N°020_Vol.2_27
- LA RESPONSABILITÉ DES COMMISSAIRES AUX COMPTES ET DES COMMISSAIRES AUX APPORTS : ENTRE CONTRÔLE
- DES SOCIÉTÉS ET PROTECTION DES TIERS
- Jacques MWIMBO FLORIBERT
- Apprenant aux études supérieures DES/DEA, chercheur en droit des sociétés,
- Assistant à l’enseignement à la faculté de Droit de l’université de Kinshasa, avocat au barreau près la cour d’appel de Kinshasa/Matete
- mwimbofloribert82@gmail.com
Introduction: Dans le droit des sociétés de l’OHADA, le commissaire aux comptes et le commissaire aux apports occupent une place essentielle dans la protection des associés, des créanciers et des tiers. Le premier assure le contrôle légal des comptes de la société tandis que le second intervient principalement pour évaluer les apports en nature lors de la constitution ou de l’augmentation du capital social (Véronique Goncalves, 2014). En raison de l’importance de leurs missions, le législateur OHADA a prévu un régime de responsabilité pénale et civile destinés à sanctionner les manquements graves susceptibles de compromettre la transparence et la sécurité des affaires (Article 716,899). Dans le cadre de ce travail, il sera question de savoir, dans quelle mesure le régime de responsabilité de ces deux organes de contrôle permet-il d’assurer un équilibre entre leur mission de contrôle et la protection des tiers en droit congolais à la lumière de droit OHADA ? Les moyens présents de la mise en œuvre de ces deux responsabilités voire les mesures disciplinaire de ces commissaires rassurent-ils une protection effective des tiers ou nécessitent une réforme ? Il est vrai que le régime actuel de responsabilité de ces deux commissaires, contribue à la sécurité juridique des sociétés et à la protection des tiers. Toutefois, il y a certaines insuffisances relatives aux conditions de mise en œuvre de cette responsabilité qui limitent son efficacité, ce qui justifie des améliorations du cadre juridique congolais en harmonie avec le droit OHADA. L’application rigoureuse de leurs obligations professionnelles permet de prévenir efficacement les irrégularités et les fraudes au sein des sociétés commerciales. Il faut donc un renforcement des mécanismes de ces deux responsabilités y comprime leur régime disciplinaire, La responsabilité pénale de ces professionnels se définit comme l’obligation de répondre devant les juridictions répressives des infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions. Elle vise à garantir la sincérité des informations financières, l’indépendance des contrôleurs et la fiabilité des opérations sociétaires (Issa-Ayegh, 62 et S). La responsabilité pénale du commissaire aux comptes et du commissaire aux apports constitue un mécanisme essentiel de protection de la vie des affaires dans l’espace OHADA. Le commissaire aux comptes engage sa responsabilité lorsqu’il exerce ses fonctions malgré une incompatibilité, lorsqu’il fournit des informations mensongères ou lorsqu’il s’abstient de révéler des faits délictueux (Article 716). Ce travail a pour objectif, d’analyser le régime juridique de la responsabilité de C. aux comptes et aux apports afin d’évaluer son efficacité dans la conciliation entre la mission de contrôle des sociétés et la protection des tiers, en droit congolais harmonisé par le droit OHADA. Il est question d’examiner aussi les fondements et les conditions de mise en œuvre de leur responsabilité tant pénale que civile. Évaluer les mécanismes de prévention des irrégularités et des fraudes dans les sociétés, identifier les insuffisances du dispositif juridique actuel au regard de la protection des tiers.
Quant au commissaire aux apports, sa responsabilité peut être retenue en cas de surévaluation frauduleuse des apports, de fausses déclarations ou de complicité dans des opérations frauduleuses. À travers ces règles, le législateur OHADA cherche à garantir la sincérité du capital social, la fiabilité de l’information financière et la confiance des acteurs économiques. La responsabilité civile professionnelle des commissaires aux comptes, en complément de la responsabilité pénale dont les contours ont été précédemment analysés, trouve son fondement dans un corpus législatif civil visant à garantir la réparation des préjudices causés par des fautes, négligences ou omissions survenant dans l’exercice de leurs missions[1].
