• VÉCU PSYCHOSOCIAL DES FEMMES SOUFFRANT DE LA FISTULE VÉSICO VAGINALE OBSTÉTRICALE À KINSHASA
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  • Marie-France SIFA BYAMUNGU
  • Apprenante au DES
  • DEA, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • ORCID iD: 0009-0002-8958-8463
  • divindisi75@gmail.com
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  • Jean-Bosco MAHUNDA NZENDO LUBAMBA
  •  Professeur, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • &
  • Ruth BUKABAU BABUYA
  • Professeure, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa

Introduction:La joie de donner la vie (l’accouchement) peut se transformer pour la parturiente en un cauchemar éternel, faisant d’elle un fantôme et une exclue de la société par la survenue d’une fistule vésico-vaginale. Une réalité quotidienne vécue dans nos pays, la fistule vésico-vaginale obstétricale demeure aujourd’hui un problème de santé publique malgré une amélioration de la santé maternelle (Kone aboubakar, 2007). Selon l’OMS (2018), la fistule vésico-vaginal obstétricale constitue l’une des complications les plus graves liées à l’accouchement, particulièrement dans les pays en développement où l’accès aux soins obstétricaux d’urgence reste limité. Elle se caractérise par une communication anormale entre la vessie et le vagin, entraînant une incontinence urinaire permanente et incontrôlée. Au-delà de ses conséquences physiques, cette pathologique engendre des répercussions profondes sur les plans psychologique et social. Les femmes qui en souffrent sont souvent confrontées à des situations de rejet, de stigmatisation et d’exclusion, compromettant ainsi leur bien-être et leur intégration sociale (UNFPA, 2023). Dans le contexte africain, et plus particulièrement en République Démocratique du Congo, la fistule obstétricale demeure un problème préoccupant en raison de facteurs tels que la pauvreté, les mariages précoces, l’insuffisance des infrastructures sanitaires et les pesanteurs socioculturelles (Paluku Justin et Carter Tamar, 2015). Ainsi, l’étude du vécu psychosocial des femmes atteintes de fistule vésico-vaginale obstétricale apparaît essentielle pour mieux comprendre les impacts de cette pathologie et proposer des stratégies de prise en charge adaptées. À l’échelle mondiale, la santé maternelle demeure l’une des priorités majeures des politiques de santé publique. Malgré les progrès enregistrés dans plusieurs pays grâce à l’amélioration des soins obstétricaux, de nombreuses femmes continuent encore de mourir ou de développer des complications graves liées à la grossesse et à l’accouchement. Parmi ces complications figure la fistule vésico-vaginale obstétricale, considérée comme l’une des pathologies les plus invalidantes de la santé reproductive féminine. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, des milliers de nouveaux cas de fistule obstétricale apparaissent chaque année dans le monde, particulièrement dans les pays pauvres où les soins obstétricaux d’urgence restent insuffisants. Les fistules obstétricales constituent une préoccupation mondiale.  Le rapport de l’organisation mondiale de la santé et de l’UNFPA. (2003), dans le monde entier 2 millions de femmes et plus sont atteints d’une fistule obstétricale (Hinrichen, D. 2004). Dans le pays du tiers-monde, les fistules vésico-vaginales sont dans la majorité des cas d’origine obstétricale. Ces fistules obstétricales sont secondaires à la contusion et à la compression pelvienne par le mobile fœtal lors de l’accouchement dystocique (A. Mensah, 1996).

En Afrique subsaharienne, la fistule obstétricale demeure particulièrement fréquente en raison des difficultés persistantes liées à l’accès aux soins obstétricaux. La pauvreté, le manque d’infrastructures sanitaires, les accouchements à domicile et les mariages précoces contribuent fortement à la persistance de cette pathologie. Selon le Fonds des Nations Unies pour la population, l’Afrique subsaharienne constitue l’une des régions les plus touchées par la fistule obstétricale. En République démocratique du Congo, la fistule obstétricale demeure un problème majeur de santé publique, particulièrement dans les zones rurales et enclavées. Les difficultés d’accès aux soins obstétricaux, la pauvreté, les conflits armés et l’insuffisance des infrastructures sanitaires exposent plusieurs femmes aux complications liées à l’accouchement. Dans certaines régions, les femmes accouchent encore sans assistance médicale qualifiée, augmentant ainsi le risque de fistule. Mukwege (2009) a mené des études à l’Hôpital de Panzi qui  ont largement contribué à la compréhension des conséquences psychosociales de la fistule obstétricale en RDC. Ces études montrent que plusieurs femmes souffrant de fistule développent des troubles psychologiques importants tels que la dépression, la honte, l’anxiété et la perte de l’estime de soi.

