• AU-DELA DES DOMINANTS : REDECOUVRIR LES RECITS ET ARTEFACTS DES MINORITES ETHNOLINGUISTIQUES DU BAM AU BURKINA FASO
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  • Noaga BIRBA
  • Université Norbert ZONGO
  • Laboratoire de Recherche en Sciences Humaines et Sociales (LABOSHS)
  • ORCID iD: 0009-0008-6922-0024
  • salifba2001@yahoo.fr
  • &
  • Sobzanga Edouard SAWADOGO
  • Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest
  • Unité Universitaire à Bobo-Dioulasso (UCAO-UUB)
  • ORCID iD: 0009-0008-6204-0610
  • sesde2019@gmail.com

Introduction: L’histoire des sociétés africaines, telle qu’elle est souvent écrite, demeure largement façonnée par les récits des groupes majoritaires qui imposent leurs visions du passé et leurs représentations identitaires. Au Burkina Faso, les ethnies majoritaires comme les Moosé, les Peuhls, les Gourmatché et les Dioulas occupent une place prépondérante dans les discours historiques et culturels, reléguant les communautés minoritaires à la périphérie de la mémoire collective. Toutefois, ces groupes qualifiés de « secondaires » sont dépositaires de patrimoines à la fois matériels et immatériels qui participent de façon significative à l’intelligibilité des dynamiques socioculturelles du Burkina Faso. La province du Bam, située dans la région des Kuilsé, offre à cet égard une parfaite illustration de la tension entre invisibilisation et résilience. Les Yarsé, les Kurunfé, les Maransé de même que les autres minorités linguistiques y ont forgé des trajectoires singulières, longtemps éclipsées et surtout reléguées à la marge des récits dominants. Leurs artefacts tels que : poteries, sites funéraires, objets cultuels et culturels et leurs récits de migration constituent pourtant des témoins essentiels d’une mémoire plurielle et d’une résistance culturelle face aux processus d’assimilation. C’est la raison pour laquelle nous voulons redécouvrir les récits et artefacts des minorités ethnolinguistiques du Bam au Burkina Faso au-delà des dominants afin de redonner voix à certaines communautés marginalisées.

  1. Problématique de recherche

La problématique de cette recherche interroge à la fois les mécanismes de marginalisation, les formes de résilience culturelle et les enjeux de reconnaissance patrimoniale dans un contexte où les savoirs dominants tendent à uniformiser la mémoire collective. En effet, l’écriture de l’histoire du Burkina Faso, et plus particulièrement celle du Bam, demeure largement tributaire des récits produits par les groupes ethnolinguistiques majoritaires. Cette domination narrative occulte les parcours des minorités ethnolinguistiques confinées à des rôles marginaux dans la mémoire de la collectivité. Pourtant, ces minorités linguistiques ont des richesses matérielles et immatérielles qui révèlent leur dynamisme socioculturel, ethnolinguistique et identitaire indispensables à une compréhension plus intégrale de la région. L’interrogation centrale qui se dégage est : Comment la redécouverte et l’examen des récits et artefacts des minorités ethnolinguistiques du Bam contribuent-ils à reconfigurer la vision des dynamiques culturelles et identitaires au-delà des discours hégémoniques ? De cette interrogation générale découlent les questions spécifiques suivantes : Quels types de récits oraux et d’artefacts matériels témoignent de la mémoire collective des minorités ethnolinguistiques du Bam ? Comment ces éléments contribuent-ils à la préservation de leur identité ethnolinguistique et culturelle ? L’objectif général de cette étude vise à mettre en évidence la contribution de la redécouverte et l’analyse des récits et artefacts des minorités ethnolinguistiques du Bam à l’enrichissement et à la reconfiguration de la compréhension des dynamiques culturelles et identitaires.

 Quant aux objectifs spécifiques, ils visent d’une part à inventorier et documenter les récits oraux, les artefacts archéologiques et les traces linguistiques des minorités ethnolinguistiques du Bam afin de constituer une base patrimoniale représentative et inclusive. D’autre part, ils visent à illustrer la contribution des récits oraux, les artefacts archéologiques dans la préservation des identités ethnolinguistiques et culturelles minoritaires de la province du Bam. Notre hypothèse générale stipule que l’analyse et la redécouverte des vestiges archéo-historiques et linguistiques des minorités ethniques de la province du Bam permettent d’éclairer davantage les mémoires collectives qui ont toujours été marginalisé dans la région. Quant aux hypothèses spécifiques, elles stipulent d’une part, que les minorités ethniques comme les Yarsé, les Kurunfé, les Marensé, etc. ont à travers leurs patrimoine matériels et immatériels développées des formes de résistances socioculturelles et ethnolinguistiques. D’autre part, les patrimoines archéologiques, linguistiques et oraux des minorités révèlent une richesse insoupçonnée qui contribue de manière significative à la construction identitaire et sociale du Bam.

Résumé : Cette recherche explore les dynamiques de marginalisation et de résilience des minorités ethnolinguistiques dans la province du Bam, région des Kuilsé au Burkina Faso, à travers une approche archéo-historique et linguistique. En effet, s’écartant des récits dominants le plus souvent centrés sur les groupes ethniques majoritaires hégémoniques tels que les Moosé, les Fulbés, etc. l’étude met en lumière les voix oubliées et les artefacts négligés des communautés minoritaires comme les Yarsé, les Kurunfé, les Maransé, etc. La méthodologie employée pour l’étude mobilise des méthodes croisées d’archéologie, d’histoire orale et d’analyse linguistique pour reconstituer les trajectoires culturelles et les formes d’organisation sociale de ces groupes. Les résultats de l’étude révèlent une richesse patrimoniale insoupçonnée : poteries, sites funéraires, objets cultuels et récits de migration qui témoignent d’une mémoire plurielle et d’une résistance culturelle face aux dynamiques d’assimilation. La recherche plaide pour une relecture de l’histoire du Bam où les minorités ne sont plus des figures secondaires mais des acteurs centraux de la construction identitaire provinciale inclusive. Cette démarche contribue à une décolonisation des savoirs et à une valorisation des patrimoines locaux dans les politiques culturelles et éducatives du Burkina Faso en général et du Bam en particulier.

 Mots-clés : minorités ethnolinguistiques, Bam, archéologie, histoire, patrimoines locaux, linguistique.

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