N°020_Vol.3_16
- APPROCHE ETHNO-ECOPOETIQUE DE LA SAGESSE ECOLOGIQUE ANCESTRALE À TRAVERS UNE LEGENDE DU SUD-OUEST MALGACHE
- Georges Joseph RAZAFIMAMONJY
- Université de Toliara, Madagascar.
- ORCID iD: 0000-0003-4411-7596
- razafsc@gmail.com
Introduction: Le travail que nous nous proposons d’effectuer est un essai méthodologique qui va mettre en avant la pertinence d’un sous-genre de la littérature orale qualifié, souvent à tort, de mineur voire non sérieux : la légende. Celle que nous avons choisie, pour le besoin de notre étude, est une version bilingue d’un récit populaire intitulé Ty tsy anotà falin-draha [La raison de ne pas transgresser les interdits]. Nous considérons que ce récit, naïf en apparence, fait partie des corpus littéraires des sociétés vezo et masikoro dans lesquels les deux groupes s’expriment dans leur ressemblance et dans leur différence. En tant que récit, la légende de Ty tsy anotà falin-draha recrée et actualise les contextes socio-culturels et historiques de production des autres genres merveilleux comme les récits des Kokolampo [Maîtres des forêts] et ceux des kokondriake et des Ampelamananisa [Maîtres des eaux]. À ce titre, elle est un discours social à visée didactique permettant de comprendre ces deux sociétés de la région du Sud-Ouest malgache : leurs représentations culturelles se traduisant dans leur rapport particulier avec leur environnement naturel et spirituel. Dans ce travail, nous partons du principe selon lequel l’oraliture traditionnelle assume pour sa société d’origine une double fonction : la communication et la communion autour d’une histoire, de valeurs, de traditions et de croyances objectivées dans les trois formes du savoir traditionnel qui représentent une intelligence ancestrale.
La problématique qui nous guide peut être formulée ainsi : comment la sagesse ancestrale véhiculée par l’oraliture peut-elle contribuer à la préservation et à la gestion durable de notre environnement moderne ? Cette interrogation ouvre la voie à une réflexion sur la valeur pragmatique des récits traditionnels, au-delà de leur dimension esthétique ou symbolique. À partir de cette question, nous posons l’hypothèse suivante : la légende, en tant que vecteur de transmission orale, constitue une stratégie discursive de conservation qui articule esthétique, éthique et intelligence environnementale. Autrement dit, elle ne se limite pas à un simple récit de divertissement, mais elle fonctionne comme un instrument de régulation sociale et écologique, en inscrivant les pratiques humaines dans une logique de respect et de durabilité. Pour éprouver cette hypothèse, nous allons mobiliser l’opérativité de l’ethno-écopoétique comme cadre méthodologique. Cette approche nous permettra d’analyser la légende à la fois comme une esthétique de la transmission patrimoniale et comme une éthique environnementale fondée sur la transitivité réciproque des éléments de la nature dont l’homme est partie intégrante. Nous allons subdiviser cette analyse en trois parties : la partie liminaire sera consacrée à l’étude des notions-clés ainsi que leur portée méthodologique dans une analyse ethno-écopoétique. La seconde partie traitera de la légende dans son lien avec la notion d’ethno-écopoétique. La dernière partie se focalisera sur la vérification des résultats de cette mise en relation de l’objet d’étude avec l’approche adoptée sous la forme d’une analyse littéraire de la légende Ty tsy anotà falin-draha.
Résumé: Nous exploitons la pertinence d’une légende du Sud-Ouest intitulée « La raison de ne pas transgresser les interdits » qui actualise les contextes socio-culturels de production des autres genres comme les récits des Sirènes et ceux des Esprits des forêts. Elle fait partie des corpus littéraires des sociétés vezo et masikoro dans lesquels les deux groupes expriment leur lien avec leur environnement naturel et spirituel respectif : la mer et la forêt. Nous mettrons à contribution l’approche ethno-écopoétique comme outil d’analyse qui va explorer les deux dimensions de la sémiotique de la légende. Nous partons du principe selon lequel l’oraliture traditionnelle assume la double fonction de communication et de communion autour de valeurs, de traditions, de croyances objectivées dans les trois formes du savoir ancestral. Nous mettrons en exergue deux résultats : la légende participe d’une esthétique de la transmission de patrimoine intellectuel et spirituel aux générations ; elle exprime une sagesse écologique reposant sur la transitivité réciproque des éléments de la nature dont l’homme fait partie.
Mots-clés : Mer, forêt, intelligence environnementale, écologie, ethno-écopoétique
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