La fistule obstétricale entraîne également des conséquences économiques importantes chez les femmes congolaises. Plusieurs patientes abandonnent leurs activités commerciales ou agricoles à cause de leur état de santé et de la stigmatisation sociale. Cette perte d’autonomie financière augmente leur dépendance économique et leur précarité sociale. Dans certaines communautés congolaises, la fistule obstétricale est associée à des croyances culturelles négatives. Certaines femmes sont considérées comme maudites ou punies à cause d’une faute supposée. Ces croyances renforcent davantage leur exclusion sociale et limitent parfois leur accès au soutien communautaire (Bukabau Babuya, 2019). Bukabau, Babuya (2019) montre que la fistule obstétricale affecte profondément la personnalité des femmes atteintes. Son étude révèle que plusieurs patientes développent des comportements de repli sur soi, une tristesse persistante et une perte importante de confiance en elles-mêmes.

Malgré les nombreuses recherches réalisées sur la fistule obstétricale, plusieurs insuffisances persistent dans la littérature scientifique. La majorité des études réalisées en RDC se concentrent davantage sur les aspects médicaux et chirurgicaux de la fistule. Les dimensions psychosociales, notamment le vécu émotionnel, les mécanismes d’adaptation et les interactions sociales des femmes atteintes, restent encore insuffisamment étudiées. Face à l’ampleur des conséquences psychologiques, sociales, économiques et conjugales de la fistule obstétricale, il apparaît nécessaire d’étudier la compréhension du vécu psychosocial des femmes atteintes dans le contexte congolais. Une meilleure connaissance de leurs expériences permettra de proposer des stratégies de prise en charge plus adaptées aux réalités socioculturelles du pays. Ainsi, malgré les efforts réalisés dans le domaine de la chirurgie réparatrice, plusieurs femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale continuent à vivre dans des conditions de souffrance psychologique, de stigmatisation sociale et d’exclusion communautaire. Dès lors, la question principale de cette étude est la suivante : Quel est le vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ? De cette question principale découlent la préoccupation spécifique suivante : quels sont les facteurs explicatifs du vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ? Eu égard aux questions soulevées à la problématique, nous émettons une hypothèse principale et l’hypothèse spécifique. Les femmes souffrant de la fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa présentent un vécu psychosocial marqué par une détresse psychologique importante, une stigmatisation sociale et une altération significative de leur qualité de vie. Les facteurs socioéconomiques, culturels et sanitaires expliquent significativement le vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa.

À partir des hypothèses, il sera question d’analyser le vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ; d’identifier les facteurs explicatifs du vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ; d’valuer le niveau de qualité de vie des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ; de déterminer la présence et les formes de stigmatisation sociale vécues par ces femmes.

Résumé : La présente étude porte sur le « Vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa ». Elle avait pour objectif général d’analyser le vécu psychosocial des femmes atteintes de fistule obstétricale, en mettant un accent particulier sur leur qualité de vie, la stigmatisation sociale ainsi que les difficultés psychologiques et relationnelles qu’elles rencontrent au quotidien. Sur le plan méthodologique, cette étude s’est inscrite dans une approche quali-quantitative appuyée par la méthode clinique. Les résultats obtenus montrent que les femmes souffrant de fistule présentent une détérioration importante de leur qualité de vie, particulièrement dans les dimensions psychologique et sociale. Les participantes manifestent également une forte stigmatisation caractérisée par le rejet social, les humiliations, l’isolement et la perte de l’estime de soi. Les analyses qualitatives révèlent un vécu marqué par la honte, la tristesse, l’anxiété, le repli sur soi et la souffrance émotionnelle. L’étude a également montré que la pauvreté, le manque d’accès aux soins obstétricaux et l’insuffisance du soutien social aggravent leur souffrance psychosociale.

Mots-clés : Fistule vésico-vaginale obstétricale, vécu psychosocial, qualité de vie, stigmatisation sociale, souffrance psychologique, Femmes.

