• L’AFRIQUE AURA-T-ELLE UN SURHOMME ? UNE HERMENEUTIQUE DE BOKELE AOLIYA JEFA : BOKELE VOLE LE SOLEIL
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  • Joseph INGONDA IMBANJA E.
  • ISP-Gombe, Kinshasa/RDC
  • ORCID iD : 0009-0000-9383-8651
  • josephingonda@gmail.com

Introduction:  La gestion de la cité est une science et aussi un art. nous l’apprenons certainement à l’école, mais aussi nous imitons ceux qui nous ont devancé, dans la mesure où ils ont laissé des modèles qui sont devenus des références. L’école occidentale nous a appris beaucoup mais à son service. L’école africaine, longtemps démonisée, nous donne des repères, des théories sous forme des récits, des contes, des épopées ; regorge des modèles, des personnages illustres Soundjata keita, Liandja, sumaoro kanté, etc. qui ont construit des royaumes et des empires.  L’Afrique traverse un moment très délicat de son évolution. Nous venons de sortir de cinq siècles de traite, sept décennies de colonisation. L’impression qui se dégage, démontre que les indépendances ne nous ont rien amené. Un nouveau système, la néocolonisation s’enracine. L’Afrique patauge, les dirigeants sont désarçonnés ne sachant à quel saint se vouer. Ils ne travaillent pas pour l’Afrique. En complicité avec les leaders et dirigeants occidentaux, ils pillent leurs propres terres, leurs propres peuples.  A ce sujet, le philosophe Hegel avait raison : l’africain est esclave, il ne travaille pas pour lui, il le fait au service d’un autre ; il ne satisfait pas au besoin qui ne sont pas les siens (Okolo Okonda B., 2010). Où peut-on trouver un sauveur, un surhomme qui fera sortir l’Afrique de l’ornière ? Le sauveur c’est l’africain lui-même. Il ne viendra ni de l’ouest, ni de l’est, moins du nord ou encore du sud. Les prétendus accompagnateurs ne sont que des pillards. Il faudrait un sursaut, un dépassement des leaders et dirigeants africains pour sécuriser leurs peuples, leur offrir un cadre de vie suffisante, leur rendre heureux. L’objectif poursuivi c’est de construire une Afrique digne, paisible, viable pour chacun des africains, en lui garantissant sécurité, bien-être et lui octroyant un cadre légal de vie suffisante. Herméneutiquement, cette réflexion se base sur l’extrait « Bokele aoliya jefa » (Bokele vole le soleil) », tiré de Nsong’a Lianja, Epopée Nationale des Nkundo/RDC (BOELAERT E., 1949). Elle nous fait découvrir un personnage, Patiache Bokele, qui a su déceler les attentes de son peuple (manque du soleil) et s’est évertué à le combler en lui rendant heureux. Nous nous sommes référés à cet exemple africain pour inciter les leaders et dirigeants à construire les Etats africains à travers un ordre politique propre. Il est possible, question de se mettre ensemble. 

1.Présentation de l’épopée

Personne n’a besoin de définir ce qu’est une épopée. Toutefois, c’est un long poème narratif racontant les actions célèbres d’un héros ou d’un peuple dans un contexte souvent merveilleux. L’Epopée nationale des Nkundo (BOELAERT E., 1949) est divisée en deux grandes parties. La première est dénommée « les Ancêtres de Lianja et la deuxième, « l’Histoire de Lianja ». Cette Epopée est semblable au récit de Mille et une nuit. Elle est racontée, selon la tradition des Nkundo sous les arbres, le soir en deux nuits. La première équivaut à la première partie, subdivisée en trois chapitres ; et la deuxième aussi en trois chapitres. Patriarche Lianja et sa sœur Nsongo (d’où l’appellation Nsong’a Lianja[1], littéralement Nsongo et Lianja) sont des personnages clés, des héros de cette Epopée. Toute la généalogie des Patriarches représentés ci-dessous prépare l’avènement du Patriarche Lianja, héros principal, et sa sœur Nsongo, héroïne secondaire.  L’Epopée nous présente l’origine du peuple Nkundo à travers la généalogie des personnages illustres, les Patriarches. Il s’agit, en effet, dans cette Epopée de la bravoure de l’homme Nkundo capable d’incarner le destin d’un peuple et de le transformer en un temps record pour son bien-être ; la nécessité de la femme Nkundo qui est appelée à se battre à côté de son pendant masculin pour la réalisation d’une société équilibrée et juste. A ce stade, le Patriarche Lianja ne fait pas l’objet de notre investigation ni l’Epopée dans son ensemble. Nous avons tiré un extrait : il s’agit d’un des Patriarches ascendants de Lianja : le personnage du Patriarche Bokele. L’extrait est intitulé en lonkundo[2] « Bokele aoliya Jefa », littéralement : Bokele vole le soleil.

