• LA DYNAMIQUE DU CONCEPT MAMBU : INSTITUTIONNALISATION
  • DE LA PAROLE CHEZ LES BISIR
  •  
  • Ulrich ABILA-BISSIELOU
  • Assistant / Université Omar Bongo (UOB)
  • ulrichabila@gmail.com
  • &
  • Fidélia-Doriane NYAMA-BOUYANGA
  • Attachée de Recherche – IRSH / CENAREST
  • nyamafidelia08@gmail.com

Introduction:  Dans une réflexion d’une haute pertinence épistémologique, Jean-Claude Dugas attire l’attention sur l’impérieuse nécessité, au sein des disciplines relevant des sciences humaines et sociales, de procéder à une définition des notions basales qui les régissent. Négliger cette exigence sémantique revient, selon lui, à fragiliser la portée heuristique de ces savoirs, en les reléguant à des spéculations intellectuelles dénuées de méthode opérationnelle. Il écrit à ce propos : « Dans toutes les disciplines ou sciences sociales dignes de ce nom, il existe des notions fondamentales dont la définition et le rôle doivent être rigoureusement posés afin d’éclairer tous les autres éléments connexes qui gravitent autour d’elles » (Dugas, 1984 : 436). Partant de là, cette exigence épistémologique s’applique de prime abord à l’étude de la parole. Dans l’aire culturelle gabonaise, et singulièrement chez les Bisir, gwambile (parler) apparait comme un principe ontologique et un vecteur de régulation de l’ordre social. A cet égard, nous entreprenons l’étude du concept mambu pour appréhender la réalité discursive au sein de ce groupe. Car, l’usage de ce terme recouvre un champ sémantique d’une densité plurielle, structurant la totalité du lien social.

Dès lors, la problématique centrale de cette investigation peut se formuler ainsi : comment le concept mambu participe-t-il à l’institutionnalisation de la parole chez les Bisir du Gabon ? Plus précisément, de quelle manière cette racine linguistique s’articule-t-elle pour traduire la complexité des configurations interactionnelles et s’adapter aux mutations empiriques de la société ? A cette problématique, nous associons l’hypothèse de recherche suivante : le concept de mambu opère comme une matrice sémantique et morphosyntaxique dont la plasticité endogène permet à la fois de codifier les rituels immuables de la coutume et d’assimiler les évolutions discursives de la modernité politique garantissant ainsi la pérennité de l’ordre social et la légitimité des locuteurs à travers des structures normatives partagées. L’objectif poursuivi ici est de questionner une nomenclature des déclinaisons sémantiques et pragmatiques de ce terme. Cette ambition est portée par la recommandation de Dugas (1984 : 438) pour qui « attribuer un nom apparaît comme un acte sérieux destiné à marquer l’existence et le sens de l’élément dénommé » On entend par là, une rupture avec les grilles d’intelligibilité allochtones. Les garants de l’endogénité de ce peuple ont élaboré une taxinomie des interactions verbales ayant pour tronc lexical unique le lexème mambu. Constat fait, cet article se propose alors de rendre compte de la manière dont ce syntagme fonctionne comme un schème sémantique générateur de termes à haute densité référentielle, capables de codifier aussi bien la palabre rituelle ancienne que la joute électorale moderne.

Résumé : Cet article analyse la mutation endogène du concept mambu (au singulier dyambu) dans la langue gísìr du Gabon. Il met en exergue le rôle primordial de la notion mambu dans l’institutionnalisation de la parole. En effet, en adoptant la posture épistémologique de l’anthropologie de la parole et une approche lexicométrique exploratoire, ce travail traite de la façon dont le lexème mambu déploie le socle d’une taxinomie autochtone des interactions verbales en pays gísìr. Ainsi, à travers l’analyse minutieuse de sa formule de dérivation (N = G + S), nous démontrons que la langue gísìr codifie les rapports sociaux tout en manifestant une plasticité face aux bouleversements contemporains. Les résultats soulignent que la maîtrise de ces déclinaisons sémantiques demeure l’opérateur central de la légitimité oratoire et de la régulation de l’ordre social.

Mots-clés : Gísìr, Mambu, Institutionnalisation de la parole, Anthropologie de la parole, Lexicométrie

Références bibliographiques

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