N°020_Vol.1_16
- LA PERIPHRASE COMME UNE NORME SYNTAXIQUE DANS LES LANGUES CAMEROUNAISES : UNE APPLICATION DANS LE GHƆMÁLÁ’, LANGUE BAMILEKE
- Hylarie Flore MAMNO FOKO KEUNANG
- Université de Bertoua- Ecole Normale Supérieure
- fhylarie@yahoo.com
Introduction: La question de l’inclusion financière occupe une place centrale dans les politiques de développement économique en Afrique de l’Ouest, et singulièrement en Côte d’Ivoire. Elle est présentée comme un levier majeur de réduction de la pauvreté, de stimulation de l’entrepreneuriat et de promotion d’une croissance qui ne laisse personne de côté. Pourtant une analyse approfondie des réalités rurales met en évidence un paradoxe frappant. Selon la Banque Mondiale (2023), près de 45 % de la population active en Côte d’Ivoire exerce dans le secteur agricole. Ce qui confirme que l’agriculture constitue encore la principale source de revenu en milieu rural. Cependant, l’accès au crédit formel en zone rural demeure largement entravé par de nombreux freins. Bien que la bancarisation mobile est connue une progression notable et permis à plusieurs ruraux de disposer d’un compte, l’obtention d’un prêt pour financer les activités agro-pastorales reste encore limitée à une minorité. Les données récentes issues de la Banque Mondiale (2021) et de BCEAO (2023) mettent clairement en lumière cette situation. En Afrique subsaharienne, seuls 14% des adultes résident en zone rural ont bénéficié d’un prêt formel au cours des douze derniers mois. En Côte d’Ivoire en 2021, moins d’un habitant rural sur dix a eu accès à un financement formel, révélant un écart important avec les populations urbaines (Ministère de l’Economie et des Finances, 2022). Cette faible utilisation du crédit s’explique par un ensemble de contraintes concrètes qui structurent et influence le quotidien des ménages ruraux.
Du côté des banques et des institutions de microfinance, le monde agricole est souvent perçu comme un secteur risqué. Cette perception se traduit par des conditions drastiques : les taux d’intérêt avoisinent fréquemment 20 à 24 % (BCEAO, 2023). Cela pèse lourdement sur des foyers aux revenus saisonniers et tributaires des aléas climatiques. Mais l’écueil le plus infranchissable reste celui des garanties exigées. Comment un petit planteur, dont les ressources se réduisent à sa force de travail et à une parcelle généralement dépourvue de titre foncier, peut-il satisfaire aux exigences de garanties imposées par les institutions financières ? Près de 70 % des agriculteurs interrogés en Côte d’Ivoire déclarent ne pas être en mesure de répondre à ces exigences (ministère de l’Agriculture, 2022). À cela s’ajoute un parcours administratif semé d’embûches : environ 32 % de la population adulte rurale ne dispose pas de pièce d’identité officielle (ministère de l’Économie et des Finances, 2022). Un facteur qui ferme définitivement les portes du système bancaire. Dès lors, nombreux sont ceux qui renoncent par avance, freinés par la crainte de s’endetter ou découragés par la complexité des démarches. Les enquêtes nationales indiquent que 62 % des exploitants agricoles n’ont jamais sollicité de crédit bancaire (ministère de l’Agriculture, 2022). Derrière ces pourcentages, ce sont des vies qui se trouvent bloquées dans leur élan, perpétuant une forme de dépendance et limitant la capacité des ruraux à sortir par eux-mêmes d’une économie de subsistance.
