• LE TEXTE LITTERAIRE MAROCAIN D’EXPRESSION FRANÇAISE : SUBVERSION ET POLYPHONIE, CAS DE L’ŒUVRE DE L’ECRIVAIN MAROCAIN EDMOND AMRAN EL MALEH
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  • Dounya ORCHI
  • Études françaises/Sciences du langage
  • Laboratoire Langage et société, FLLA, Ibn Tofail
  • ORCID iD: 0009-0000-5019-7313
  • dounyaorchi2002@gmail.com

Introduction: La subversion de la langue est un procédé utilisé par les écrivains maghrébins d’expression française afin de créer leur propre langage en introduisant des mots empruntés de l’arabe ou de l’amazigh ou en inventant des mots français à partir des termes créoles (langage né du contact d’une langue européenne avec les langues indigènes) ce qui illustre bien leur trouble intérieur et leur identité souvent en crise. En fait, ils ont mené un combat identitaire pendant toute la période coloniale et même après l’indépendance ; la littérature de l’immigration en est la preuve. D’ailleurs, les récits maghrébins sont la conséquence d’une révolte contre l’occupation et aussi contre le racisme et la marginalisation dont souffrent les immigrés installés en France « En inspirant et en créant des textes insurgés et insoumis. » (Memmi, 1973 :139-140). Cette littérature se manifeste par le biais d’un lyrisme évoquant en permanence la quête identitaire. A. Khatibi affirme que la subversion et la transgression de la langue d’écriture émanent de ce que ressentent ces auteurs et leur besoin profond de s’affirmer en exprimant leur attachement indéfectible à leurs racines et à leurs cultures :

  • « Si la littérature véritable est remise en cause de toute littérature, elle ne peut être alors que sous la forme d’une subversion à la fois violente et contrôlée […] Chaque culture a sa littérature sauvage, marginale, en rupture, et il me semble que celle-ci a un accent personnel, un lyrisme contrôlant le vertige par une conscience aigüe des contradictions. La grande contradiction…réside dans le refus de la culture française et dans la volonté de recréer la langue française. » (Khatibi, 1973 : 67-68)

En effet, Ils ont décidé d’écrire dans la langue de l’autre, le français, qu’ils l’ont employée comme une arme de revendication de leurs droits et de leur propre langue et culture. C’est une littérature paradoxalement édifiée de contradictions, de la révolte à la quête de l’identité dans et avec la langue du colonisateur. Ainsi, le roman étant le genre privilégié de cette littérature a connu un très grand succès puisqu’il est le genre le plus populaire et le plus révélateur de cette période historique. Certains auteurs marocains ont essayé de rapporter leur vécu à travers l’écriture qui semble être un moyen favorable pour traduire cette réalité culturelle et identitaire. Par l’intermédiaire de la littérature, les auteurs maghrébins parviennent à exprimer leur attachement aux traditions de leurs ancêtres et à leurs racines, ce qui explique la multiplicité des ouvrages nés de la quête identitaire de ces écrivains placés au carrefour de plusieurs langues et cultures. Pour mieux cerner le sujet évoqué au début, nous avons choisi les récits de l’écrivain marocain Edmond Amran El Maleh comme corpus vue que ses écrits sont tous imprégnés de mots arabes, anglais et espagnols et également des expressions et des locutions issues de la Darija marocaine (traduites littéralement) ce qui marque cette volonté de l’auteur de s’affirmer en tant que Marocain écrivant en français. Aussi pour son écriture spécifique dépourvue des règles normatives de l’écriture classique ce qui nous a poussé à essayer décortiquer ses récits afin de détecter cet aspect subversif de ses textes.

