• NÉOLOGIE DANS LE DOMAINE FONCIER EN CÔTE D’IVOIRE : ANALYSE MORPHOLOGIQUE D’UN CORPUS KOULANGO
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  • Idrissa DIOMANDE
  • Université Félix Houphouët-Boigny 
  • diomkais07@gmail.com
  • &
  • Sié Justin SIB
  • Université Félix Houphouët-Boigny
  •  sibsijustin@yahoo.fr

Introduction: Situé au cœur de l’Afrique occidentale, le Mali est un pays de tradition migratoire. La migration internationale malienne, impliquant plus de 6 millions de personnes et s’expliquant par une multitude de facteurs, notamment économiques, se dirige essentiellement vers les pays de la sous-région ouest-africaine, plus particulièrement vers la Côte d’Ivoire[1]. Depuis des décennies, cette migration traverse un ensemble des reconfigurations se manifestant entre autres, par la pérennisation de la durée du séjour des migrants, le changement de destination à travers l’orientation migratoire vers d’autres pays et le retour des migrants vers le pays d’origine (C. Quiminal, 2002, p.38 ; M. Timera et J. Garnier, 2010, p.26 ; R. Minvielle, 2014 :64). Dans l’histoire migratoire malienne, le retour au pays a toujours existé, car il s’inscrit dans le projet migratoire global des migrants. Cependant, suivant une forme massive et contraignante, il remonte au début de l’indépendance à la suite des tensions politiques qui avaient provoqué l’expulsion des milliers des Maliens depuis le Sénégal et l’actuelle République Démocratique du Congo (D. Gary-Tounkara, 2016, p.35 et 37). Ces formes de retour qui ont sporadiquement continué par la suite, ont pris de l’ampleur depuis les années 1990 en raison particulièrement des situations d’ivoirité et des crises sociopolitiques en Côte d’Ivoire. Ainsi, de la décennie 1990 jusqu’à l’année 2014, ce pays ouest-africain est la première provenance des migrations de retour au Mali avec 42 118 migrants soit 46% de l’ensemble des retours de la période selon les chiffres officiels des autorités nationales (DGME et HCME cités par MMEIA, 2014 :55).

Néanmoins, depuis les années 2000, l’on constate aussi une diversification des provenances des migrations de retour au Mali, avec l’implication des pays arabes comme l’Algérie, la Libye et l’Arabie Saoudite (DGME, citée par M. Ballo, 2009, p.120-121). Ces dernières années, depuis précisément 2017, ces trois pays ont supplanté la Côte d’Ivoire et représentent désormais, le triptyque géographique en matière de provenance des migrations maliennes de retour (S.A. Maïga, 2026 :18). Entre 2017 et septembre 2024, plus de 24 000 migrants maliens ont été rapatriés de plusieurs pays dont notamment l’Algérie et la Libye[2]. Ce chiffre reste loin de la réalité des migrations de retour au Mali, car il ne prend pas en compte les expulsions en provenance de l’Arabie Saoudite et les formes de retour volontaire par lesquelles, les migrants rentrent d’eux-mêmes au pays. Les migrations de retour de ces dernières années partagent un dénominateur commun à savoir l’impécuniosité matérielle et financière qui concerne la plupart des migrants. Elles résultent du durcissement des conditions de séjour à travers des politiques migratoires de plus en plus intolérantes à toute présence migratoire « irrégulière ». Elles sont aussi les conséquences des situations sociopolitiques et sanitaire comme la crise libyenne depuis 2011 et la récente pandémie à COVID-19 qui a frappé quasiment tous les pays du monde. Au Mali, ces retours interviennent dans un contexte national marqué par la crise sociopolitique et sécuritaire depuis 2012 se traduisant par l’insécurité sur une grande partie du territoire, une dégradation des conditions de vie et des déplacements forcés massifs internes et externes des populations (S.A. Maïga, 2026 :229-233). Malgré ce contexte, les questions migratoires bénéficient d’un intérêt politique affiché depuis la décennie 1990 en vue de leur gouvernance. Cette dernière ne se limite pas aux seules interventions de l’État malien. Elle implique également celles d’une pluralité d’acteurs appartenant à des institutions bilatérales et multilatérales (SNV, AECID, DUE, OIM, UNHCR, etc.) et à des institutions non étatiques (associations des migrants, ONG nationales et internationales et familles des migrants de retour). Les actions que ces acteurs mettent en œuvre en faveur des migrants sont multiformes et couvrent tout le processus du retour depuis le départ jusqu’à l’arrivée des migrants dans leur pays d’origine. L’objectif officiellement affiché est de créer les conditions permettant une meilleure réinsertion des migrants au Mali. Ainsi, l’objectif de cet article est d’analyser les impacts de ces interventions sur le vécu des migrants de retour de l’Algérie, de la Libye et de l’Arabie Saoudite. Les actions de gouvernance permettent-elles aux migrants de se réinsérer socialement et économiquement dans leur pays d’origine ? Le postulat soutenu est que les interventions multiformes portées par les acteurs ont du mal à créer les conditions permettant aux migrants de retour de vivre un processus de réinsertion satisfaisant. Par conséquent, leur vécu ou réinsertion est essentiellement similaire à des contraintes, des incertitudes et des attentes quant à la volonté de rester au Mali ou de repartir en migration vers les anciens pays de séjour ou vers d’autres destinations migratoires.

  • [1] Estimation de la délégation générale des Maliens de l’extérieur (DGME) et du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur en date de 2014.
  • [2] Informations collectées à l’OIM au Mali, septembre 2024.

Résumé : Le présent article inscrit dans le champ de la linguistique descriptive se propose d’analyser les procédés morphologiques de formation des néologismes dans le domaine foncier en koulango, une langue gur parlée dans le nord-est de la Côte d’Ivoire. Dans un contexte de modernisation en lien avec le foncier,  juridique et institutionnelle accélérée de la gestion  des terres ivoiriennes, le koulango (comme de nombreuses langues africaines) est confronté à l’impérieux besoin de nommer des réalités nouvelles introduites par le législateur et les techniciens du foncier. À partir d’un corpus de quarante-deux (42) termes néologiques recueillis auprès de locuteurs natifs experts du domaine, nous examinons les stratégies morphologiques mobilisées par cette langue pour créer ou adapter des dénominations spécialisées. L’analyse révèle la prédominance de deux grands procédés : la dérivation suffixale (avec le morphème agentif -sɛ̀ɛ̀ et des nominalisateurs -ŋɔ̀, -lɔ́m, -ɡɛ̀) et la composition (binaire, ternaire et syntagmatique). Ces mécanismes témoignent de la vitalité morphologique du koulango et de sa capacité à générer des termes techniques à partir de ses ressources internes. Ce travail part de l’hypothèse que la néologie dans le domaine foncier en koulango, repose sur les produits morphologiques endogènes. L’objectif visé est d’analyser de manière détaillée ces produits morphologiques à partir d’un corpus de termes néologiques collectionnés auprès de locuteurs experts, afin de mieux comprendre comment le koulango construit ses néologismes fonciers.  Sur le plan théorique, les analyses s’inscrivent dans le cadre de la morphologie constructionnelle et de la terminologie fonctionnelle. Les résultats ouvrent des perspectives importantes pour la standardisation lexicale du koulango et son enseignement dans les contextes professionnels liés à la gestion foncière.

Mots-clés : néologie, morphologie, domaine foncier, procédé de dérivation, terminologie.

Références bibliographiques

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