N°020_Vol.1_24
- L’USAGE DE L’ANGLICISME DANS LE TECHNOLECTE EN INFORMATIQUE
- Abdelaaziz KRIM
- Université Moulay Ismail- Meknès-Maroc
- ORCID : 0009-0007-3759-3945
- a.krim@umi.ac.ma
- &
- Lamya CHOUKI
- Université Moulay Ismail- Meknès-Maroc
- ORCID : 0009-0007-3759-3945
- l.chouki@edu.umi.ac.ma
Introduction: L’Europe s’anglicise de manière exponentielle et l’anglais se répand dans plusieurs sphères à l’instar des sciences, de l’économie, de l’art, etc. Le monde de l’entreprise n’échappe pas à ce phénomène, en particulier les entreprises à vocation internationale. En effet, les liens entre les sièges sociaux et leurs filiales, ainsi qu’entre les différentes filiales, impliquent l’utilisation partagée d’outils tels que des logiciels informatiques, un intranet commun, ainsi que la circulation de techniques, d’informations, etc. Ce fonctionnement soulève de multiples questions linguistiques, impactant la communication externe et interne. L’uniformisation linguistique s’impose dans ces contextes professionnels qui basculent vers une langue tiercee (Truchot, 2013) généralement l’anglais. En Europe, l’usage de l’anglais comme langue véhiculaire, ou lingua franca mondiale dans les entreprises, prend d’abord de l’ampleur dans les pays nordiques (Hollqvist, 1984) avant de se diffuser dans d’autres pays au cours des années 1990 et 2000.
Dans le monde entrepreneurial contemporain, l’informatique occupe une place centrale et stratégique. Elle favorise la communication et la collaboration au sein des équipes et entre les différents départements grâce à une infrastructure informatique adaptée (Star et Ruhleder, 2010). Grâce au partage fluide des informations, se forme une synergie des compétences et des idées en temps réel (Deroualle, 2018). Cette meilleure circulation des connaissances entre les services renforce la réactivité dans le processus décisionnel (Mudumbi, 2023). Comme dans tout domaine professionnel, les acteurs de l’ingénierie informatique possèdent une langue propre. Cette langue, souvent incompréhensible pour les non-initiés, dictée par le besoin de communiquer de façon rapide et efficace, correspond au technolecte savant. Ce langage technique appris par les ingénieurs durant leur formation, est considéré comme une variété linguistique propre à une communauté professionnelle (Messaoudi, 2010). Ce papier s’intéresse au cas d’une entreprise, privilégiée en raison de la multiplicité des échanges internes entre les partenaires internationaux, notamment des ingénieurs en informatique. Ce terrain s’avère propice à une étude sociolinguistique de la place de l’anglais comme une lingua franca dans un milieu professionnel. Dans la littérature, plusieurs auteurs s’intéressent à l’usage des anglicismes dans la constitution du technolecte savant en informatique (désormais, TIS) et se focalisent à cette fin, sur des corpus extraits de revues électroniques, des documents techniques, etc. Toutefois, peu d’études portent sur l’usage de la langue anglaise en termes sociolinguistiques, et analysent les productions langagières des ingénieurs en informatique dans le contexte des entreprises. Cette recherche aborde les spécificités linguistiques du TIS dans le cadre d’une communication professionnelle et délaisse les politiques linguistiques.
Ainsi, nous tenterons de répondre aux questions suivantes : comment le technolecte en informatique se réalise-t-il dans les échanges entre ingénieurs, en informatique? Dans quelle mesure l’usage de l’anglicisme dans le TIS participe-t-il à son universalisation ? Pour ce faire, nous proposons deux hypothèses. La première est que l’emprunt et l’alternance codique caractérisent les conversations de ces ingénieurs. Nous postulons également que l’usage de l’anglicisme dans le TIS contribue à son universalisation. Cette recherche s’appuie sur une approche technolectale (MESSAOUDI, 2021) et examine un corpus composé de conversations orales. Afin de répondre à cette question, elle examine une revue de littérature des principaux travaux traitant de l’usage de la langue anglaise au sein des entreprises et des notions de base de la recherche. Elle présente la méthodologie adoptée, les résultats et leur discussion.
Résumé : La pratique de l’anglais s’étend dans les entreprises, tant à l’échelle interne qu’externe. Pour identifier les mécanismes de cette anglicisation, une étude empirique est menée au sein d’une entreprise française internationale spécialisée dans le développement informatique. Ce papier se propose d’étudier comment l’usage des anglicismes participe à l’universalisme du technolecte savant en informatique. L’approche adoptée repose sur une analyse sociolinguistique qualitative d’un corpus de conversations orales. L’étude révèle que la plupart des unités technolectales mobilisées par les ingénieurs de ce domaine sont d’origine anglaise. Elles se présentent sous plusieurs formes: verbales, nominales ou adjectivales. L’étude met en évidence également que leur usage partagé, par ces professionnels non anglophones, favorise l’universalisation du technolecte savant en informatique.
Mots-clés : Technolecte en informatique savant, anglicisme, universalisation, entreprise multinationale, enquête qualitative
Références bibliographiques
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- Hollqvist, H. (1984). The use of English in three large Swedish companies. Stockholm : Academiae Ubsaliensis.
- Loubier, Ch. (2011). De l’usage de l’emprunt linguistique. Montréal : Office québécois de la langue française.
- Martinet, A. (2008). Éléments de linguistique générale. 5e éd. Paris : Armand Colin. Cursus.
- Messaoudi, L. (2003). Études sociolinguistiques. Rabat : OKAD.
- Messaoudi, L. (2010). Langue spécialisée et technolecte : quelles relations ? Meta [en ligne]. (55)1 :127‑135. DOI 10.7202/039607ar
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- Messaoudi, L. (2013). Les technolectes savants et ordinaires dans le jeu des langues au Maroc. Langage et société[en ligne]. (143)1 :65‑83. DOI 10.3917/ls.143.0065
- Mudumbi, J. (2023). Emergence et pertinence de l’informatique au sein des entreprises [en ligne]. Consulté le 1 novembre 2025]. Disponible à l’adresse : https://hal.science/hal-03973179
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- Saint, E. (2013). La terminologie de référence au service de la langue française au Québec et son usage dans le domaine de l’informatique. Revue de l’Université de Moncton [en ligne], (44)2 :167‑198. DOI 10.7202/1031004ar
- Star, S & Ruhleder, K. (2010). Vers une écologie de l’infrastructure : Conception et accès aux grands espaces d’information. Revue d’anthropologie des connaissances [en ligne]. S.A.C., (41)1 :114‑161. DOI 10.3917/rac.009.0114
- Truchot, C. (2013). Internationalisation et choix linguistiques dans les entreprises françaises : entre « tout anglais » et pratiques plurilingues. Synergies Italie. 9:75‑90