PSYCHOSOCIAL EXPERIENCES OF WOMEN WITH OBSTETRIC VESICOVAGINAL FISTULA IN KINSHASA

 Abstract : This study focuses on the « Psychosocial Experiences of Women with Obstetric Vesicovaginal Fistula in Kinshasa » Its overall objective was to analyze the psychosocial experiences of women with obstetric fistula, with a particular focus on their quality of life, social stigma, and the psychological and relational difficulties they face in their daily lives. Methodologically, this study employed a qualitative-quantitative approach supported by clinical methodology. The results show that women suffering from fistula experience a significant deterioration in their quality of life, particularly in psychological and social dimensions. The participants also report high levels of stigmatization characterized by social rejection, humiliation, isolation, and loss of self-esteem. Qualitative analyses reveal experiences marked by shame, sadness, anxiety, withdrawal, and emotional distress. The study also showed that poverty, lack of access to obstetric care, and insufficient social support exacerbate their psychosocial distress.

 Keywords : Obstetric vesicovaginal fistula, psychosocial experience, quality of life, social stigma, psychological distress, women.

1. Méthodologie

1.1. Cadre physique de l’étude

L’étude a été réalisée dans la ville de Kinshasa, au sein de l’hôpital Saint-Joseph et au centre hospitalier Bolamu pour la prise en charge des femmes souffrant de la fistule vésico-vaginal obstétrical. La collecte des données s’est déroulée dans les deux hôpitaux où la prise en charge de ces femmes ont été bénéficiaire.

1.2. Population de l’étude:

La population d’étude est constituée des femmes souffrant de la fistule vésico-vaginale obstétricale prise en charge à l’Hôpital Saint Joseph et le centre médical Bolamu à Kinshasa. L’échantillon de cette étude comprend 36 femmes sélectionnées selon un échantillonnage non probabiliste de type accidentel, en fonction de leur disponibilité. Les femmes diagnostiquées de fistule vésico-vaginale obstétricale par un personnel médical qualifié ; prises en charge dans les structures sanitaires sélectionnées pour l’étude ; âgées de 18 ans et plus ; résidant à Kinshasa pendant la période de l’étude ; et ayant accepté librement de participer à l’étude après consentement éclairé.

Conclusion: Le présent travail intitulé « Vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa » avait pour objectif général d’analyser le vécu psychosocial des femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale à Kinshasa. Les résultats obtenus montrent que : Les femmes souffrant de fistule vésico-vaginale obstétricale présentent une qualité de vie globalement faible, particulièrement dans les dimensions psychologique et sociale. Les participantes présentent également un niveau élevé de stigmatisation sociale caractérisé par les humiliations, le rejet l’isolement social et la perte de l’estime de soi. L’étude a aussi montré que la pauvreté, le manque d’accès aux soins obstétricaux, les croyances socioculturelles négatives ainsi que l’insuffisance du soutien social aggravent significativement leur souffrance psychosociale. Les analyses qualitatives ont révélé une souffrance psychologique importante marquée par la honte, l’anxiété, la tristesse, le repli sur soi et la dévalorisation personnelle.

Ainsi, les hypothèses formulées dans cette étude ont été globalement confirmées.

Références bibliographiques

  • Bukabau Babuya. (2019). Étude sur les conséquences psychosociales de la fistule obstétricale chez les femmes en République démocratique du Congo. Thèse de doctorat, Université de Kinshasa, Kinshasa.
  • Hinrichen, D. (2004). La fistule obstétricale : un problème mondial de santé maternelle. L’harmattan : Paris.
  • Kone, A. (2007). La fistule vésico-vaginale obstétricale : problème de santé publique dans les pays en développement. Dunod : Paris.
  • Mensah, A. (1996). Les fistules vésico-vaginales d’origine obstétricale dans les pays du tiers-monde. L’harmattan : Paris.
  • Mukwege, D. (2009). Études sur les conséquences psychosociales de la fistule obstétricale à l’Hôpital de Panzi. Bukavu, République démocratique du Congo : Hôpital de Panzi.
  • Organisation mondiale de la Santé (OMS) & Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA). (2003). Obstetric fistula: Guiding principles for clinical management and programme development. Genève, Suisse : OMS.
  • Organisation mondiale de la Santé (OMS). (2018). Fistule obstétricale : principaux faits. Genève, Suisse : Auteur.
  • Paluku, J. & Carter, T. (2015). La fistule obstétricale en République démocratique du Congo : facteurs associés et défis de prise en charge. Dunod, Paris.
  • United Nations Population Fund (UNFPA). (2023). Campaign to end fistula: Annual report. New York, NY : UNFPA.