• ESTILO Y VALORES PRAGMA-DISCURSIVOS EN CRIADA EN EL PARAÍSO DE GERMAIN METANMO
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  • Josiane CHAMKO WENDJI
  • Universidad de Yaundé I (CIRSLAD)
  • ORCID iD: 0009-0006-0311-6350
  • wendjosi432@gmail.com

Introducción: Si le missile a une trajectoire relativement identifiable, le récit qui l’accompagne en a plusieurs. Lorsqu’une frappe atteint une installation militaire, une infrastructure nucléaire ou un centre de commandement, son effet matériel peut être, au moins partiellement, observé. On peut voir des équipements être détruits, des capacités réduites voire des personnes tuées. Mais l’effet politique de cette même frappe demeure ouvert, car il dépend de la manière dont l’événement sera nommé, puis replacé dans une séquence historique et présentée à l’opinion publique. Était-ce une attaque ou une riposte ? Une agression ou une opération préventive ? Une violation de souveraineté ou un acte de légitime défense ? Le commencement d’une guerre ou un épisode supplémentaire d’un conflit déjà engagé ? Dans le conflit entre l’Iran et Israël, les deux États ne cherchent pas seulement à affecter les capacités militaires de l’adversaire, mais aussi à déterminer la manière dont leur propre violence et celle de l’autre seront comprises. L’enjeu devient également de savoir qui parviendra à imposer les catégories légitimes de lecture du conflit. En temps de guerre, la communication ne cherche pas seulement à attirer, à expliquer ou à raconter. Qualifier une frappe de « préventive », c’est déjà proposer une théorie de sa nécessité. Parler de « riposte » , c’est inscrire sa propre violence dans une relation de causalité où l’autre possède l’antériorité de la faute. Parler de « menace existentielle », c’est déplacer l’action militaire de sa dimension de l’opportunité vers celle de la survie. Parler d’« agression », c’est tenter de fixer les rôles moraux avant même que la totalité des faits ne soit connue. C’est ainsi que la communication en politique étrangère devient une politique de qualification stratégique du réel [TSHIBANDA & MBATU, 2026]. Cette notion constitue le premier point de départ de notre analyse. On peut la considérer comme l’ensemble des opérations discursives par lesquelles un acteur cherche à sélectionner les faits pertinents, à établir entre eux une relation causale et à leur attribuer une signification susceptible de légitimer son comportement international. Une telle perspective conduirait à déplacer la question habituellement posée. On cesse de vouloir chercher à savoir Quel récit l’Iran et Israël produisent-ils ? pour chercher à savoir Qu’est-ce que chacun de ces acteurs cherche à faire reconnaître comme étant la réalité pertinente du conflit ?

La nuance est importante. Un récit stratégique ne devient politiquement efficace que lorsqu’il parvient à dépasser la version d’un acteur pour acquérir celle d’une interprétation suffisamment crédible du réel. La véritable victoire narrative ne consiste donc pas simplement à parler plus que l’adversaire, mais elle consiste à faire en sorte que la version du protagoniste soit celle reprise par soit reprise par des acteurs qui ne participe pas au conflit [Habermas, 1987]. C’est ce que nous qualifions de souveraineté interprétative. Par souveraineté interprétative, nous entendons la capacité, toujours relative et contestée, d’un acteur à imposer les versions dominantes à travers lesquelles une situation internationale est comprise. Cette souveraineté n’est jamais absolue. Les faits eux-mêmes peuvent être établis, mais leur signification reste disputée. Israël peut avoir matériellement lancé une frappe et soutenir politiquement qu’il n’a pas commencé la confrontation. L’Iran peut matériellement riposter et présenter cette riposte comme la continuation d’un droit antérieur à la défense. Les deux propositions ne se situent pas exactement sur le même plan. Si la première renvoie à la chronologie matérielle immédiate, la deuxième, elle, renvoie à la construction d’une chronologie politique plus longue. La bataille communicationnelle commence précisément dans l’écart entre ces temporalités. L’une des hypothèses de cet article repose sur le fait que le conflit entre l’Iran et l’Israël constitue une guerre des commencements. Dans un conflit, déterminer qui a commencé suppose d’abord de décider quand commence l’histoire que l’on raconte. La bataille pour le récit est donc d’abord une bataille pour l’antériorité. Celui qui commence porte généralement une charge de justification plus lourde que celui qui répond, c’est ainsi que les États en conflit cherchent presque toujours à repousser l’origine de leur propre violence dans un passé où ils peuvent se présenter comme menacés.

