N°020_Vol.3_09
- ORALITÉ ET PROMOTION DE L’ÉDUCATION AUX MÉDIAS ET À L’INFORMATION : DE LA PLACE DU VILLAGE À LA CLASSE NUMÉRIQUE
- Kadidjatou GUIBLEWEOGO/SORE
- Cellule d’Etudes et de Recherches en Traditions orales/LADIPA/ UJKZ
- ORCID iD : 0009-0001-2728-0511
- kadisore480@gmail.com
Introduction: L’avènement du numérique en Afrique représente non seulement un saut technologique, mais une mutation profonde des structures éducatives. Dans les sociétés de tradition orale, comme celle des Moose au Burkina Faso, la parole n’est jamais un acte anodin ; elle est un souffle et un engagement. Comme l’affirme Amadou Hampâté Bâ (1981 :167), « la parole est un don de Dieu » qui lie l’individu à sa communauté par une responsabilité sacrée. Or, cette responsabilité est mise à mal dans la « classe numérique » où l’écran est souvent perçu comme un masque favorisant l’indignité et l’anonymat. Face à cette crise, le concept de Burkĩndi s’impose comme une ressource didactique endogène. Il définit le Burkĩn-bila comme un être dont la dignité repose sur l’adéquation entre le dire et le faire (Badini, 1994 :45). La Charte du Burkĩndi transpose cette éthique au monde digital en rappelant que « ta main qui tape le clavier d’un ordinateur est le prolongement de ta langue ». Dès lors, la problématique centrale de cette étude est la suivante : dans quelle mesure les mécanismes de régulation de la parole, hérités de la littérature orale, peuvent-ils servir de base à une citoyenneté numérique responsable ? Pour y répondre, la présente recherche se donne pour objectif principal de concevoir un cadre didactique opérationnel qui réinvestit les valeurs de l’oralité moaaga dans l’apprentissage des usages numériques. Il s’agit spécifiquement de transformer des préceptes moraux ancestraux en leviers pédagogiques concrets, capables de guider le comportement des apprenants face aux écrans. Cette démarche soulève deux questions de recherche directes : d’une part, par quels processus curriculaires peut-on transposer le concept éthique du Burkĩn-bila dans l’espace cybernétique actuel?D’autre part, de quelle manière l’ancrage culturel de ces outils influence-t-il la perception de l’anonymat chez les jeunes internautes ? Face à ces interrogations, l’étude formule l’hypothèse que les ressources endogènes, en particulier la sagesse parémiologique, possèdent une force contraignante interne bien plus efficace pour l’apprenant que les seules barrières juridiques. En réactivant la conscience du lien indissociable entre le dire et le faire, ce modèle favorise une responsabilisation durable dans la mesure où l’écran redevient un espace d’engagement communautaire. À travers cette approche, l’ambition ultime est de démontrer comment la tradition peut s’avérer le moteur le plus moderne de l’éducation de demain.
Conclusion: Cette étude a analysé l’impact de la transition digitale sur l’éducation en Afrique, face à la crise éthique et à l’anonymat générés par les écrans. Notre problématique questionnait la capacité des mécanismes traditionnels de régulation de la parole à fonder une citoyenneté numérique responsable. Pour y répondre, nous avons mobilisé l’ethno-philosophie et les didactiques endogènes, à travers une méthodologie qualitative combinant l’analyse du Burkĩndi et l’exégèse herméneutique de proverbes moose. Pour désamorcer les écarts de conduite en ligne à l’image de la diffusion d’images dégradantes portant atteinte à la pudeur numérique (Article 2), le conseil de classe s’approprie le modèle de l’arbre à palabres. Il confronte l’élève à l’impact de son geste sur sa « jarre de Burkĩndi » ainsi que sur la cohésion du groupe. L’enseignant fait de cette faute un levier d’éducation morale. L’apprenant redécouvre alors le sens de la maxime « Ninsaal yaa a to tiim » (l’homme est le remède de l’homme), transformant l’espace numérique en un lieu de respect mutuel hérité de la tradition. Face à la désinformation, la « vigilance du narrateur » (Article 4) devient essentielle dans la mesure où elle prépare les élèves à une lecture éclairée des évènements. Ils feront désormais preuve d’esprit critique en questionnant systématiquement l’origine et l’auteur de chaque information. Cet ancrage critique dans les valeurs du terroir est une protection contre l’aliénation technologique. En conciliant fibre optique et racine culturelle, l’école africaine propose un modèle original de citoyenneté au service de l’harmonie sociale.
Résumé : Dans un contexte de transition numérique accélérée, l’éducation de demain se heurte au défi de l’incivilité virtuelle et de la déshumanisation des échanges. Cette recherche propose une approche didactique innovante en s’appuyant sur une charte dénommée « Charte du Burkĩndi », un code de conduite numérique fondé sur la sagesse ancestrale burkinabè. Le terme Burkĩndi, issu de la langue Moore, désigne « intégrité », une valeur cardinale qui définit l’homme d’honneur. La problématique centrale interroge la capacité des proverbes et de l’éthique orale à réguler les comportements sur les réseaux sociaux. L’objectif est de mettre en lumière la valeur pédagogique de la sagesse africaine en tant que base d’une citoyenneté numérique. Comme hypothèse, les ressources de l’oralité traditionnelle, bien plus que les barrières juridiques, responsabilisent profondément l’internaute. La démarche s’appuie sur une analyse interprétative de la Charte du Burkĩndi, confrontant le sens profond des proverbes en Moore aux dynamiques et aux comportements observés sur les espaces numériques contemporains. Cette étude conclut que le Burkĩndi numérique est le remède nécessaire pour que la « fibre qui nous lie ne remplace jamais le sang qui nous unit ».
Mots-clés : Burkĩndi, Intégrité, Oralité, Charte, numérique.
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