Le recours limité au crédit en milieu rural ne constitue donc pas uniquement un indicateur économique. Cette distance persistance révèle que l’univers financier, conçu pour et par des profils urbains, peine à répondre aux aspirations profondes de celle et de ceux qui animent et maintiennent les zones rurales. Les recherches consacrées à cette question s’organisent autour de trois approches paradigmatiques. La première approche regroupe les fondements théoriques du capital humain. Selon Schultz (1961) et Becker (1964), cette notion désigne l’ensemble des compétences et savoir-faire qu’un individu acquiert par l’éducation et l’expérience, et qui lui permettent d’accroitre sa productivité. Mincer (1974) approfondit cette perspective en formalisant la relation entre la formation et les revenus perçus. A l’inverse, Bourdieu (1976) prend le contre-pied de cette approche en développant une théorie élargie des capitaux culturels, social et symbolique. Dans cette logique, le capital humain n’apparait plus que comme une composante d’un système plus vaste, mais celui de la reproduction des inégalités, indissociable des rapports de domination. La deuxième approche s’appuie sur les théories du crédit et des contraintes informationnelles. Selon Stiglitz et Weiss (1981), l’asymétrie d’information conduit les institutions financières à rationner le crédit. Car les banques préfèrent limiter l’octroi de prêt que de s’exposer à des risques difficiles à évaluer. Cette méfiance des institutions financières s’accentue davantage en raison du manque de garanties formelles. Une situation particulièrement observée en milieu rural, comme le soulignent Hoff et Stiglitz (1990). Par ailleurs, Akerlof (1970) montre que cette méconnaissance réciproque entre acteurs constitue un frein important aux échanges économiques. En revanche, Servet (2006) soutient que, dans certains contextes, les mécanismes de reconnaissance sociale et de caution solidaire permettent de surmonter la défiance et de rétablir un climat de confiance. Enfin, la troisième approche porte sur l’inclusion financière et les dynamiques rurales. Labie et Servet (2013) montrent que, dans les zones rurales, l’inclusion financière se heurte à des contraintes à la fois spatiales et sociales. Ce qui limite le développement de l’offre institutionnelle. Guérin (2015) démontre que les acteurs ruraux mettent en place des stratégies d’endettement informel complexe, inscrites dans des réseaux sociaux. De son coté, Morvant-Roux (2009) met en lumière l’importance des usagers sociaux du crédit, qui dépassent souvent les seules finalités économiques. Yunus (1997) s’oppose en partie à ce constat en affirmant que les pauvres, même ruraux, sont intrinsèquement solvables si on leur fait confiance, plaçant le facteur humain au cœur de la solution plutôt que du problème.
Ces travaux, bien qu’éclairants, abordent peu la spécificité des métiers ruraux ivoiriens et n’articulent pas systématiquement la notion de capital humain au sens de Bourdieu avec les pratiques concrètes d’accès au crédit. Dans le cadre de cette recherche, la question principale est la suivante : Quels sont les facteurs explicatifs de l’inaccessibilité au crédit des acteurs des métiers ruraux de la sous-préfecture de Divo ? L’objectif général est d’analyser la relation entre le capital humain et l’accès au crédit des acteurs des métiers ruraux. De manière spécifique, il s’agit d’identifier les causes de la problématique d’accès au crédit des acteurs des métiers ruraux ; déterminer les sources de financement des acteurs des métiers ruraux ; et d’analyser les perceptions des acteurs des métiers ruraux face au crédit. Ainsi, cette recherche s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle l’accès au crédit des acteurs des métiers ruraux de la sous-préfecture de Divo est lié à leur capital humain.
Résumé : Le principe de l’immanence en linguistique structurale stipule que l’étude d’une langue humaine soit envisagée en elle-même et pour elle-même. Sur ce, la description des langues camerounaises de façon générale révèle des particularités syntaxiques qui renseignent sur leur fonctionnement propre. Cet article tente présente la périphrase comme une norme syntaxique, qui détermine la structure des constructions syntaxiques observées dans le ghɔmálá’. A la lumière de la théorie générative (Chomsky, 1965) et la théorie du signe linguistique (Saussure, 1916), nous y avons relevé quelques aspects syntaxiques majeurs de la périphrase dont les formes verbales analytiques, les constructions nominales complexes et les locutions. Le corpus d’étude est constitué de données obtenues à partir de la recherche documentaire et de l’auto-production des données.
