N°019_Vol.3_26
- LA PROBLÉMATIQUE DES TECHNIQUES TEXTILES EN AFRIQUE DE L’OUEST ET L’OUVERTURE AUX TISSUS EXOTIQUES AU XIXE SIECLE
- Élisabeth YAO
- Enseignante-Chercheure /Département d’Histoire
- Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire
- ORCID iD: 0009-0001-9814-2917
- yaoelisabeth2@yahoo.fr
Introduction: L’histoire du textile en Afrique est marquée d’important progrès non des moindres. Très sommaire au départ, constitué de feuille, d’écorce d’arbre ou autre fibre végétale, le textile africain a progressivement évolué et a atteint des progrès techniques de tissage du coton. La maitrise de ces techniques a permis aux Africains de mettre au jour de belles cotonnades qui participèrent aux échanges commerciaux, à grande échelle pendant la période précoloniale. Cependant, les difficultés liées à la production de ces étoffes, à leur utilisation et leur conservation entrainèrent une ouverture des Africains aux textiles exotiques et européens notamment. Ils avaient alors accueilli à travers des relations commerciales, des tissus d’origine indienne mais réinventés et imprimés en Europe. Ces tissus connurent une large diffusion notamment en Afrique de l’Ouest. Sous ce rapport, comment se présentait la complexité des procédées textiles en Afrique de l’Ouest au XIXe siècle et quel rôle a-t-elle joué dans l’adoption des tissus importés ? Cet article vise à montrer et à questionner les difficultés des techniques textiles africains et leur impact dans l’adoption des tissus imprimés importés d’Europe au XIXe siècle. Cela nous amènera à dépeindre la complexité dans la production, l’usage et la conservation des textiles africains et reconstituer les dynamiques d’adoption et de réappropriation des tissus exotiques en Afrique de l’Ouest.
Pour réaliser cette contribution, nous avons recueilli des témoignages oraux. Les répondants sollicités présentent deux portraits. Le premier correspond à celui du consommateur de la post-colonie. Son vécu lui permet de produire un témoignage fort intéressant. Le second profil est celui du « gardien de mémoire ». Statut qu’il a acquis grâce à son implication dans le savoir-faire textile et la circulation des informations. Par ailleurs, nous avons eu recours au travail d’observation in situ ; son intérêt réside dans le fait que les survivances culturelles rythment aussi la vie sociale. Autrement dit, il nous faut prendre en compte que les pratiques du tissage, les usages des cotonnades et les modes de se (re)présenter le tissu traditionnel qui ont prévalu hier s’impriment dans le paysage social et participent de la circulation des idées. Choses référées dans de nombreux travaux constitutifs de la « littérature savante » que nous n’avons pas manqué de mobiliser. Par ailleurs, nous avons recueilli des données à partir du dépouillement des sources imprimées. L’analyse de ces documents nous a permis de faire des recoupements afin de produire une réflexion scientifique à partir de la critique rigoureuse de la technique historique. Au terme de notre investigation, nous avons élaboré ce travail autour de deux parties. La première examine les difficultés dans la pratique des cotonnades traditionnelles africaines, tandis que la seconde essaie de lever le voile sur l’impact de ces difficultés dans l’adoption par les Africains des tissus exotiques.
Résumé : Le XIXe siècle a vue l’introduction en Afrique de l’Ouest de tissus exotiques importés d’Europe. Ces imprimés légers et colorés séduisirent vite des africains habitués à des cotonnades lourdes et difficiles à manipuler. En effet, les textiles africains, symbole d’identité culturel occupaient une place privilégiée dans les sociétés traditionnelles. Ces étoffes renfermaient à la fois une dimension sociologique, anthropologique, culturelle, sémantique et même mythique. Valeur de référence et signe de reconnaissance sociale, le textile africain était d’autant plus important que ses techniques demeuraient complexes et laborieuses. La problématique de la production, des usages et de la conservation de ces étoffes a conduit les africains à réserver un excellent accueil aux imprimés venus d’Europe. Cette étude vise à mettre en lumière l’impact de la complexité des techniques textiles africains dans l’adoption des tissus exotiques. Elle mobilise une documentation primaire orale et écrite que complète une bibliographie diversifiée.
Mots-clés : Afrique de l’Ouest, Textile, Problématique, Technique, Adoption
Références bibliographiques
- Allou, K. R. (2002). Histoire des peuples de civilisation akan. Des origines à 1874, Thèse de doctorat d’Etat, Abidjan, Université de Cocody
- Beugré, D. F. (2012). La conservation du textile en milieu salin : techniques et contraintes, Séminaire de perfectionnement des techniciens a la conservation des collections du musée national du costume en milieu salin du 27 au 29 juillet
- Boser-Sarivaxevanis, R. (1977). Recherche sur l’histoire des textiles traditionnels et teints de l’Afrique occidentale. Verhandlugeb der Naturfors chenden Gesellschaft in Basel, pp. 301-341
- Chauveau, J-P. (1983). Le secteur informel en pays baoulé : création colonial ou survivance d’activité traditionnelle, ORSTOM, Paris
- Coquet, M. (1998). Textile africain, Société Nouvelle Adam Biro, Paris
- Cordonnier, R. (1982). Femmes africaines et commerce, les revendeuses de tissu dans la ville de Lomé (Togo), ORSTOM
- Ekanza, S-P. (1995). Le dernier siècle de l’Afrique libre, Presse Universitaire de Côte d’Ivoire
- Fauque, C. & Wollenweber, O. (1991). Tissu d’Afrique, Syros, Paris
- Gérimont, P. (2008). Teinturières à Bamako, quand la couleur sort de sa réserve, IBIS PRESSE, Paris
- Grosfilley, A. (2006). Te xtile d’Afrique entre tradition et modernité, édition POINT DE VUES
- ….
