• EVALUATION DU BURNOUT PARENTAL CHEZ LES PARENTS DE LA COMMUNE DE MONT-NGAFULA A KINSHASA
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  • Bénédicte MVUTU MWINDA
  • Apprenante au DES
  • DEA, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • divindisi75@gmail.com
  •  
  • Bijou MANDIANGU MBUMBA
  • Professeure, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • &
  • Charlaine MAYOLA LUVALUKA
  • Chef de Travaux et Doctorante, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa

Introduction: Depuis les vingt dernières années, la notion de parentalité suscite un grand intérêt chez les chercheurs en sociologie, psychologie, droit et travail social. Cette attention provient de la place centrale accordée à l’enfant et à son développement harmonieux (Bastard, 2006). Paradoxalement, cette centration sur l’enfant a parfois eu pour effet d’invisibiliser la souffrance des parents eux-mêmes. Dès les premières étapes de la vie d’un enfant, les parents sont exposés à un flux continu de demandes : décrochage scolaire à gérer, repas à cuisiner dans des contraintes de temps et de moyens, crises émotionnelles à contenir, et tout cela se déroule sans pause véritable ni reconnaissance sociale. Ce stress s’accompagne d’une profonde réorganisation des routines quotidiennes, des trajectoires professionnelles et des relations conjugales (Yan-Bang Zhou & Shun-Jie Ruan, 2025). Lorsque ces demandes ne sont pas satisfaites avec un soutien personnel, familial ou institutionnel adéquat, les parents deviennent vulnérables à l’épuisement parental. Le burn-out parental se définit comme un état d’épuisement physique et psychologique résultant d’un déséquilibre chronique entre les facteurs de stress perçus par le parent dans son rôle parental et les ressources disponibles pour y faire face (Mikolajczak & Roskam, 2018). Ce déséquilibre, lorsqu’il persiste, finit par épuiser les capacités d’adaptation du parent. Le burn-out parental se développe typiquement par étapes, commençant par des sentiments d’épuisement, suivis d’une distanciation émotionnelle vis-à-vis des enfants et d’un sentiment d’inefficacité dans le rôle parental, ces trois dimensions s’alimentant mutuellement au fil du temps (Roskam & Mikolajczak, 2021 ; Bogdán et al., 2025). Les parents épuisés vivent une perte de contrôle généralisée dans tous les domaines de leur vie, en particulier dans leurs interactions avec leurs enfants, ce qui génère des sentiments de culpabilité et de honte (Mouton et al., 2024).

Les facteurs de risque du burn-out parental sont multiples. Au niveau socioéconomique, les études ont souligné le stress ressenti par les parents dans l’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, ainsi que les faibles revenus (Mouton et al., 2024). Au niveau individuel, une tendance au perfectionnisme auto-prescrit et socialement prescrit, de faibles scores d’intelligence émotionnelle, et un manque de soutien social sont associés à un risque accru (Mouton et al., 2024 ; Roskam et al., 2018). Le manque de soutien social et l’absence d’aide adéquate du partenaire, de la famille ou de la communauté sont l’un des prédicteurs les plus forts du burn-out parental (Phoenix Health, 2026). Les conflits de coparentalité, lorsque la relation parentale est très conflictuelle ou profondément inégale, augmentent également le risque de manière substantielle (Phoenix Health, 2026).

Les conséquences du burn-out parental sont particulièrement sévères, potentiellement plus graves que celles du burn-out professionnel ou de la dépression (Mikolajczak et al., 2020). Chez le parent, on observe des troubles du sommeil, des problèmes de santé somatiques (maux de tête, douleurs chroniques), une augmentation des comportements addictifs (alcool, tabac, médicaments), ainsi que des pensées suicidaires fréquentes (Mikolajczak et al., 2019 ; Roskam & Mikolajczak, 2018). Sur le plan relationnel, le burn-out parental augmente la fréquence des conflits conjugaux ou coparentaux (Mikolajczak, Brianda et al., 2018). Mais surtout, les enfants ne sont pas épargnés : le burn-out parental multiplie dramatiquement le risque de négligence et de violence envers les enfants (Mikolajczak et al., 2018 ; Mikolajczak et al., 2019). Une étude récente a montré que plus le niveau de burn-out parental est élevé, plus le risque de maltraitance est important (Children and Youth Services Review, 2024). Le burn-out parental multiplierait par 13 le risque de négligence et par 20 le risque de violence envers les enfants (Parents49, 2025). En Afrique et particulièrement en RDC, ces conséquences pourraient être amplifiées par l’absence de structures de prise en charge adaptées, la normalisation de l’épuisement parental, et la stigmatisation des problèmes de santé mentale (TNX Africa, 2026 ; Mukhtar, 2025). Comme le souligne Catherine Mugendi, « le burn-out ne reste pas confiné au parent. Il se répand dans les foyers, conduisant les parents à s’emporter plus facilement, à se retirer émotionnellement ou à se sentir déconnectés de leurs enfants. La culpabilité les suit partout » (cité dans TNX Africa, 2026).

