N°020_Vol.2_22
- L’INTERGENERICITE AU SERVICE D’UNE ESTHETIQUE FEMINISTE DANS ELLE SERA DE JASPE ET DE CORAIL
- Jonas Mukambilwa MBEKALO
- Doctorant à l’Ecole Doctorale de l’Institut
- Supérieur Pédagogique de Bukavu
- ORCID iD: 0009-0006-1483-1333
- jonasmukambilwa1@gmail.com
Introduction: Depuis l’aube des années 1980, la plume féminine du continent africain affronte la question identitaire de la femme, et donc portée vers le thème qui soulève des tensions entre modernité et tradition, en s’affichant clairement comme réaction au conflit générationnel lié à l’inégalité de sexe. Cet engagement qui met à nu les déboires de l’Afrique liés à sa gestion désastreuse par les hommes (le sous-développement, les guerres intempestives et l’apologie de la corruption) a alimenté une littérature féministe portée fortement vers la dénonciation contre le statu quo avilissant. Ken Bugul (1983), Calixthe Beyala (2007), Véronique Tadjo (1983), etc. s’engagent dans l’optique d’une écriture pessimiste (mais porteuse d’espoir) qui offre en spectacle un chaos ahurissant. De sa part, Werewere Liking (1983), poétesse et dramaturge d’envergure, s’affirme en développant une esthétique fondée sur la spiritualité, les rites et la conscience africaine. Prônant une littérature affranchie des distinctions classiques de genres, elle met à la disposition des lecteurs des textes hybrides dont la forme interroge le contenu sémantique : la liberté de l’humanité et l’émancipation de la femme africaine. Le choix de cette thématique a été dicté par le souci de rendre justice à un écrivain qui mérite un peu plus d’égard dans le cadre de l’institution littéraire de l’Afrique francophone car rares sont les recherches réalisées sur les publications de Liking pourtant de qualité esthétique indéniable. Dans son vaste répertoire, le choix a été porté sur « La misovire », extrait d’Elle sera de jaspe et de corail (1983), œuvre qualifiée de « chant-roman » par l’auteure elle-même (Jaques Chevrier 2002 : 208). Cet article se propose d’étudier les contrastes linguistiques et paralinguistiques, en amont comme en aval du corpus, à partir des unités maximales ou « unités texte » vers les unités minimales (le mot, le paratexte, la proposition énoncé) en passant par les unités intermédiaires (les séquences ou les périodes). A chaque étape nous nous proposerons de focaliser notre attention sur ce qui fait la singularité de la construction et sur les connexions que l’on pourrait établir avec le féminisme. Entourant la préoccupation portant sur les influences et les principes de la mise en forme du texte, les questions suivantes orientent nos recherches : quels principes et balises traversent l’extrait choisi envisagé à la fois comme un tout unique et comme un maillon harmonieusement inscrit dans la littérature féministe ? Comment la stylistique est-elle capable de lire mieux, ou autrement que la thématique, la sociocritique ou la psychocritique, des facteurs de cohésion sous-jacente à la base des isotopies ?
Notre apriori explicatif nous fait croire que « la misovire » serait l’expérimentation likingienne de l’esthétique vingtièmiste marquée par la liberté générique et l’usage d’un langage cru qui heurterait les sensibilités mêmes. Ensuite, sa lecture, du point de vue stylistique, permettrait de scripter l’écriture (qui présente clairement les faits dans un style dépouillé à travers les mots, les phrases simples ou longues, etc.) et d’exhumer les thèmes tirés d’un contexte social marqué par le désenchantement et l’émancipation de la femme. Notre objectif est de décortiquer les points saillants de l’esthétique féministe et d’en faire le cible de la lecture du roman de Werewere Liking (1983) car le roman en général est appelé à donner l’image de la réalité. Ce travail qui supposerait une technicité éprouvée à tous les niveaux de la structuration du texte permettra de montrer que la stylistique n’est pas du tout une discipline en perte de vitesse. En ce qui concerne l’approche méthodologique, la nôtre est la stylistique.