Mots-clés : périphrase, norme, description structurale, constituant, aspect syntaxique
PERIPHRASE AS A SYNTACTIC NORM IN CAMEROONIAN LANGUAGES : AN APPLICATION IN GHƆMÁLÁ’, A BAMILEKE LANGUAGE
Abstract : The principle of immanence in structural linguistics states that study of human language should be done in itself and for its own sake. By so doing, the description of cameroonian languages in general showcases some syntactic specificities of its own functioning. This paper seeks to present the perphrase as a syntactic norm which determines the structure of syntactic constructions observed in ghɔmálá’. Following the linguistic sign theory (Saussure, 1916) and the generative theory (Chomsky, 1965), the syntax of periphrase reveals some major features such as : analytic verb forms, complex noun phrases and locutions. Data methods collection include documentary research and the self-production of data.
Keywords : periphrase, norm, structural description, constituent, syntactic aspect.
1. Typologie de la périphrase: La périphrase, en stylistique, est une expression imagée ou descriptive qui remplace un mot usuel dans le discours (Mounin, 2000). Elle a une typologie double : elle peut être nominale, ou alors verbale. Ce que vise cette section est la présentation des périphrases suivant leur classification. Nous parlerons à cet effet des périphrases nominales et des périphrases verbales.
1.1 Les périphrases nominales: Elles désignent pour la plupart des expressions descriptives substituant un mot ou un terme dans le discours par sa définition ou par une expression plus longue. Les unités périphrastiques nominales recueillies remplissent une triple fonction dans le discours : elles marquent la politesse, expriment la conditionnalité et renforcent le stock lexical de la langue.
Conclusion: Cette réflexion a porté sur la description structurale des constructions périphrastiques dans la langue ghɔmálá’. Les périphrases sont de deux types à savoir la périphrase verbale et la périphrase nominale. La périphrase verbale fait référence aux formes verbales analytiques qui décrivent un procès suivant trois phases : au début (aspect inchoatif), en cours (aspect progressif) et à la fin (le terminatif). Ces formes verbales expriment aussi la temporalité et la modalité. Elles sont constituées d’un semi-auxiliaire conjugué, suivi du verbe à l’infinitif ou de la base verbale. En revanche, la description de la périphrase nominale a permis de distinguer les périphrases de mot qui sont des noms complexes, les périphrases de syntagme qui correspondent en structure à des syntagmes nominaux, et les périphrases de phrase présentant une typologie variée. Nous y avons enfin relevé quelques aspects syntaxiques de la périphrase. En l’occurrence, les formes verbales analytiques, les constructions nominales complexes et les locutions. La périphrase renseigne bien sur le style communicationnel des locuteurs ghɔmálá’.
Références bibliographiques
- Biloa, E. (2004). Le cours de linguistique contemporaine. Munchen, Lincom Europa
- Chomsky, N. (1965). Aspects of the theory of syntax. USA, Massachussets Institute of technology.
- Jakobson, R. (1963). Linguistique poétique, Essais de linguistique générale (tome 1), les fonctions du langage. Edition de Minuit.
- Kerbrat, C. (1990). Les interactions verbales. Paris, Armand Colin.
- Mamno, H. (2025). Le vocabulaire pédagogique en ghɔmálá’ : une structure syntaxique des néologismes terminologiques, Revue KURUKAN FUGA, (4)16 :205-216. [En ligne], consultable sur DOI : https://doi.org/10.62197/PLNG6474.
- Mamno, H. (2025). Des signifiants multiples pour un signifié unique : une étude des valeurs des salutations verbales dans les langues africaines, Revue KURUKAN FUGA, (4), 15 : 515-534 , [En ligne] consultable sur DOI : https://doi.org/10.62197/SDPZ9113.
- Mounin, G. (2000). Dictionnaire de la linguistique. Quadrige/Presses Universitaires de France.
- Saussure, F. (1916). Cours de linguistique générale. Paris, Presses universitaires de France.