  • [1] Nsong’a Lianja est une contraction en Lonkundo, langue des Nkundo, de « Nsongo la Lianja » (Nsongo et Lianja). La lettre « l » a subit l’aphérèse et la présence de Nsongo à Lianja à fait chuter la voyelle « o ». Il est resté Nsong’a Lianja, le titre de l’Epopée.
  • [2] Lonkundo c’est le patois des nkundo, une tribu de l’ethnie Mongo (territoire d’Ingende, province de l’Equateur, RDC)

Résumé : A travers cette épopée, nous appelons les leaders et dirigeants africains à un dépassement et à une synergie pour que les pays africains accèdent au bien-être, à la sécurité et à un cadre légal de vie suffisante. Nous sommes conscients de différentes pesanteurs (surtout celles liées à l’impérialisme occidental) depuis l’accession des pays africains aux indépendances ; cependant, elles ne constituent pas de justificatif sempiternel sur la misère, la pauvreté et l’insécurité pérennes que vivent les africains. Pour sortir de cette impasse, nous proposons aux leaders et dirigeants africains de chercher à déceler les attentes des peuples africains : découvrir les attentes de son peuple signifie l’écouter, l’aimer, se donner corps et âme, travailler pour lui. L’impression qui se dégage, sept décennies après les indépendances, démontre que les leaders et dirigeants africains travaillent pour les autres, particulièrement l’Occident. Ce dernier exploite et pille l’Afrique avec leur complicité. Absurde, les mêmes leaders et dirigeants africains investissent et construisent en Occident au détriment de son sol natal. Il faudrait un sursaut africain en vue de s’occuper d’abord de son peuple. Pour y arriver, il faut d’abord construire, créer un ordre politique africain qui va régenter la vie de l’Afrique en vue d’amener le peuple vers le bien-être, la sécurité et lui créer ce cadre légal de vie suffisante. En dépit de l’histoire douloureuse qui nous lie, l’Occident n’est pas incontournable. Il faut lutter pour l’avènement d’un monde multipolaire. Le Patriarche Bokele, figure du surhomme nietzschéen, bien que personnage épique, s’est décidé de se donner pour son peuple en décelant d’abord le manque (le soleil) et ensuite, il a lutté et créé un mode de vie pour le combler. L’Afrique ne manque pas des hommes capables de relever ses défis. Certes, beaucoup ont été assassinés par la barbarie occidentale ; pourtant, il en existe encore. Le combat des dirigeants de l’Association des Etats du Sahel doit les interpeller.

Mots-clés :  bonheur, bien-être, sécurité, surhomme, ordre politique

Conclusion: Cette étude tirée de la réflexion africaine, est une interpellation aux leaders et dirigeants africains de se dépasser pour construire une Afrique digne de tous et dans laquelle, les citoyens peuvent vivre avec fierté, rester paisiblement dans leur terre africaine que de vivre tout le temps sous refugiés dans leur propre terre et comme immigrés ailleurs, de mourir noyés dans les mers à la recherche de vie ; abandonner ses propres terres pour fuir des guerres, des rebellions. A la lumière du Patriarche Bokele, les dirigeants africains doivent déceler les attentes de leurs peuples : le bien-être, la sécurité ; un cadre légal de vie à tous. D’où, ils doivent se dépasser, se surpasser à l’instar du surhomme nietzschéen que d‘être des marionnettes et des gérants des puissances occidentales. Il faut une révolution, une lutte, un combat pour parvenir à cet idéal. Sept décennies de l’accompagnement à l’occidental nous a produit que la misère, les guerres fratricides, la faim. Faudrait-il toujours le suivre ? Non. Il faudrait jouer sur la géopolitique multipolaire pour orienter le partenariat autrement que d’être toujours soumis. Les Etats africains, pris individuellement, ne peuvent jamais réussir face à l’armada idéologique et hégémonique occidentale. Retrouvons les idées de nos pères révolutionnaires (E. Blyden et Malcon X : inventons la nation africaine, l’identité africaine, la personnalité africaine ; K. N’krumah et M. Kadhafi sur les Etats-Unis d’Afrique ; T. Sankara sur l’indépendance réelle). Leaders et dirigeants africains, emboitez les pas et soutenons le combat de l’Association des Etats du Sahel (AES), la lutte ne fait que commencer. Le dur nous attend. Etant donné un passé fort malheureux qui nous lie, l’Occident ne baissera pas les bras car il ne saura pas vivre sans l’Afrique et vice versa ; toutefois, il n’est pas impossible pour l’Afrique d’orienter son partenariat dans une géopolitique souveraine, indépendante et multipolaire.

Références bibliographiques

  • GREIMAS, A. J. (1966). Sémantique structurelle, Recherche et méthode, Ed. Larousse
  • GREIMAS, A. J. (1970). Du sens, essais sémiotiques, Editions du seuil.