• TRADITIONS ET CULTES LIBATOIRES DANS LES RÉGIONS LAGUNAIRES DE CÔTE D’IVOIRE : L’EXEMPLE DES ABIDJI
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  • Ehouman Dibié Besmez SENY
  • Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle
  • ORCID iD: 0009-0006-4400-3366
  • ehoumanseny@gmail.com
  • &
  • Dely MAMADOU
  • Université Alassane Ouattara
  • ORCID iD: 0009-0006-5188-5437
  • mamdel2020@gmail.com

Introduction: Dans les sociétés humaines, les rites constituent le ciment symbolique qui noue les vivants à leurs ancêtres, les individus à la communauté, et l’homme au cosmos. Parmi ces rites, la libation, offrande de liquide versée à la terre ou aux eaux pour les forces invisibles, occupe une place cardinale dans les cultures africaines, en particulier dans les sociétés lagunaires de Côte d’Ivoire. Associant geste, parole et croyance, elle déborde la stricte dimension cultuelle pour investir le champ social, juridique et thérapeutique. Le peuple Abidji, installé dans la région de Sikensi au sud de la Côte d’Ivoire, offre un terrain d’observation particulièrement propice à une enquête comme la nôtre. La libation, en effet, y structure les pratiques liées aux différentes cérémonies de cette société. Elle travers également les institutions politiques et préside aux procédures de règlement des conflits. De fait, elle se matérialise au travers des formules invocatoires, transmises de génération en génération, que prononcent les officiants lors des grandes cérémonies du calendrier communautaire. Ces formules, dont plusieurs transcriptions ont été recueillies auprès de Nanan N’Djaka Kadio Firmin, Chef de Terre d’Élibou, né le 1er janvier 1955, constituent le corpus empirique central de cet article.

Ce patrimoine rituel, comme l’ensemble des traditions orales africaines, est soumis à des pressions contemporaines (christianisation, urbanisation, recompositions identitaires) qui en redéfinissent les contours. La question centrale de notre étude est donc double. Dans un premier temps, quelles fonctions la libation remplit-elle dans la société abidji, telles qu’elles transparaissent dans les formules rituelles elles-mêmes ? Dans un second temps, comment ces différentes fonctions évoluent-elles dans le contexte ivoirien actuel ? Afin de répondre à ces interrogations, il paraît primordial d’indiquer les postulats qui orienteront l’analyse. Ainsi, nous posons que, dans l’univers culturel africain en général, et celui de la Côte d’Ivoire, en particulier, la libation acquiert une fonction religieuse, thérapeutique et politique. Dans cet élan, nous postulons également que la libation, pratique ancestrale, connaît une forme de mutation liée à son contact avec certaines pratiques contemporaines qui tendent, non pas, à la détruire, mais à la transformer à travers un système d’actualisation. Ainsi, pour éclairer cette problématique, nous adoptons une approche anthropologique articulée autour de trois axes complémentaires à savoir la dynamique de la tradition, la fonction sociale du rite et les transformations culturelles contemporaines. Cette réflexion s’appuie sur les travaux d’auteurs africains ayant étudiés les pratiques rituelles dans les sociétés lagunaires. L’analyse déploie donc une démarche tripartite dans laquelle nous présenterons d’abord le peuple abidji ainsi que les principaux concepts mobilisés dans cette recherche. Nous préciserons ensuite la démarche méthodologique et les modalités de constitution du corpus. Enfin, nous examinerons les fonctions, les formes et les évolutions des pratiques libatoires au sein de la communauté abidji.

Résumé : Cet article examine les traditions et cultes libatoires dans les régions lagunaires de Côte d’Ivoire, à travers l’exemple du peuple Abidji. En articulant enquête ethnographique, observation directe et analyse anthropologique de corpus oraux transcrits, il met en lumière les fonctions sociales, religieuses, thérapeutiques et juridiques de la libation comme pratique rituelle. L’analyse pose que la libation, loin d’être une pratique rituélique désuète, joue un rôle déterminant dans la cohésion sociale. Partant, l’étude proposée appréhende ce rite dans sa confrontation avec les nouvelles pratiques religieuses, les transformations sociales et les mutations urbaines relatives à l’aire ivoirien d’après la colonisation.

Mots-clés : traditions, culte libatoire, rituels, culture, régions Abidji.

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  • Autre
  • N’DJAKA KADIO FIRMIN Nanan. Transcription des documents manuscrits [Traditions et cultes libatoires des Abidji d’Élibou], manuscrit recueilli à Sikensi, s.d. [enquête menée en 2020-2024]. Collection personnelle de l’auteur.