• ÉVALUATION CLINIQUE DES TRAITS PSYCHOPATHIQUES DES JEUNES DÉLINQUANTS À KINSHASA : ÉTUDE MENÉE DANS
  • LA COMMUNE DE KISENSO
  •  
  • David INDONGO MALENGU
  • Apprenant en D.E.S & Chercheur en Psychologie clinique
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • indongomalengudavid@gmail.com
  •  
  • Nazaréen MUNZENZENZE MUYAY
  • Apprenant en D.E.S & Chercheur en Psychologie du Travail
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • munzenzenzenazaboy@gmail.com
  • &
  • Etienne MIKOBI MIKOBI
  • Professeur Associé
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa

Introduction: La délinquance juvénile demeure aujourd’hui l’un des phénomènes sociaux les plus préoccupants dans de nombreuses sociétés. Son ampleur, sa diversité et ses conséquences sur la sécurité des populations en font un véritable défi pour les autorités publiques, les familles ainsi que les professionnels intervenant dans les domaines de la justice, de l’éducation et de la santé mentale. Les actes de violence, les agressions, les vols, les destructions de biens publics ou privés ainsi que les autres comportements antisociaux impliquant des adolescents connaissent une progression qui alimente le sentiment d’insécurité dans plusieurs grandes villes africaines. En République démocratique du Congo, la ville de Kinshasa est particulièrement concernée par cette réalité. La présence de groupes de jeunes impliqués dans différentes formes de délinquance constitue aujourd’hui une préoccupation importante pour les pouvoirs publics et les communautés locales. Depuis plusieurs décennies, les chercheurs tentent de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent certains jeunes à adopter des comportements délinquants. Les travaux de David P. Farrington (2000) montrent que la délinquance résulte généralement de l’interaction entre plusieurs facteurs individuels, familiaux, scolaires et sociaux. De son côté, Rolf Loeber et ses collaborateurs (2001) soulignent que les difficultés familiales, les troubles du comportement, les mauvaises fréquentations et les échecs scolaires augmentent le risque de développer une délinquance persistante. Dans la même perspective, Terrie E. Moffitt (1993) distingue deux trajectoires développementales : une délinquance limitée à l’adolescence, généralement transitoire, et une délinquance persistante qui débute précocement et peut se prolonger jusqu’à l’âge adulte. Ces travaux montrent que tous les jeunes délinquants ne présentent pas les mêmes caractéristiques ni la même évolution.

Au-delà des facteurs sociaux et environnementaux, plusieurs auteurs soulignent l’importance des caractéristiques de personnalité dans la compréhension de la délinquance., plusieurs chercheurs considèrent que certaines caractéristiques de la personnalité contribuent également à la compréhension des comportements antisociaux. Les recherches de Robert D. Hare (1991, 2003) ont profondément renouvelé cette approche en définissant la psychopathie comme un ensemble relativement stable de traits de personnalité comprenant notamment le manque d’empathie, l’absence de culpabilité, la manipulation interpersonnelle, l’impulsivité, l’irresponsabilité et une faible capacité à respecter les normes sociales. Selon cet auteur, ces caractéristiques augmentent le risque de comportements antisociaux persistants et constituent des indicateurs importants dans l’évaluation clinique des personnes impliquées dans des actes délinquants.

Les travaux de Paul Frick (2009) montrent également que les traits psychopathiques peuvent être observés dès l’adolescence et qu’ils sont associés à une fréquence plus élevée de comportements agressifs, à une faible sensibilité aux sanctions et à un risque important de récidive. De la même manière, Essi Viding (2014) souligne que l’identification précoce de ces traits permet de mieux comprendre les trajectoires développementales des jeunes présentant des conduites antisociales persistantes et d’améliorer les stratégies de prévention. Malgré ces avancées scientifiques, les recherches portant spécifiquement sur les traits psychopathiques des jeunes délinquants demeurent encore limitées en République démocratique du Congo. Les études réalisées jusqu’à présent privilégient essentiellement les dimensions sociales, économiques ou criminologiques de la délinquance, tandis que les caractéristiques psychologiques susceptibles d’expliquer le maintien des comportements antisociaux restent peu documentées. Cette insuffisance scientifique réduit les possibilités de développer des programmes de prévention et de prise en charge adaptés au fonctionnement psychologique des jeunes concernés.

La présente étude s’inscrit dans cette perspective. Elle cherche à évaluer les traits psychopathiques des jeunes délinquants de la commune de Kisenso et à déterminer si ces caractéristiques varient selon certaines variables sociodémographiques. Contrairement à plusieurs travaux antérieurs centrés principalement sur les facteurs sociaux de la délinquance, cette recherche privilégie une approche clinique de la personnalité afin de mieux comprendre les dimensions psychologiques susceptibles de contribuer à la persistance des comportements délinquants. Elle ambitionne ainsi d’apporter des données empiriques susceptibles d’enrichir la littérature scientifique congolaise et de fournir des éléments utiles aux psychologues, éducateurs spécialisés, magistrats pour enfants et autres professionnels impliqués dans la prévention et la réinsertion des jeunes en conflit avec la loi.

Au regard de cette problématique, la présente recherche cherche à répondre à la question suivante : quels sont les principaux traits psychopathiques observés chez les jeunes délinquants de la commune de Kisenso et dans quelle mesure ces traits varient-ils selon certaines caractéristiques sociodémographiques ? Nous formulons l’hypothèse selon laquelle les jeunes délinquants présentent des niveaux relativement élevés de traits psychopathiques, notamment le manque d’empathie, la manipulation interpersonnelle, l’impulsivité, l’irresponsabilité et l’absence de culpabilité. Nous supposons également que ces caractéristiques varient significativement selon l’âge, le niveau d’études et le niveau socio-économique de la famille.

Résumé : La délinquance juvénile représente un enjeu majeur de sécurité publique et de santé mentale en République démocratique du Congo, notamment à Kinshasa. Cette étude vise à évaluer les traits psychopathiques des jeunes délinquants de la commune de Kisenso et à analyser l’influence de certaines variables sociodémographiques. Une approche quantitative descriptive a été menée auprès de jeunes délinquants à l’aide de la Psychopathy Checklist-Revised (PCL-R) de Hare, adaptée au contexte de l’étude. Les données ont été analysées au moyen de statistiques descriptives et comparatives. Les résultats révèlent une présence relativement élevée de traits psychopathiques, principalement l’impulsivité, les comportements antisociaux, le manque d’empathie, l’irresponsabilité, la manipulation interpersonnelle et une faible culpabilité. Des différences significatives sont observées selon l’âge, le niveau d’études et le niveau socio-économique. Ces résultats soulignent l’intérêt d’intégrer l’évaluation clinique de la personnalité dans les stratégies de prévention et de prise en charge des jeunes en conflit avec la loi.

Mots-clés : Psychopathie ; délinquance juvénile ; évaluation clinique ; personnalité ; Kinshasa

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