Pour se faire, notre préoccupation se résume autour de la question principale suivante: Quelle est la prévalence du burn-out parental (score PBA > 53) chez les parents vivant dans la commune de Mont-Ngafula plus précisément dans le quartier Masanga Mbila, Maman Mobutu, Maman yemo et Matadi Kibala ? De cette question principale découlent les questions secondaires suivantes : (1) Quelle est la dimension (Epuisement, contraste avec le parent antérieur, distanciation émotionnelle, inefficacité parentale) la plus explicative du burnout parental en contexte congolais des parents vivant dans la commune de Mont-Ngafula ? (2) Existe-t-il une différence significative de prévalence du burn-out parental entre le quartier urbain (Maman Mobutu) et le quartier rural (Matadi Kibala) de la commune de Mont-Ngafula ? (3) Ce burnout parental est-il influencé par les facteurs sociodémographiques, tels que le genre, l’âge, la nature de la famille (monoparentale, polygamique ou reconstituée), le niveau d’études, l’état – civil, et le nombre d’enfants ? Corrélativement aux interrogations soulevées dans la problématique, nous émettons les hypothèses suivantes : Au regard de notre hypothèse principale, (1) La prévalence du burn-out parental (PBA > 53) chez les parents vivant dans la commune de Mont-Ngafula est significative (supérieure à 5 %) et corrélée positivement avec la taille du ménage ; Quant aux questions secondaires, (2) L’épuisement serait la dimension la plus explicative du burnout parental en contexte congolais dans la commune de Mont-Ngafula ; (3) Le burnout parental est plus élevé chez les parents se trouvant dans le quartier urbain (Maman Mobutu) que dans le quartier rural (Matadi Kibala) ; (4) Le burnout parental serait influencé par les facteurs sociodémographiques, tels que le genre, l’âge, la nature de la famille (monoparentale, polygamique ou reconstituée), le niveau d’études, l’état – civil, et le nombre d’enfants. Partant de nos hypothèses, le présent article se propose (1) de comprendre les manifestations et mesurer la prévalence du burn-out parental en contexte congolais (RDC) à l’aide du Parental Burnout Assessment (PBA), chez les parents vivant dans la commune de Mont-Ngafula ; (2) d’estimer la prévalence du burn-out parental (score total PBA) et les scores moyens dans chaque sous-dimension (épuisement, distanciation, inefficacité) ; (3) de proposer une adaptation culturelle préliminaire du PBA pour la RDC (traduction en lingala, exemples locaux) et (4) d’identifier les antécédents sociodémographiques associés : âge, sexe, état – civil, taille du ménage, le niveau d’études et le nombre d’enfants.

Résumé :  La présente étude évalue le burnout parental chez les parents de la commune de Mont-Ngafula à Kinshasa. Elle part du constat que les exigences liées au rôle parental, lorsqu’elles dépassent les ressources personnelles, familiales et sociales disponibles, peuvent conduire à un épuisement physique et psychologique important. L’objectif principal est de mesurer la prévalence du burnout parental à l’aide du Parental Burnout Assessment (PBA), d’analyser ses principales dimensions et d’examiner l’influence de certains facteurs sociodémographiques, notamment la taille du ménage. L’étude repose sur une enquête réalisée auprès d’un échantillon non probabiliste de 230 parents. Les analyses statistiques, fondées notamment sur les tests de Kruskal-Wallis, les corrélations de Spearman et de Pearson, montrent que 95,7 % des parents présentent un niveau modéré, élevé ou très élevé de burnout parental. L’épuisement constitue la dimension la plus marquée, suivi de la distanciation émotionnelle, du sentiment d’inefficacité parentale et du contraste avec le parent antérieur. Les différentes dimensions du burnout sont fortement et positivement corrélées entre elles. En revanche, aucune relation statistiquement significative n’a été observée entre le burnout parental et la taille du ménage. Ces résultats mettent en évidence une prévalence particulièrement élevée du burnout parental dans la commune de Mont-Ngafula et soulignent que ce phénomène est davantage lié au déséquilibre entre les exigences de la parentalité et les ressources disponibles qu’au nombre d’enfants. L’étude plaide ainsi pour le renforcement des dispositifs de soutien psychologique, familial et communautaire destinés aux parents en République démocratique du Congo.

