• DE LA PRATIQUE DE L’INTERMÉDIALITÉ À CELLE D’UNE ÉCRITURE DE DISTANCIATION CHEZ LAURENT CHALUMEAU
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  • Mamadou OUATTARA
  • Université Alassane Ouattara
  • ouatmamadou01@gmail.com

Introduction: Les médias connaissent de plus en plus une prolifération vertigineuse au sein de la société. Cette prolifération influence profondément le monde romanesque et l’oriente vers de nouvelles formes scripturales et textuelles. Les œuvres de Laurent Chalumeau n’échappent pas à ce diktat et la pensée de Jürgen Erich Müller s’inscrit dans cette optique qui soutient que « [d]’une certaine manière, les textes littéraires semblent être de « connivence avec le monde des médias ». Ils « aspirent » les médias, les recyclent et les « recrachent » […] » (E. Müller JÜRGEN, 2012 :7). Et poursuivant toujours dans la même veine, pour marquer « l’infiltration », le « concassage » et la requalification dont le roman est objet, Claude Simon écrit ceci :

  • « À partir du moment où on ne considère plus le roman comme Balzac, on arrive aux moyens de composition qui sont ceux de la peinture, de la musique ou de l’architecture : répétition d’un même élément, variantes, associations, oppositions, contrastes. Ou, comme en mathématiques : arrangements, permutations, combinaisons. » (S. CLAUDE, 2011).

Silvestra Mariniello Professeur Honoraire à l’Université de Montréal, le souligne aussi bien en prenant appui sur l’exemple du récit djebarien (Assia Djebar, 1995). Il démontre qu’« un récit matérialisé dans une écriture contaminée par les médias de l’information et par le cinéma est un récit intrinsèquement intermédial »  ( S. MARINIELLO, 2003, p. 47-62). Cette posture justifie le choix du thème de notre article : « De la pratique de l’intermédialité à celle d’une écriture de distanciation chez laurent chalumeau ». Par quel dispositif narratif Laurent Chalumeau parvient-il à faire écho de l’intermédialité dans ses romans ? Comment insère-t-il l’intermédialité dans le tissu romanesque pour aboutir à une écriture de distanciation ? L’objectif essentiel de cet article est d’examiner la manière dont l’intermédialité se manifeste dans le style romanesque de Laurent Chalumeau pour susciter une sensation de distanciation, voire d’investigation. À la lumière des objectifs visés, nous pouvons formuler les hypothèses suivantes : l’œuvre romanesque de Laurent Chalumeau est flexible et ouverte, c’est une écriture d’aspiration, elle favorise la cohabitation extra-romanesque. En prenant appui sur le dialogisme et le plurilinguisme, nous tenterons d’élucider la stratégie dont use Laurent Chalumeau pour façonner l’intermédialité assez observable dans ses romans comme Fuck, Anne Frank 2 : le retour !, Bonus, Kif et VIP. Notre travail s’articulera essentiellement autour des éléments suivants : intermédialité : approche heuristique et enjeux, intermédialité et construction textuelle, du roman à une écriture journalistique et électronique, de l’histoire à la distanciation romanesque. 

Résumé : L’intermédialité comme approche du texte romanesque s’inscrit dans le cadre d’une « hybridité textuelle », de plus en plus pratiquée par les écrivains. Elle constitue un outil d’analyse et de décryptage comme composante du plurilinguisme dans le processus de création de l’écriture romanesque. Du fait de la mobilité des écrivains et de leur exposition à d’autres arts et cultures, les textes gagnent de plus en plus en complexité. Leur structure et leur texture ne peuvent plus se conduire de l’unique point de vue des méthodes classiques qui proclament la clôture du texte et son autonomie. La rédaction de notre article rentre dans le cadre de cette approche fortement d’actualité. De nouveaux paradigmes critiques comme l’intermédialité susceptibles de prendre en compte la complexité de l’écriture romanesque entrent ainsi en jeu. Cet article met en relief L’écriture romanesque de Laurent Chalumeau qui fait l’expérience d’un récit imaginaire imprégné et transformé par la culture de l’intermédialité. Il instaure par le jeu d’une écriture d’hybridation et d’intermédialité visible sa stratégie de narration. Entre croisement et mélange avec les médias, le roman de Laurent Chalumeau est un « corps » indécis et hétérogène appartenant à la fois au genre romanesque et à la médiasphère non littéraires ou extra-littéraires.

 Mots-clés : Intermédialité, Media, Plurilinguisme, Distanciation, Intertextualité

Références bibliographiques

  • Amangoua, P. A. (2012). L’intermédialité littéraire, La mémoire amputée de Werewere LIKING, Ecritures camerounaises francophones et intermédialité, Yaoundé, Éditions Ifrikiya, 75.
  • Amangoua P. A. (2012). L’intermédialité littéraire dans le roman camerounais, Yaoundé : Ifrikiya, 75-92.
  • Bakhtine M. (1970).  La poétique de Dostoïevski, Paris, Gallimard, 45.
  • Bakhtine M. (1978). Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 176.
  • Balle F. et EMERY G. (1990). in Les nouveaux médias, « Que sais-je », Paris, PUF, n2112.
  • Barthes R. (1973) « Théorie du texte », Encyclopaedia Universalis, 997-1000. 
  • CALVET L.-J. (1999). Pour une écologie des langues du monde, Plon.
  • Chalumeau L. (1991). Fuck, Bernard Grasset Paris.
  • Chalumeau L. (1994). Anne Frank 2 : le retour !, Bernard Grasset Paris.
  • Chalumeau L. (2010). Bonus, Éditions Grasset.
  • Chalumeau L. (2014). Kif, Éditions Grasset et Fasquelle, Paris.
  • Chalumeau L. (2017). VIP, Éditions Grasset et Fasquelle.
  • Claude S. (8 septembre 2011). Entretien avec Philippe SOLLERS, Le Nouvel Observateur, N° 2444.  
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