• STATUTS ET FONCTIONS DES LANGUES DANS L’ESPACE URBAIN CAMEROUNAIS : UNE ANALYSE SOCIOLINGUISTIQUE DES DISCOURS Á SUPPORT AUTOMOBILE À YAOUNDÉ
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  • Leon NANGA MESSINA
  • Université de Yaoundé I, Cameroun
  • ORCID iD: 0009-0000-1812-2119
  • leodr2022@yahoo.com

Introduction: « Point de convergence des migrations et des langues » (Calvet 1994 :11), la ville est devenue un grand terrain d’observation pour les linguistes. Lorsque nous scrutons les métropoles camerounaises, notamment Yaoundé, le constat est qu’elles se caractérisent par une affluence d’inscriptions de discours divers sur des véhicules de transports urbain et interurbain. Les énoncés en question revêtent une forte diversité linguistique. Questionner le conditionnement, le statut et la fonction des langues au moyen de leur représentativité dans ces discours à support automobile à Yaoundé est la principale préoccupation de ce travail. Quelle est la fonction et le statut des langues dans la scripturalité automobile à Yaoundé ? L’urbanisation influence-t-elle la configuration linguistiques de ces discours ? Nous voulons mettre en évidence l’impact de l’urbanisation dans la distribution des langues en milieu urbain camerounais. La présente étude oriente ses travaux vers une analyse sociolinguistique du paysage linguistique de l’espace urbain camerounais sous l’effet de l’urbanisation. Notre objectif est de montrer que la pluralité linguistique observée dans la scripturalité automobile est conditionnée par la disposition linguistique du Cameroun et l’urbanisation grandissante. L’urbanisation a une influence sur les statuts et fonctions des langues. Après avoir présenté le contexte et le cadre théorico-méthodologique de ce travail, nous ferons une étude qui consistera à identifier les différentes langues présentes dans les écrits d’automobiles et en déduirons leurs statuts et leurs fonctions dans l’espace urbain. On considérera deux grands paliers : les langues officielles et étrangères, les langues nationales et les langues hybrides

Conclusion: Il faut rappeler qu’il était question d’interroger les statuts et fonctions des langues dans l’espace urbain camerounais au moyen des discours automobiles. Après une étude dont le traitement des données était quantitatif, il nous a été donné de constater que les discours automobiles reflètent un paysage linguistique varié, constitué des langues officielles étrangères (français, anglais) et d’autres langues étrangères (espagnol, latin, arabe, hébreux), de certaines langues nationales (éwondo, douala, yemba, mendumba, bamvele), et des parlers hybrides (camfranglais et pidgin- english camerounais). Chacune de ces langues s’identifie à travers un statut et des fonctions qui la caractérisent au quotidien. Nous retenons que le français suivi de l’anglais sont les langues les plus utilisées à Yaoundé sous l’effet de l’urbanisation galopante et pour des raisons communicationnelles (atteindre un grand nombre de cibles). Les parlers urbains sont perçus comme des résultats partants de l’urbanisation, car elles traduisent la pluralité linguistique et le contact des langues.  Les langues étrangères non officielles apparaissent comme des moyens d’ostentation linguistique et même de véhicularisation des valeurs religieuses. Elles rendent aussi compte de la diversité linguistique et démographique qui caractérise l’espace urbain. Les langues nationales, quant à elles, seraient des indicatrices identitaires des ethnies qui se positionnent en ville et montrent leurs différences d’avec les autres langues. Il convient de retenir que l’urbanisation accélérée de Yaoundé favorise l’expansion notoire du français, de l’anglais et des parlers hybrides. Les langues nationales sont en réclusion dans cet espace, parce qu’elles subissent et ne traduisent pas les enjeux liés au phénomène d’urbanisation. La pluralité linguistique est donc une caractéristique associée au processus d’urbanisation des milieux ruraux camerounais. Chaque langue parlée dans ce contexte possède une fonction sociale qui la distingue des autres. La compétitivité, les conflits, l’identification, la différenciation sont des réalités sociales qui caractérisent la diversité linguistique dans la ville de Yaoundé

Résumé : Caractérisé par une forte concentration démographique, l’espace urbain camerounais est aussi un milieu de grande diversité linguistique. Yaoundé, capitale politique du Cameroun et terrain d’enquête de ce travail est devenue une ville où l’on observe une scripturalité automobile variée. Ladite scripturalité qui fait l’objet de cette étude laisse voir une kyrielle d’énoncés en plusieurs langues. Posant ainsi le problème du conditionnement, du statut et la fonction des langues au moyen de leur représentativité dans les discours à support automobile, nous voulons montrer que l’urbanisation a un impact sur le statut et la fonction de chaque langue en ville. Conduite par la sociolinguistique urbaine de Calvet et la méthode empirico-inductive, nous avons abouti aux conclusions selon lesquelles l’urbanisation est un facteur important dans la distribution des langues à Yaoundé ; les langues officielles fonctionnent comme des moyens de communication administrative, officielle, interethnique, scolaire, académique et socioprofessionnelle. Les langues nationales, traduisent les intérêts de différenciation et d’identification communautaire au regard de l’urbanisation accélérée de Yaoundé. Les parlers hybrides quant à elles constituent des fruits de l’urbanisation à travers le contact de langues. Cette étude va au-delà du simple questionnement sur les statuts et fonctions des langues pour mettre en exergue le facteur urbain dans la redistribution des langues en ville.

Mots-clés : langue, urbanisation, sociolinguistique urbaine, fonction, statuts.

 1-Précisions théorico-méthodologiques de l’étude: Ce travail s’appuie sur la sociolinguistique urbaine, notamment l’orientation conceptuelle de Calvet (1994). Ce dernier s’intéresse plus aux pratiques linguistiques qu’aux attitudes langagières. Selon lui, la ville est un espace de rencontre de populations diverses. Cette rencontre, fruit des migrations, donne à la ville un caractère plurilingue. En fait, Calvet considère trois grands aspects de la ville relativement à la réalité linguistique : la ville comme un espace d’unification linguistique, l’espace urbain comme un lieu des conflits des langues et la ville comme un territoire de coexistence et de métissages linguistiques. Il fait valoir que :

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