N°020_Vol.4_11
- DE LA RHÉTORIQUE À LA STYLISTIQUE : LA FIGURATION COMME TRAIT PERTINENT LITTÉRAIRE :
- QUELQUES BRIBES EPISTEMOLOGIQUES
- Claude FINGOUE
- Université de Douala
- clauberfi@yahoo.fr
Introduction: Le terme figuration est préféré à figures du discours (d’après Pierre Fontanier) et figures de style (selon Henri Suhamy) parce que celles-ci, désormais teintées d’historicité, désignaient un ensemble des techniques d’expression qui étaient abordées principalement dans une perspective classificatoire d’abord, et ensuite dans une dimension descriptive devant délimiter, déterminer et spécifier leurs traits pertinents, différentiels et oppositionnels. La figuration, plus moderne et plus heuristique, se conçoit comme un processus cognitif dont l’aboutissement est effectivement la production des techniques d’énonciation de la pensée après qu’ont été pris en considération, par les locuteurs ou utilisateurs, l’environnement spatio temporel, l’histoire, la formation intellectuelle, la culture, la vision du monde et le pragmatisme de leurs différents vécus. Par exemple: lorsque René Maran intitule son œuvre Batouala, véritable roman nègre, le choix du patronyme « Batouala », l’apposition de précision « véritable roman nègre », l’antéposition subjective et suggestive de l’adjective qualificatif « véritable » et la post position objective d’un autre adjectif qualificatif « nègre » sont des techniques locutoires et scripturales qui sont porteuses de sens, et surtout de significations parce que cet auteur martiniquais a une vision du monde qu’il veut partager avec ses récepteurs, en l’occurrence la communauté humaine avec ses différences raciales, culturelles, cultuelles, linguistiques qui, loin d’être des motifs de rejet ou d’exclusion ou de ségrégation, doivent se comprendre dans une perspective de construction d’une société véritablement humaine, une véritable Terre des hommes, pour emprunter les termes d’Antoine De Saint-Exupéry. Cette vision du monde exprimée par la figuration, est donc l’aboutissement de tout un processus cognitif. C’est cette réflexion que nous allons développer dans un article ultérieur mais, pour l’instant, intéressons-nous à ces quelques bribes épistémologiques. La notion de figuration (ou du fait figuratif) a connu dans son évolution plusieurs approches distinctes. Cerner son état amène à l’appréhender dans une perspective diachronique et à se pencher sur son historicité. En effet, elle est une notion diversement et différemment abordée depuis la rhétorique chez les Anciens – par exemple Aristote et Cicéron – jusqu’à la stylistique que nous connaissons aujourd’hui, et ces approches différentes partent de la conception du fait figuratif qu’ont eue les chercheurs, même si, dès le départ, ils conviennent que la figuration est inhérente au discours.
Résumé : Toute œuvre artistique offre plusieurs portes d’analyse et chaque critique spécialiste choisit celle qui lui convient le mieux. En ce qui concerne plus précisément le texte littéraire, le stylisticien a tendance à s’intéresser plus à l’étude des figures du discours, trait de forme qui lui permet d’accéder plus rapidement à sa quintessence significative. Nous allons préférer le terme « figuration » à « figures du discours » ou « figures de style ». Le présent article vise à révéler l’importance accordée à cet aspect de la technique littéraire depuis Aristote jusqu’aux jours d’aujourd’hui.
Mots-clés : figuration, rhétorique, stylistique, persuasion, beauté expressive
Références bibliographiques
- 1.Aristote – Poétique et rhétorique- p.82.
- 2.Ruelle – « Note préliminaire » in Poétique et rhétorique –
- 3.Cicéron – L’Orateur – p.44.
- 4.Yon, André – « Introduction » à L’Orateur – p.3.
- 5.Dialogue des orateurs in Théories du symbole p.64
- 6.Cicéron- op.cit. –pp.78-79
- 7.Cicéron- op.cit.–pp.83
- 8.Quintilien – Institution oratoire –p.10 in Théories du symbole –p.65.
- 9.Quintilien – op.cit. -p. 13- in Théories du symbole – p. 74
- 10.Idem
- 11.Du Marsais – Des tropes- – – – -pp. 13-14
- 12.Idem -pp. 7-9
- 13.Idem -p. 253
- 14.Idem -p. 199
- 15.Beauzée, N. – Grammaire générale –p.346
- 16.Bonnot, E. – L’art d’écrire –p.561
- 17.Idem -p. 576
- 18.Fontanier, P. – Les figures du discours –p.64
- 19.Fontanier, P. – Commentaire raisonné – – – -pp.218 -219
