N°020_Vol.5_07
- STRESS PROFESSIONNEL ET CIVISME ORGANISATIONNEL CHEZ LES EMPLOYES DE BANQUE : ETUDE MENEE AUPRES DES EMPLOYES
- DE L’UNITED BANK FOR AFRICA RDC
- Diane GAPUTU PEMBA
- Assistante & Apprenante au DES
- DEA, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
- Université de Kinshasa
- diane.gaputu@unikin.ac.cd
- Max KUPELESA ILUNGA
- Professeur Ordinaire, Faculté de Psychologie
- et des Sciences de l’Education
- Université de Kinshasa
- Rida KUTUNGA NAJIKAP
- Professeur Docteur, Faculté de Psychologie
- et des Sciences de l’Education
- Université de Kinshasa
- &
- Guylord KAKENZA KITUMBA
- Professeur Docteur, Faculté de Psychologie
- et des Sciences de l’Education
- Université de Kinshasa
Introduction: Le secteur bancaire évolue aujourd’hui dans un environnement marqué par une concurrence accrue, la transformation numérique et des exigences toujours plus élevées en matière de performance, de qualité de service et de satisfaction de la clientèle. Dans ce contexte, les organisations ne se contentent plus d’attendre de leurs employés l’exécution des tâches prescrites ; elles valorisent également des comportements volontaires favorisant la coopération, l’entraide et le bon fonctionnement de l’organisation. Ces comportements, désignés sous le concept de civisme organisationnel (Organ, 1988), constituent un levier essentiel de l’efficacité organisationnelle en renforçant la collaboration, la cohésion et la performance collective (Podsakoff et al., 2000). Cependant, l’expression de ces comportements dépend largement des conditions psychosociales dans lesquelles évoluent les travailleurs. Parmi les facteurs susceptibles de les influencer, le stress professionnel apparaît comme l’un des risques psychosociaux les plus préoccupants dans les organisations contemporaines. Selon les modèles théoriques de Lazarus et Folkman (1984), de Karasek (1979) et de Siegrist (1996), le stress résulte d’un déséquilibre entre les exigences professionnelles, les ressources disponibles, le contrôle exercé sur le travail et les récompenses perçues. Lorsqu’il devient chronique, il compromet non seulement la santé des travailleurs, mais aussi leur engagement et leurs comportements organisationnels. Le secteur bancaire est particulièrement exposé à cette problématique en raison des fortes exigences liées aux objectifs commerciaux, à la gestion des risques financiers, au respect des normes réglementaires et aux interactions permanentes avec la clientèle. Les employés doivent constamment maintenir un haut niveau de performance tout en faisant face à une pression importante, susceptible d’affecter leur bien-être psychologique. Cette situation est davantage accentuée dans les pays en développement, où les transformations économiques s’accompagnent souvent d’une intensification des contraintes professionnelles.
En République Démocratique du Congo, l’expansion du système bancaire et la multiplication des établissements financiers ont renforcé la compétitivité entre les banques, entraînant une augmentation des exigences imposées aux travailleurs. Les employés sont confrontés à diverses sources de stress, notamment la charge de travail, la pression liée à l’atteinte des objectifs, les horaires prolongés, les contraintes organisationnelles ainsi que certaines caractéristiques socioprofessionnelles telles que le type de contrat, la distance domicile-travail ou encore la précarité de l’emploi. Cette réalité est encore plus marquée chez les femmes employées des banques, qui doivent concilier les exigences professionnelles avec les responsabilités familiales et sociales. Les contraintes culturelles, les obligations domestiques et les difficultés de mobilité urbaine constituent des facteurs supplémentaires susceptibles d’accroître leur niveau de stress et d’influencer leur implication au sein de l’organisation. Le conflit entre les rôles professionnels et familiaux est d’ailleurs reconnu comme une source importante de tension chez les femmes actives (Greenhaus & Beutell, 1985). La littérature internationale montre que le stress professionnel est généralement associé à une diminution des comportements de civisme organisationnel. Les employés soumis à une forte pression tendent à préserver leurs ressources psychologiques en limitant les comportements volontaires d’entraide, de coopération ou de participation à la vie organisationnelle (Bolino & Turnley, 2005 ; Podsakoff & MacKenzie, 1997). Pourtant, malgré l’importance de cette relation, les recherches empiriques demeurent très limitées dans le contexte congolais, particulièrement auprès des femmes travaillant dans le secteur bancaire.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la présente étude, réalisée auprès des employées de United Bank for Africa (UBA RDC). Elle vise à analyser l’influence du stress professionnel sur les comportements de civisme organisationnel en tenant compte des caractéristiques socioprofessionnelles propres à cette population. Plus précisément, cette recherche cherche à répondre à la question suivante : dans quelle mesure le stress professionnel influence-t-il les comportements de civisme organisationnel des employées d’UBA RDC, et quels facteurs socioprofessionnels contribuent à cette relation ? En apportant des données empiriques sur cette problématique encore peu documentée en République Démocratique du Congo, cette étude entend contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes psychosociaux qui influencent l’engagement organisationnel des femmes dans le secteur bancaire, tout en fournissant des pistes utiles pour l’amélioration des conditions de travail, du bien-être des employées et de la performance des institutions financières.
