N°020_Vol.1_19
- L’ÉNONCIATION DE LA DÉNONCIATION ET DU COMBAT : DU VERSANT DRAMATIQUE AU VERSANT ARGUMENTATIF DANS JE SOUSSIGNÉ CARDIAQUE DE SONY LABOU TANSI
- John KOMBI KALIVANDA
- Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP Bukavu, RD. Congo)
- Université Officielle de la Luholu (UNOLU-Kirumba, Nord-Kivu, RD. Congo)
- ORCID iD: 0009-0004-3739-2199
- johnkombi13@gmail.com
- Valérien DHEDYA BUNGANDE,
- Université de Kisangani (UNIKIS, RD. Congo)
- ORCID iD: 0009-0003-6674-6630
- valerien.dhedya@unikis.ac.cd
- Théodose MUHASANYA BIL’UMBELE,
- Institut Supérieur Pédagogique de Bukavu (ISP Bukavu, RD. Congo)
- ORCID iD: 0009-0000-9761-855X
- muhasanyat@yahoo.fr
Introduction: L’énonciation littéraire repose sur ses piliers génériques, à savoir les composantes narrative, poétique (lyrique), dramatique et didactique (essai ou genre argumentatif), sans parler des formes hybrides ou contemporaines (Combe, 1992). La présente étude intéresse la littérature, notamment africaine, dans sa dimension dramatique. De ces genres majeurs cités, celui-ci se révèle comme l’un des parents pauvres de la création et de la critique littéraires du continent, dont la bonne santé est essentiellement portée par la prose romanesque, ainsi que l’affirme Jacques Chevrier (2003). Nous abordons un texte théâtral comme corpus possible pour l’enseignement-apprentissage de l’argumentation. Pour ce faire, il nous convient de l’analyser en vue d’en dégager les ressources nécessaires à l’acquisition de cette compétence par la représentation de la pièce. Considérant l’écriture de Sony Labou Tansi, inscrite en lettres d’or dans la rupture et la violence (Ngandu Nkashama, 1997), nous voudrions savoir si le discours dramatique dans l’une de ses pièces peut servir d’instrument de persuasion.
L’argumentation étant une substance présente dans toute information (Benveniste, 1966 : 242), nous sommes portés à dire que la pièce que nous analysons est marquée par une activité argumentative. Le contexte de Je soussigné cardiaque nous plonge dans un profond questionnement, celui de savoir comment fonctionne cette omniprésence substantielle dans le discours théâtral sonyen sous examen. En d’autres termes, que visent les prises de parole des principaux personnages, comment la scène dramatique est-elle capitalisée pour ce faire et pourquoi la violence, à travers les joutes verbales, s’affiche-t-elle comme ressource discursive et persuasive ? Nous présumons que, par diverses stratégies, primo, les interventions du héros (Mallot) consisteraient en un discours de dénonciation, de résistance ainsi que de lutte en vue du changement positif du mode de gouvernance et, celles de l’anti-héros (Perono), en une démarche d’intimidation et de répression pour museler Mallot ; secundo, les antagonistes se serviraient des stratégies relevant soit de l’éthos, soit du choix de la scène, et du recours au monologue ou à la tirade, transformant ainsi la pièce en arène discursive, c’est-à-dire un espace de confrontation direct ; tertio, la violence verbale servirait de décor au discours pour renforcer la persuasion. En vue de valider ces hypothèses, nos analyses ont pour objectifs d’interroger les interactions verbales (Kerbrat-Orecchioni, 1990 et 2005) à travers le corpus pour dégager les mécanismes de l’argumentation des personnages Mallot et Perono, la visée de la violence et de comprendre comment la parole scénique se transforme en discours argumentatif.
Résumé : La lecture littéraire, que nous avons menée sur Je soussigné cardiaque de Sony Labou Tansi, repose essentiellement sur sa visée argumentative. En effet, l’étude s’intéresse à décrypter comment un discours dramatique peut se commuer en démarche persuasive. Par l’approche pragmatique, elle aborde les mécanismes de l’argumentation dans la pièce, notamment à travers les répliques des personnages principaux. Mais le regard jeté, en surface, sur le texte renseigne que l’intentionnalité polémique de la pièce est portée par son énoncé titrant, sa structuration et le contexte carcéral où elle place le héros. L’analyse profonde atteste que ce dernier s’inscrit dans une démarche de résistance, de dénonciation socio-politique et de lutte existentielle, à travers ses monologues de longueur considérable et même à travers ses tirades. Dans les échanges, il mobilise particulièrement la violence verbale face à ses antagonistes, représentant le pouvoir public, dont il fustige les méthodes de gouvernance. L’anti-héros réagit autant, en convoquant la même stratégie. Aussi recourt-il à l’argument d’expérience (évocation des exemples) et à l’éthos (orgueil mégalomaniaque), pour tenter d’intimider l’adversaire, mais en vain. Tel est le tableau de l’argumentation conflictuelle dans un cadre dramatique que présente l’œuvre analysée.
Mots-clés : énonciation, dénonciation, combat, argumentation, pièce théâtrale
Bibliographie
- Anscombre, J.- C. & Ducrot, O. (1983). L’argumentation dans la langue. Paris : Mardaga.
- Amossy, R. (2006). L’argumentation dans le discours. Discours politique, judiciaire et médiatique. Paris : Armand Colin.
- Amossy, R. (2000). L’argumentation dans le discours. Paris : Armand Colin.
- Aristote. (1991). La Rhétorique (M. Dufour, Trad.). Paris : Flammarion.
- Austin, J. L. (1962). How to do thinks with words (J.O. Urmson, Éd.). Oxford : Clarendon Press.
- Benveniste. (1966). Problèmes de linguistique générale. Paris : Gallimard.
- Breton, Ph. (1996). L’argumentation dans la communication. Paris : Édition La Découverte.
- Chevrier, J. (2003). Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès. » Notre Librairie, 150, 12.
- Combe, D. (1992). Les genres littéraires. Paris : Hachette Éducation.
- Ducrot, O. (1984). Le dire et le dit. Paris : Minuit.
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