• L’ÉDUCATION TRADITIONNELLE EN MILIEU GOURMANTCHÉ : PRINCIPES DIRECTEURS ET OUTILS PÉDAGOGIQUES
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  • Mariama Mahamane MAIGA
  • Université Gaston Berger de Saint-Louis
  • ORCID iD: 0000-0003-0402-3341
  • mariama.maiga@ugb.edu.sn
  • &
  • Yaye Fatimata Thioro FALL
  • Université Gaston Berger de Saint-Louis
  • ORCID iD : 0009-0005-7832-3795
  • yaye-fatimata-thioro.fall@ugb.edu.edu.sn

Introduction:  Tout au long de la vie, l’homme connaît des transformations physiques, intellectuelles et morales en rapport avec les valeurs de son environnement immédiat et/ou celles de la civilisation universelle. Loin d’être des faits fortuits ou personnels, ces transformations s’opèrent dans un cadre et des objectifs que la société se fixe elle-même, pour l’institutionnalisation, la perpétuation, l’amélioration, la valorisation ou la consolidation de ses valeurs civilisationnelles. C’est de ce processus multidimensionnel de socialisation que naîtra l’éducation. De son étymologie latine « educere », tiré d’un point A vers un point B, le point B étant meilleur, le concept d’éducation a connu plusieurs définitions souvent différentes par leurs approches car fortement tributaires des contextes socioculturels où elles doivent s’appliquer. Nous convenons avec Durkheim que, pour chaque société, l’éducation est « le moyen par lequel elle prépare, dans le cœur des enfants, les conditions essentielles de sa propre existence » et que « chaque type de peuple a son éducation qui lui est propre et qui peut servir à le définir au même titre que son organisation morale, politique et religieuse » (1968).

Dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, l’éducation ne se limite donc pas à une simple transmission de savoirs techniques, mais constitue un processus global visant à façonner un être social accompli. Chez les Gourmantché[1], communauté d’Afrique de l’Ouest historiquement centrée autour de Fada Ngurma et aujourd’hui répartie entre le Burkina Faso, le Niger, le Bénin et le Togo, ce principe se résume par l’adage : « l’homme ne naît pas homme, il le devient ». Cette éducation s’inscrit dans un continuum temporel jalonné de rites et de codes mystiques qui guident l’individu de sa conception jusqu’à son accession au statut respecté de vieillard. Dès lors, comment la société gourmantché structure-t-elle l’intégration progressive de l’individu en son sein, et sur quels leviers pédagogiques s’appuie-t-elle pour assurer la pérennité de ses valeurs ? Partant de l’hypothèse selon laquelle l’éducation du Gourmantché se fonde sur des déterminants sociologiques endogènes de transmission, le présent article se propose d’analyser, dans un premier temps, les réalités géographiques et socioculturelles du pays Gulmu ; nous détaillerons ensuite les grandes étapes chronologiques qui rythment le système éducatif traditionnel ; enfin, nous examinerons les principes fondamentaux et les outils pédagogiques mis en œuvre par la collectivité pour modeler l’homme idéal gourmantché.

  • [1] Les habitants du Gulmu sont principalement appelés les Gourmantché  mais le terme endogène utilisé par les habitants eux-mêmes pour se désigner est Gulmance (au singulier), Gulmanceba (au pluriel) et gulmancema pour désigner la langue. Dans le cadre de cette étude, nous retenons l’orthographe Gourmantché pour désigner les hommes et gourmantché pour l’adjectif.

Résumé : Cet article analyse le système éducatif traditionnel de la communauté gourmantché (ou Gulmance) en Afrique de l’Ouest, principalement centrée autour de la région du Gulmu. Fondée sur l’adage « l’homme ne naît pas homme, il le devient », cette éducation est présentée comme un processus holistique, continu et rigoureux qui façonne l’individu tout au long de sa vie pour en faire un être social accompli. L’étude, se fondant sur une enquête de terrain et des données bibliographiques, détaille le parcours chronologique de l’individu, structuré par des étapes clés (de la conception au statut de vieillard) et des rites de passage précis (datation du nom, circoncision, excision, mariage…). Il s’avère aussi que, sur le plan pédagogique, la collectivité s’appuie sur des principes directeurs forts tels que l’autorité intergénérationnelle, la discipline et la valorisation de l’effort physique et moral. Pour véhiculer ces valeurs, les éducateurs exploitent divers outils traditionnels : les berceuses pour la petite enfance, l’épouvantail ou pédagogie de la peur, la moquerie publique comme frein social, ainsi que les contes, proverbes et devinettes pour stimuler l’intelligence et transmettre le patrimoine culturel. En conclusion, l’on s’interroge sur l’avenir et la pérennité de ce modèle face aux pressions de la modernisation et des systèmes éducatifs occidentaux.

 Mots-clés : Gulmu, éducation traditionnelle, socialisation, rites de passage

Références bibliographiques

  • ACCT. (1983). Bene Gulmanceba : Les Gulmanceba du Benin : approche sociolinguistique. Commission Nationale de Linguistique. 65 pages
  • Badini, A. (1994). Naître et grandir chez les Mossé traditionnels. SEPIA-ADDB
  • Durkhein, E. (1968). Éducation et sociologie. PUF
  • Erny, P. (1978). L’enfant et son milieu en Afrique noire. Paris : Payot  
  • Itoua, F. (1988). La Famille africaine et sa contribution au développement In Famille, enfant et développement en Afrique. UNESCO
  • Madiega, Y. G. (1982). Contribution à l’histoire précoloniale du Gulmu. Wiesbaden : Steiner
  • Moumouni Dioffo, A. (1964). L’éducation en Afrique. Paris : Maspero. 400 pages
  • Ouoba, B. B. (1986). Éléments de l’identité culturelle des Gulmanceba : aire culturelle soudano-sahélienne. CELTHO. 145 pages

Liste des informateurs

  • Tchiombiano M.F., enseignante à Niamey
  • Yamba J., jardinier à Lamordé
  • Yamba T., ménagère à Lamordé
  • Lompo G., jardinier à Lamordé
  • Tankoano J., commerçant à Fadan Gourma