Résumé : Cette étude analyse la relation entre le stress professionnel et le civisme organisationnel chez les employées de l’United Bank for Africa (UBA) RDC, dans un contexte marqué par des exigences professionnelles croissantes et une forte pression de performance. Les résultats révèlent que, malgré la présence du stress professionnel, celui-ci n’altère pas significativement les comportements de civisme organisationnel. Ils montrent également que certaines caractéristiques individuelles et organisationnelles, notamment l’âge et l’agence d’affectation, contribuent à expliquer les différences observées dans l’expression des comportements de citoyenneté organisationnelle. Ces résultats suggèrent que le maintien de comportements volontaires favorables à l’organisation ne dépend pas exclusivement du niveau de stress ressenti, mais également des ressources personnelles et du contexte de travail. Cette étude enrichit les connaissances sur les déterminants du civisme organisationnel dans le secteur bancaire congolais et met en évidence l’intérêt de promouvoir des politiques de prévention des risques psychosociaux et de gestion des ressources humaines favorisant le bien-être et l’engagement des employées.
Mots-clés : stress professionnel, civisme organisationnel, employé
Conclusion: Le présent travail avait pour objectif d’analyser la relation entre le stress professionnel et le civisme organisationnel chez les employées de l’United Bank for Africa (UBA) RDC, tout en examinant l’influence de certaines caractéristiques sociodémographiques et socioprofessionnelles sur ces deux construits. La première hypothèse postulait que le stress professionnel exercerait une influence sur les comportements de civisme organisationnel des employées de l’UBA RDC. Les résultats obtenus ne permettent pas de confirmer cette hypothèse. Bien qu’une relation entre les deux variables ait été observée, celle-ci demeure faible et non statistiquement significative. Ainsi, dans le contexte spécifique étudié, le stress professionnel ne constitue pas un facteur explicatif significatif du civisme organisationnel. Ce résultat suggère que l’expression du civisme organisationnel peut dépendre d’autres ressources individuelles et organisationnelles, notamment le soutien social, qui selon Karasek (1979), contribue à atténuer les effets des exigences professionnelles et à maintenir des comportements positifs au sein de l’organisation. La deuxième hypothèse avançait que les variables sociodémographiques et socioprofessionnelles influenceraient significativement le stress professionnel et le civisme organisationnel. Cette hypothèse est partiellement confirmée. Les résultats montrent que l’âge et l’agence d’affectation constituent des facteurs de différenciation du civisme organisationnel, tandis que l’état civil, le type de contrat, le niveau d’études, l’ancienneté et les autres caractéristiques étudiées ne présentent pas d’effet significatif. Au regard de ces résultats, cette étude apporte un éclairage sur les dynamiques professionnelles des employées du secteur bancaire en contexte congolais. Elle montre que, dans l’environnement étudié, les comportements de civisme organisationnel peuvent se maintenir malgré l’existence d’exigences professionnelles élevées, ce qui souligne l’importance du contexte organisationnel dans la régulation des comportements au travail.
Références bibliographiques
- Bateman, T. S., & Organ, D. W. (1983). Job satisfaction and the good soldier: The relationship between affect and employee citizenship. Academy of Management Journal, 26(4), 587-595.
- Karasek, R. A. (1979). Job demands, job decision latitude, and mental strain: Implications for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24(2), 285-308.
- Karasek, R. A., & Theorell, T. (1990). Healthy work: Stress, productivity and the reconstruction of working life. Basic Books.
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer.
- Organ, D. W. (1988). Organizational citizenship behavior: The good soldier syndrome. Lexington Books.
- Podsakoff, P. M., MacKenzie, S. B., Moorman, R. H., & Fetter, R. (1990). Transformational leader behaviors and their effects on followers’ trust in leader, satisfaction, and organizational citizenship behaviors. The Leadership Quarterly, 1(2), 107-142.
- Podsakoff, P. M., MacKenzie, S. B., Paine, J. B., & Bachrach, D. G. (2000). Organizational citizenship behaviors: A critical review of the theoretical and empirical literature and suggestions for future research. Journal of Management, 26(3), 513-563.
- Schaufeli, W. B., & Bakker, A. B. (2004). Job demands, job resources, and their relationship with burnout and engagement : A multi-sample study. Journal of Organizational Behavior, 25(3), 293-315.