Résumé : Le conflit entre l’Iran et Israël ne peut être comprise à partir de la seule comptabilité des frappes, des capacités balistiques détruites ou des infrastructures atteintes. À l’instar du rapport de force matériel se déploie une autre compétition, moins immédiatement mesurable mais politiquement décisive, c’est la lutte pour la qualification de la violence. Il ne suffit pas, pour un État, d’employer la force, encore faut-il parvenir à faire reconnaître cette force comme nécessaire, défensive, proportionnée ou inévitable. À l’inverse, l’enjeu pour l’adversaire consiste à défaire cette justification en requalifiant la même action en agression ou en violation de souveraineté. À partir d’une analyse comparative des discours produits par l’Iran et Israël, cet article défend l’idée que la communication en politique étrangère fonctionne, en situation de conflit, comme une politique de qualification stratégique du réel. Elle ne vient pas simplement commenter l’action militaire après coup, mais elle intervient également dans la production même de sa signification politique. Le conflit Iran-Israël révèle ainsi une lutte pour ce que nous proposons d’appeler la souveraineté interprétative, c’est-à-dire la capacité d’un acteur à imposer les catégories à partir desquelles un événement international sera compris, jugé et mémorisé. Il s’agit donc, pour les deux protagonistes de chercher à définir qui est l’agresseur ? Qui est la victime ? Qui se défend ? Qui menace la stabilité régionale ? L’article met en évidence deux architectures narratives concurrentes. D’un côté, l’Israël, dans sa doctrine de communication en politique étrangère « hasbara », justifie ses actions par l’anticipation sécuritaire et la déstabilisation d’une menace future [TSHIBANDA & MBATU, 2026]. De l’autre côté, l’Iran entend répondre à une violence antérieure et à l’hégémonie Israélo-américaine dans la région. Dès lors, la guerre de communication ne porte pas exclusivement sur les faits, mais également sur leur ordre, leur qualification et le point précis à partir duquel leur histoire doit commencer. Dans cette perspective, le conflit Iran-Israël apparaît comme une guerre des commencements, dans la mesure où chaque protagoniste cherche à situer l’origine pertinente de sa colère, c’est-à-dire l’endroit où sa propre violence cesse d’apparaître comme première.

Mots-clés : communication en politique étrangère ; Iran ; Israël ; souveraineté interprétative ; récits stratégiques ; cadrage ; légitimité ; violence ; diplomatie publique

Références bibliographiques

  • Baleta J. & al. Du sponsoring sportif au nation branding par le bas : vers un modele de co-production de l’image de la RDC
  • Habermas, J. (1987). Théorie de l’agir communicationnel, Paris : Fayard
  • Netanyahu, B. (2025). Statement by PM Netanyahu, Cabinet du Premier ministre d’Israël, 24 juin
  • Pénard T. (2022). La théorie des Jeux et les outils d’analyse des comportements stratégiques, mimeo. En ligne], consultable sur URL : http://perso.univ-rennes1.fr/thierry.penard/biblio/manueljeux.pdf
  • Tshibanda D. & Mbatu J. (2026). Paroles de guerres et diplomatie sur les ondes. [En ligne], consultable sur URL :https://revue-irs.com/index.php/home/article/download/1510/1023/2662
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