N°020_Vol.2_09
- DE LA DESUETUDE DES COUTUMES BARBARES À L’ESPRIT DU MODERNISME ꓽ LE CREPUSCULE D’UN MONDE DANS LA MARMITE DE KOKA MBALLA DE GUY MENGA
- Asère FOTSO MOUDZE
- Institut des Beaux-Arts
- Université de Dschang à Foumban-Cameroun
- ORCID iD : 0009-0008-0176-3751
- fotsoasere@yahoo.fr
Introduction: Le théâtre africain francophone est l’expression d’une grande richesse culturelle et artistique. C’est un moyen par lequel, le dramaturge transmet des valeurs, des conduites pour l’éveil des consciences et la bonne marche de la société. Longtemps influencé par les techniques et les contenus occidentales, cette forme artistique est aujourd’hui ancrée dans le quotidien de l’Afrique et se présente comme un canal de valorisation de sa diversité culturelle. Le théâtre africain constitue donc un moyen efficace d’expression sociale. Quel que soit le degré d’imagination de l’auteur, il y a toujours une part d’observation dans son texte. C’est ainsi que s’établit une interdépendance entre le théâtre et la société. Jean Divignaud soutenait déjà à ce sujet que « le théâtre est bien plus que le théâtre […] C’est une manifestation sociale » (Duvignaud, 1965 ꓽ 11). Le théâtre moderne africain se donne pour mission de s’attaquer au colonialisme, aux coutumes jugées barbares et surtout à la mal gouvernance politique qui ruine les sociétés africaines. La Marmite de Koka-Mbala, œuvre de Guy Menga s’inscrit dans ce registre de dénonciation puisqu’elle met en scène une tension dramatique entre l’ordre ancestral prôné par les vieillards et l’aspiration au changement portée par la jeunesse. Il s’agira à travers cette réflexion de comprendre comment la « marmite », objet de terreur institutionnalisée, cristallise les contradictions d’un monde où la coutume se heurte à l’émergence d’une nouvelle conscience collective. Dès lors, il se pose la question de savoir entre le poids des interdits et l’aspiration à la liberté, comment la chute de la marmite marque-t-elle l’entrée irréversible de l’Afrique traditionnelle dans l’ère de l’humanisme et du progrès ? De cette question, nous avons formulé l’hypothèse selon laquelle la chute de la marmite symbolise l’irruption dans l’Afrique traditionnelle en brisant les interdits d’une gérontocratie conservatrice par l’introduction des jeunes et des femmes dans les prises de décision communautaires.
Pour vérifier cette hypothèse et saisir la profondeur de ce conflit, cet article se propose deux approches complémentaires : la méthode thématique et la sociocritique. La méthode thématique est selon Paillé & Mucchielli « une méthode d’analyse consistant à repérer dans des expressions verbales ou textuelles des thèmes généraux récurrents qui apparaissent sous divers contenus plus concrets. En d’autres mots, l’analyse thématique consiste à procéder systématiquement au repérage, au regroupement et, subsidiairement, à l’examen discursif des thèmes abordés dans un corpus » (Paillé & Mucchielli, 2008 : 162). Dans la présente étude, l’approche thématique permettra de dégager les motifs récurrents de la tradition, du pouvoir et de la loi, et les motifs de la transgression, de la liberté individuelle et de l’humanisme qui s’opposent aux lois ancestrales. Selon Claude Duchet, « La sociocritique s’intéresse au dehors et au-dedans du texte » (1979 : 4). Pour lui, le théâtre n’est pas un simple produit passif car, il s’intéresse au statut social du texte en jugeant la société et, la sociocritique se charge de débusquer les traces du social dans l’œuvre. L’étude sociocritique mettra donc en lumière la manière dont le texte de Guy Menga reflète les structures sociales et les crises de légitimité d’une société congolaise en pleine mutation des années 1960. Il s’agit à travers ces différentes approches de présenter dans un premier temps la masse des traditions jugées barbares identifiées dans les ressorts dramatiques et dans un second temps d’exposer la chute de la marmite comme crépuscule pour l’avènement d’une société moderne et de progrès.
Résumé : Dans l’univers clos de Koka-Mbala, la tradition ne se contente pas de guider les vivants ; elle les enchaîne. À travers cette pièce de théâtre, Guy Menga met en scène le procès d’une gérontocratie sanguinaire qui a créé une « Marmite sacrée », symbole d’une justice occulte et impitoyable, qui tue la jeunesse pour maintenir l’équilibre et le pouvoir dans la communauté. Pourtant, derrière les rituels immuables, les pratiques rétrogrades se cache une révolte silencieuse des jeunes. Cet article se propose à travers une démarche double ꓽ thématique et sociocritique permettant de relier les idées de l’œuvre (le quoi ?) aux réalités de la société (le pourquoi ?), d’analyser comment la pièce illustre le basculement d’une société : du déclin nécessaire des coutumes jugées barbares car figées dans la cruauté vers l’éveil d’un esprit moderniste porté par une nouvelle génération ouverte au progrès.
Mots-clés ꓽ coutumes barbares, modernisme, désuétude, théâtre, Afrique
Références bibliographiques
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