• ENSEIGNER LE CONTE PHILOSOPHIQUE DANS UN CONTEXTE PLURICULTUREL : LE CAS DE CANDIDE OU L’OPTIMISME
  • AU LYCEE MAROCAIN
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  • Mohammed EL-IDRISSI
  • Enseignant de français au cycle secondaire qualifiant
  • Ministère de l’éducation Nationale, Maroc
  • Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mahraz
  • Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès, Maroc
  • ORCID iD: 0000-0001-8534-706X
  • mohammed.elidrissi34@usmba.ac.ma

Introduction:  L’enseignement de la littérature française au Maroc constitue un espace privilégié d’interaction entre langues, cultures et systèmes de pensée. Le conte philosophique – genre majeur de la littérature des lumières – n’est pas seulement un récit d’événements mais un lieu privilégié de transculturalité et de partage des valeurs humaines. L’intégration de Candide ou l’optimisme dans le programme du baccalauréat n’est pas sans justification, mais elle répond à des intentions pédagogiques réfléchies. Ce conte philosophique par sa visée satirique porte un regard critique sur la société, la philosophie et la morale en utilisant toute la force de la moquerie et du ridicule que permet l’ironie. Dans le contexte didactique, la réception de Candide ou l’Optimisme exige des élèves des compétences linguistiques, culturelles et cognitives permettant la perception et l’interprétation de l’implicite et de l’ironie dans une perspective globale visant le développement des compétences interprétatives des textes littéraires. Cependant, et contre toutes attentes pédagogiques, les données empiriques collectées dans les classes du baccalauréat mettent en évidence des écueils importants et des écarts significatifs selon les filières : dans les filières Lettres et Sciences Humaines seul 10% des élèves maitrisent les structures syntaxiques et lexicaux requises, alors que sans médiation bilingue en arabe, l’accès au sens reste problématique pour 70 % environ. Dans les filières scientifiques, 70% des élèves des Sciences Mathématiques ne comprennent pas le texte et, à plus forte raison, sa portée philosophique, contre 94% à 95% pour les Sciences Physiques et les Sciences de la Vie et de la Terre. A l’arrière-plan, ses chiffres dissimulent des obstacles majeurs : difficultés linguistiques, écart culturel, contraintes cognitives et didactiques.

Partant de là, la présente étude vise d’une part, à mettre en relief les caractéristiques esthétiques et la dimension philosophique du conte de Voltaire, et à analyser les conditions de sa réception en classe de français au lycée marocain d’autre part. Cette recherche prend appuie sur les contributions d’Iser et de Jauss sur la réception ; sur la pragmatique de l’ironie de Kierkegaard, de Berenndonner et de Booth ; ainsi que sur les travaux de polyphonie et de narratologie de Bakhtine et de Compagnon. L’étude vise à répondre à des questions qui paraissent essentielles : La première question consiste, d’une part, à examiner comment les élèves du baccalauréat perçoivent, lisent et interprète Candide ou l’Optimisme et, d’autre part, à identifier les difficultés qu’ils affrontent lors de la lecture : Les élèves sont-ils capables d’accéder au sens implicite du conte philosophique ? Quels genres d’obstacles freinent –ils la lecture interprétative de l’œuvre ? La deuxième question porte sur les médiations possibles susceptibles de pallier les différents niveaux de difficultés rencontrées dans la réception de l’œuvre : Quelle médiation pour quelle difficulté ? Répondre à ces questions nécessite donc une articulation entre des caractéristiques internes du texte et les conditions externes de sa réception.

Résumé : Cet article analyse les difficultés linguistiques, culturelles et herméneutiques auxquelles sont confrontés les apprenants marocains en deuxième année de baccalauréat lors de l’appropriation du conte philosophique Candide ou l’Optimisme de Voltaire. Basée sur une enquête minutieuse et empirique menée auprès des élèves des classes littéraires et scientifiques, la recherche révèle à la fois une grande difficulté à comprendre le texte en français (difficultés linguistiques et accès au sens) et une méconnaissance presque totale des dimensions philosophiques de l’œuvre, de ses procédés ironiques et de sa visée satirique. Cet article explore – en mobilisant les apports des théories de la réception et de l’ironie, de l’approche herméneutique, et les observations des pratiques pédagogiques – les obstacles culturels, linguistiques, cognitives, et didactiques qui entravent le processus interprétatif de l’ironie, de l’implicite philosophique et de la visée pragmatique de l’œuvre.

Mots-clés : Candide, Voltaire, conte philosophique, réception, pluriculturalité.

Références bibliographiques

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  • Iser, W. (1985). L’acte de lecture : Théorie de l’effet esthétique. Mardaga.
    (Œuvre originale publiée en 1976)