Au fait, La subversion linguistique chez Edmond Amran El Maleh, marquée essentiellement  par l’hybridation avec la Darija, fonctionne comme une stratégie de résistance identitaire, transformant la langue française en un espace de médiation culturelle. Les récits de l’auteur, explorant la quête de racines à travers une rupture avec les normes classiques, illustrent la réappropriation du récit par une esthétique polyphonique et subversive. Cette étude s’inscrit alors dans une méthode analytique éclectique qui consiste, selon Diderot, à choisir dans plusieurs approches et théories des éléments jugés pertinents pour constituer un système cohérent afin de s’en servir lors d’une étude ou d’une analyse. (Diderot, Denis, Électisme / consulté en ligne le 5/10/2019). Nous avons opté donc pour une approche pluridisciplinaire en faisant appel à des théories et à des notions en fonction de l’évolution et des besoins de notre recherche. Nous avons dû nous référer à diverses approches et disciplines telles que : l’approche thématique, psychanalytique, esthétique, interculturelle et historiographique et à la sociolinguistique bien évidemment. Dés lors, cette réflexion se propose de répondre à la question qui incarne notre problématique : dans quelle mesure la subversion de la langue est-elle conçue comme une stratégie de réappropriation identitaire plutôt qu’un simple jeu de style ? Ce point soulève plusieurs interrogations  :comment l’inclusion de la langue-mère ‘’ la Darija ’’en plus d’autres langues et dialectes, la transgression linguistique et la polyphonie parviennent-elles à traduire ce trouble identitaire ?Comment ces mécanismes et ces voix multiples définissent-ils l’originalité de l’œuvre d’El Maleh ? A partir de là, nous examinerons comment la déconstruction des codes romanesques classiques en intégrant des emprunts et des calques linguistiques n’était  pas un acte aléatoire mais une véritable démarche qui transforme la langue en un réceptacle visant à sauvegarder l’identité et la mémoire de tout un peuple. Ainsi, notre travail sera organisé autour de deux axes principaux. Le premier proposera un éclairage historique sur l’émergence de la littérature maghrébine d’expression française, en soulignant les liens indissociables entre langue, culture et quête de soi. Le second axe sera consacré à l’analyse textuelle du corpus, où nous décortiquerons les procédés de l’écriture subversive et la multiplicité des voix qui font la richesse et la singularité de l’œuvre d’Edmond Amran El Maleh. 

Résumé : Le présent article tente d’étudier l’œuvre de l’écrivain marocain Edmond Amran El Maleh en tant qu’écrivain connu par ses récits rebelles, si nous osons le dire, qui ne respectent guère les normes classiques de l’écriture romanesque. Son écriture spécifique nous a amené à décortiquer ses textes afin de mieux saisir la raison pour laquelle l’auteur s’engouffre dans un monde polyphonique, légendaire par des histoires ancrées dans le passé ayant des personnages multiples et insaisissables. Est-ce que c’est par un besoin identitaire de s’affirmer dans le champ littéraire vue qu’il est entré dans ce monde tardivement ? ou bien c’est à cause de la crise identitaire de du sentiment d’aliénation ressenti par la majorité des écrivains vivant l’entre-deux (les immigrés). Nous allons essayer donc de voir de près les modalités d’écriture entretenues et dévoiler cet aspect subversif qui traverse ses romans.

Mots-clés : Subversion, polyphonie ,crise identitaire, l’entre-deux.

MOROCCAN LITERAR Y TEXTS IN FRENCH : SUBVERSION AND POLYPHONY, THE CASE OF THE WORKS OF THE MORCCAN WRITER EDMOND AMRAN EL MALEH

 Abstract : This article attempts to study the work of the Moroccan writer Edmond Amran El Maleh, known for his rebellious narratives, if we may say so, which largely disregard the classical norms of novel writing. His distinctive style has led us to analyze his texts in order to better understand why the author immerses himself in a polyphonic, legendary world of stories rooted in the past and populated by multiple, elusive characters. Is it driven by a need for identity and a desire to assert himself within the literary field, given his late entry into this world? Or is it due to the identity crisis and sense of alienation felt by the majority of writers living in the in-betweenness (immigrants)? We will therefore examine closely the writing techniques he employs and uncover the subversive aspect that permeates his novels.

Keywords : Subversion; polyphony; identity crisis; in-betweenness.

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