- [1] Pierre-Gilles P., Droit des sociétés commerciales et du GIE dans l’espace OHADA, presses Universitaires d’Afrique, Yaoundé.
Résumé : En raison des missions qui leur sont confiées, les commissaires aux comptes et les commissaires aux apports occupent une place stratégique dans la sécurisation des opérations sociétaires et dans la protection des intérêts des associés, des créanciers ainsi que des autres tiers en relation avec la société. Le commissaire aux comptes est investi d’une mission permanente de contrôle destinée à garantir la régularité, la sincérité et la fidélité des informations financières communiquées par la société. Le commissaire aux apports, quant à lui, intervient principalement lors de la constitution de la société ou à l’occasion des opérations portant sur le capital social afin d’assurer une évaluation objective des apports en nature. Par leurs interventions respectives, ces professionnels participent à la transparence des affaires et au renforcement de la confiance des investisseurs et partenaires économiques. Toutefois, l’importance de leurs missions justifie également l’existence d’un régime de responsabilité susceptible d’être mis en œuvre en cas de manquement à leurs obligations professionnelles. Cette responsabilité peut être civile lorsque leurs fautes causent un préjudice à la société, aux associés ou aux tiers. Elle peut également être pénale lorsque leurs comportements constituent des infractions prévues par les textes applicables, notamment en cas de certification de comptes inexacts, de dissimulation d’irrégularités ou de complicité dans certaines infractions commises par les dirigeants sociaux. L’analyse met en évidence que le droit OHADA et le droit congolais poursuivent un double objectif : assurer l’efficacité du contrôle exercé par ces professionnels et garantir la protection des tiers qui fondent leurs décisions économiques sur les informations qu’ils certifient ou valident. Toutefois, la mise en œuvre de cette responsabilité demeure confrontée à plusieurs difficultés, notamment les problèmes de preuve, la rareté de la jurisprudence et les défis liés à l’indépendance des commissaires. En définitive, la responsabilité des commissaires aux comptes et des commissaires aux apports constitue un mécanisme essentiel de gouvernance et de sécurité juridique. Elle participe à la prévention des abus, à la protection des tiers et au renforcement de la confiance dans les sociétés commerciales, tout en contribuant à l’amélioration du climat des affaires dans l’espace OHADA et en République démocratique du Congo.
Mots-clés : responsabilité civile, responsabilité pénale, commissaire aux comptes, commissaire aux apports, protection des tiers.
Références bibliographiques
- Alioune, D. (2008), Régime juridique des sociétés commerciales et du GIE dans l’espace OHADA, 3e éd., Cabinet Aziz Dièye, Dakar
- ISSA-AYEGH J., L’Etat du droit pénal dans l’espace OHADA, Revue de l’ERSUMA.
- KENGE SHUMBA (Thérèse), Droit civil : les obligations, presses Universitaires du Congo, Kinshasa.
- MAKABA M. (2022), Droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique (enrichi de jurisprudences et questions relatives à la responsabilité pénale des personnes morales), manuel d’enseignement, UNIKIN, éd, de l’Institut Africain des Droits de l’Homme et de la Démocratie, Kinshasa.
- Malam Petel Youssoufa. (2009), Le rôle du commissaire aux comptes dans l’Acte uniforme OHADA, université de ngaoudéré, mémoire de master 2, Cameroun.
- MASSAMBA MAKELA R. (2015), Manuel de droit comptable OHADA, commission nationale OHADA de la RDC, Kinshasa.
- MAZEAUD (Henri, Léon et Jean), Leçons de droit civil, Tome II : obligations, éd. Montchrestien, Paris.
- Mohada Africa, « Augmentation de capital par apport en nature et responsabilité du commissaire aux apports.
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