Nous nous servirons de la stylistique linguistique de Charles Bally, stylistique descriptive ou d’expression, et Jules Marouzeau (cités par Muhasanya, 2014 :75). Les apports de l’approche de Spitzer et la démarche de Riffaterre qui consistent à « rassembler les éléments qui présentent les traits stylistiques et les soumettre en suite à l’analyse » (Riffaterre, 1971 :28), ne seront pas négligés. Pour plus d’efficacité, nous allons recourir à la linguistique textuelle, telle prônée par Jean-Michel Adam, en vue de cerner les contours du texte ainsi que ses composantes dans une optique qui dépasse la vision traditionnelle de la linguistique.
Résumé : Cet article s’inscrit dans le cadre d’une contribution à la théorie d’analyse du discours. Rendant compte de l’intergénéricité dans une œuvre littéraire féministe postmoderniste, il met en exergue « La Misovire », extrait tiré d’Elle sera de jaspe et de corail : journal d’une misovire de Werewere Liking, et interroge l’esthétique féministe et la praxis langagière réalisées à travers les paliers morphologiques, lexico-syntaxiques et métaboliques. Les analyses s’inspirent de la stylistique linguistique comme celle amorcée par Charles Bally et Michael Riffaterre et cernent systématiquement les unités dans une vision transphrastique et discursive qui allie les aspects compositionnels et configurationnels. Le dénouement de cette recherche fait état d’un discours engagé dont la singularité porte sur la connexion que l’on pourrait établir entre le tout textuel (cohésion et cohérence) avec l’engagement féministe postmoderniste.
Mots-clés : féminisme, intergénéricité, discours, analyse stylistique
THE INTERGENERICITY SEVING FEMINIST ESTHETIC MONDALITY IN ELLE SERA DE JASPE ET DE CORAIL
Abstract: This article contributes to the theory of discourse analysis. Examining intergenericity in a postmodernist feminist literary work, it highlights “La Misovire”, an excerpt from Werewere Liking’s Elle sera de jaspe et de corail: journal d’une misovire, and explores aesthetics feminism and linguistic praxis achieved through morphological, lexico-syntaxic, and metabolic processes. The analyses draw on linguistic stylistics, such as that initiated by Charles Bally and Michael Riffaterre, and systematically identify units within a transphrastic and discursive framework that combines compositional aspects. The conclusion of this research reveals an engaged discourse whose singularity lies in the connection that can be established between the textual whole (cohesion and coherence) and postmodernist, feminist commitment.
Keywords: feminism, intergenericity, discourse, stylistic analysis
Références bibliographiques
- Adam, J.M. (1999) Linguistique textuelle : des genres de discours aux textes, Nathan, Paris
- Chevrier, J. (2002) Anthologie africaine d’expression française : le roman et la nouvelle, Haltier-international, Paris
- Calas, F. & Charbonneau, D.-R. (2000) Méthode du commentaire stylistique (sous la direction de Claude Thomasset), Nathan/HER, Paris
- Bally, Ch. (1951) Traité de stylistique française, LGC, Genève-Paris
- Molinié G. (1993) La Stylistique, PUF, Paris
- Werewere, L. (1983) Elle sera de jaspe et de corail : journal d’une « misovire », L’Harmattan, Paris
- Muhasanya, Th. (2014) Le roman de Yodi Karone ou le rire de l’autre juge. Le Cœur et l’esprit, Paris, L’Harmattan, 75-90
- Riffaterre, M. (1971) Essais de stylistique structurale, Flammarion, Paris
- Labou-Tansi, S. (1985) Les sept solitudes de Lorsa Lopez, Ed. Seuil, Paris
- Groupe de Liège, (1970) Rhétorique générale, Larousse, Paris
- Genette, G. (1999) Figure III, Seuil, Paris
- Second, L. (2010) La Sainte Bible, Alliance biblique universelle, Genèse
- Beyala, C. (2007) L’Homme qui m’offrait le ciel, Albin Michel, Paris
- Bugul, Ken (1983) Le Baobab fou, NEA, Dakar
- Tadjo, V. (1983) Latérite, Hatier, Paris