Mots-clés : Burnout parental, parentalité, prévalence, PBA, Mont-Ngafula, République démocratique du Congo.

ASSESSMENT OF PARENTAL BURNOUT AMONG PARENTS IN THE COMMUNE OF MONT-NGAFULA, KINSHASA

Abstract : This study assesses parental burnout among parents living in the commune of Mont-Ngafula in Kinshasa. It is based on the premise that parenting demands, when they exceed the personal, family, and social resources available to parents, may lead to severe physical and psychological exhaustion. The main objective was to determine the prevalence of parental burnout using the Parental Burnout Assessment (PBA), examine its major dimensions, and investigate the influence of selected sociodemographic factors, particularly household size. A cross-sectional survey was conducted with a non-probability sample of 230 parents. Statistical analyses, including the Kruskal-Wallis test, Spearman’s rank correlation, and Pearson’s correlation, revealed that 95.7% of the participants experienced moderate, high, or very high levels of parental burnout. Exhaustion emerged as the most prominent dimension, followed by emotional distancing, parental inefficacy, and contrast with the former parental self. Strong and statistically significant positive correlations were observed among all dimensions of parental burnout. However, no statistically significant relationship was found between parental burnout and household size. The findings indicate an alarmingly high prevalence of parental burnout among parents in Mont-Ngafula. They suggest that parental burnout is primarily driven by an imbalance between parenting demands and available resources rather than by the number of children. The study therefore highlights the need to strengthen psychological, family, and community support systems for parents in the Democratic Republic of the Congo.

Keywords : Parental burnout, parenting, prevalence, Parental Burnout Assessment (PBA), Mont-Ngafula, Democratic Republic of the Congo.

Conclusion: Les résultats montrent que le burnout parental constitue une réalité importante dans la population étudiée. Les analyses descriptives indiquent que la dimension Épuisement présente la moyenne la plus élevée (M = 4,29 ; ET = 1,56), suivie de la Distanciation émotionnelle (M = 3,99 ; ET = 1,86), de l’Inefficacité parentale (M = 3,97 ; ET = 1,90) et du Contraste avec le parent antérieur (M = 3,93 ; ET = 1,87). Le score composite global (M = 4,04 ; ET = 1,74) confirme que les manifestations du burnout parental sont relativement importantes chez les parents interrogés. En ce qui concerne la prévalence, les résultats révèlent que 95,7 % des parents présentent un niveau modéré, élevé ou très élevé de burnout parental, tandis que 4,3 % seulement présentent un faible niveau d’épuisement. Cette proportion largement supérieure au seuil de 5 % permet de confirmer la première partie de l’hypothèse principale selon laquelle la prévalence du burnout parental est significative dans la commune de Mont-Ngafula. S’agissant de la relation entre le burnout parental et la taille du ménage, les analyses montrent que, bien que les parents ayant plus de six enfants présentent des scores moyens légèrement plus élevés que les autres groupes, les différences observées ne sont pas statistiquement significatives. De même, la corrélation entre la prévalence du burnout parental et la taille du ménage est positive mais très faible (r = 0,015) et non significative (p = 0,824). Par conséquent, la seconde partie de l’hypothèse principale n’a pas été confirmée.

Références bibliographiques

  • Bastard, B. (2006). La parentalité, une question d’actualité. Informations sociales, 134(6), 4-5. https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2006-6-page-4.htm
  • Bogdán, P. M., & al. (2025). Parental burnout: A progressive condition potentially leading to emotional distancing. Frontiers in Psychology, 16, 1256789. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2025.1256789
  • Enguta Mwenzi, J & Mansiantima, J. (2024). Qualité de vie des parents d’enfants autistes scolarisés à Kinshasa. Mouvement et enjeux sociaux, (2), 45-52. Family Studies, 24(6), 1727–1740.
  • Mikolajczak, M., Raes, M. E., Avalosse, H., & Roskam, I. (2020). Exhausted parents: Sociodemographic, child-related, parent-related, parenting and family-functioning correlates of parental burnout. Journal of Child and Family Studies, 29(1), 1-12. https://doi.org/10.1007/s10826-019-01598-9
  • Mouton, B., & al. (2024). How do exhausted parents experience their interactions with their children? A qualitative and participative study. Frontiers in Public Health, 12, 1340748. https://doi.org/10.3389/fpubh.2024.1340748
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