôme de la crise du personnage moderne et de l’impact de la fragmentation sur la cohérence sociale.

[1] Lecture oppositionnelle. Ma traduction.

Résumé : Ce travail examine la crise du personnage moderne dans Mrs Dalloway (1925) de Virginia Woolf, à travers la fragmentation spatiale, l’éclatement de la subjectivité et la discontinuité temporelle. L’analyse s’appuie sur deux cadres théoriques : la psychanalyse freudienne et déconstruction derridienne. La première met en lumière le trauma et le refoulement chez Septimus ainsi que les incertitudes intérieures de Clarissa. La seconde révèle l’instabilité des oppositions traditionnelles et la dispersion du sens. Londres est ainsi représentée comme un espace morcelé, où la dispersion urbaine traduit la désorientation du sujet moderne. Dans ce monde fragmenté et en perpétuelle mutation, se construire une identité stable devient une quête impossible. La crise du personnage naît du morcèlement temporel et des souvenirs brouillés par les sons de l’horloge Big Ben. Dans cette société post‑guerre, la fragmentation acquiert une dimension temporelle et symbolique. Quoique fragile, la cérémonie organisée par Clarissa est un pas significatif dans la restructuration sociale. Ainsi, Mrs Dalloway déconstruit les fondements de la modernité et révèle un sujet condamné à une identité toujours différée.

Mots-clés : Fragmentation spatiale, Subjectivité éclatée, Temporalité discontinue, Modernité

Références bibliographiques

  • Auerbach, E. (1946). Mimesis: La représentation de la réalité dans la littérature occidentale. Paris: Gallimard.
  • Barry, P. (1995). Beginning theory: An introduction to literary and cultural theory. Manchester: Manchester University Press. (2nd ed., 2002).
  • Bürger, P. (1974). Théorie de l’avant-garde. Paris: Éditions de Minuit.
  • Caruth, C. (1996). Unclaimed experience: Trauma, narrative and history. Baltimore: Johns Hopkins University Press.
  • Certeau, M. de. (1980). L’invention du quotidien. Paris: Gallimard.
  • Cohn, D. (1978). Transparent minds: Narrative modes for presenting consciousness in fiction. Princeton: Princeton University Press.
  • Eksteins, M. (1989). Rites of spring: The Great War and the birth of the modern age. Boston: Houghton Mifflin.
  • Harvey, D. (1989). The condition of postmodernity: An enquiry into the origins of cultural change. Oxford: Blackwell.
  • HÖGBERG, E. (2021). Pour une poétique de la révolte selon Virginia Woolf. Paris : Classiques Garnier.
  • Julia Kristeva, Révolte et reliance, actes du Colloque de Cerisy, sous la direction de Sarah-Anaïs Crevier Goulet, Beatriz Santos, Keren Mock et Nicolas Rabain, Paris, Hermann, Collection « Cerisy – Colloques de Cerisy », 2024.