• LITTÉRATURE ORALE CHANTÉE : LA LANGUE DE LA GUERRE ET LA GUERRE DE LA LANGUE
  • DANS LES CHANSONS NATIONALISTES DU CAMEROUN
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  • Germain DONFACK
  • Université de Yaoundé 1, Cameroun
  • germaindonfack3@gmail.com
  • &
  • Dje Christian Rodrigue TIDOU
  • Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire
  • christian.tidou@gmail.com

Introduction: Les langues africaines constituent les principaux moyens d’expression en littérature orale sur le continent noir. Lorsqu’il s’agit de la chanson traditionnelle, genre oral prisé, c’est généralement en langue nationale que les chansonniers font étalage de leur art, illustrant ainsi un répertoire dont la qualité esthétique se prolonge dans la capacité à dire et à retracer les réels endogènes. A ce sujet, la langue camerounaise yémba a connu son essor entre 1958 et 1959, durant la guerre engagée par les nationalistes pour l’indépendance du Cameroun. Le but principal de cette lutte était la libération du Cameroun alors sous administration coloniale française et par la proclamation immédiate de l’indépendance du pays. Elle a donné lieu à la composition de plusieurs chansons en langues locales dans le département de la Menoua. En face des populations camerounaises, il y avait les Français, étrangers à cette aire linguistique et culturelle. Notre objectif était donc de collecter les données orales et analyser la place de la langue.  Auprès des personnes ressources et des témoins de cette période d’effervescence sociale, un corpus de onze (11) chansons a été constitué en plus des informations recueillies, grâce aux méthodes ethnographiques de collecte (Lapassade, 1977) et de traitement des données en vigueur en littérature orale. Nous nous sommes posés la question de savoir, la langue nationale yémba permet-t-elle de faire la guerre dans la littérature orale chantée ou est-elle victime de la guerre pour l’indépendance du Cameroun ? Nous avons répondu provisoirement à cette question de recherche que la langue nationale yémba est un instrument de guerre et simultanément la cible de la guerre dans les chansons nationalistes. L’analyse des chansons collectées fait apparaître un double constat. Le premier est que la langue d’origine de ces chansons est le Yémba et non le Français. Le second, est qu’en termes d’événements sociolinguistiques, dans cette langue de la guerre, apparaît une guerre de la langue dans la chanson traditionnelle.

Conclusion :Dans cet article, nous avons présenté les chansons produites par les nationalistes du département de la Menoua en langue camerounaise, dans le contexte de la guerre pour l’indépendance du Cameroun. Le processus de transcription et de traduction selon les langues camerounaises et la littérature orale a été décrit, ce qui a favorisé l’obtention des textes en langue française. Par la suite, nous avons démontré comment la langue Yémba a permis de combattre la langue française et inversement, preuve d’une véritable guerre linguistique, en réponse à la colonisation par la langue. Parce que les langues africaines prenaient le contre-pied de la politique d’assimilation, elles étaient suspectes aux yeux du colon. Au Cameroun, leur intégration dans la marche pour l’indépendance a été plus intense. En définitive, il est établi qu’il y a eu la langue de la guerre et la guerre de la langue dans la littérature orale chantée du Cameroun, ce qui confirme l’hypothèse formulée au début de notre recherche, à savoir que la langue locale yémba est un instrument de guerre et en même temps la cible de la guerre à travers les chansons nationalistes du Cameroun. Face à cela, nous retenons que le bilan de cette guerre linguistique a été tragique pour la langue locale yémba, d’où sa renaissance avec les contributions de Maurice Tadadjeu.

Résumé : Chaque pays africain affirme son identité linguistique par le canal de ses langues nationales utilisées avec notoriété dans les échanges quotidiens entre citoyens, et présentes dans l’espace littéraire, à travers la littérature orale et la littérature négro-africaine. C’est le cas lorsqu’on évoque les langues camerounaises ou ivoiriennes. En effet, au Cameroun, il existe environ 240 langues locales (Bruneau, 2003, 529) qui, depuis les contributions inaugurales du pionnier Maurice Tadadjeu, en passant par les illustres méthodes de transcription et de traduction en vigueur en littérature orale, connaissent un essor considérable. En Côte d’Ivoire, les 60 ethnies sont toutes riches d’une oralité littéraire qui nourrit la recherche. Sur le continent noir, les transcriptions et les traductions en langues africaines renforcent la valeur qualitative et quantitative des productions en littérature orale. Fort de cette avancée linguistique, pendant la guerre de l’indépendance du Cameroun, les nationalistes ont produit des chansons pour mettre fin à la colonisation et pour obtenir l’indépendance. Mais curieusement, les onze chansons collectées grâce à la méthode ethnographique sont en langue locale « yémba » ; elles affrontent la langue française. Il s’agit d’un véritable problème qui nous oblige à analyser cette guerre linguistique dans le domaine de la littérature orale et à décrire les faits sociolinguistiques survenant dans ce processus de décolonisation. Cet article veut donc apporter une modeste contribution à l’herméneutique de l’émergence des langues camerounaises et africaines dans le vaste champ de la littérature orale chantée.

 Mots-clés : Langue, Guerre, Littérature orale, Nationalistes, Yémba.

Références bibliographiques

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  • BALLARD, M. (1992). Les théories de traduction, Paris, Seuil
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  • DONFACK, G. (2015). Les chansons nationalistes dans le département de la Menoua pendant la guerre de l’indépendance du Cameroun, Thèse de Master, Université de Dschang, FLSH.
  • GADJIGO, S. (1991). École blanche, Afrique noire, Paris, L’Harmattan.
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  • JOUTARD, P. (1997). La légende des camisards, une sensibilité au passé, Paris, Gallimard.
  • KESTELOOT, L. (1978). La poésie traditionnelle, Paris, Fernand Nathan.
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