• INFLUENCE DE L’ENSEIGNEMENT BILINGUE SUR LA COHESION SOCIALE
  • ET L’UNITE NATIONALE
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  • Oumar LINGANI
  • Institut des Sciences des Sociétés
  • Centre national de la Recherche scientifique et technologique
  • ORCID iD : 0009-0002-0558-1919
  • olingani@yahoo.fr

Introduction: Dans un pays aussi richement multilingue que le Burkina Faso, l’enseignement bilingue est appelé à jouer un rôle bien plus qu’instructif : il peut devenir un levier de cohésion sociale et d’unité nationale. Loin d’être un simple choix pédagogique, l’intégration des langues locales à l’école s’inscrit dans une dynamique plus large d’inclusion et de reconnaissance identitaire. De nombreuses recherches montrent d’ailleurs que cette démarche contribue à renforcer le sentiment d’appartenance des élèves, notamment ceux issus de communautés souvent laissées en marge du système éducatif dominant.

Mais entre les intentions des programmes scolaires – qui prônent la valorisation des langues nationales et la promotion du vivre-ensemble – et leur mise en œuvre effective sur le terrain, un écart persiste. C’est justement en s’interrogeant sur cette réalité que la présente étude cherche à répondre à la question suivante : comment l’enseignement bilingue favorise-t-il la cohésion sociale dans des contextes éducatifs plurilingues ? Cette problématique justifie l’hypothèse principale selon laquelle l’enseignement bilingue joue un rôle marginal dans la cohésion sociale et l’unité nationale au Burkina Faso. Cette hypothèse a suscité trois hypothèses spécifiques selon lesquelles la mise en valeur des langues officielles réduit les discriminations linguistiques ; le recours au langues officielles contribue à la valorisation du sentiment d’unité nationale et les apprenants issus de cursus bilingues développent une plus grande ouverture à la diversité culturelle.

Pour analyser comment l’enseignement bilingue, au-delà de ses objectifs pédagogiques, peut servir de levier pour la cohésion sociale et l’unité nationale dans des contextes multilingues comme celui du Burkina Faso, il était normal que cette étude s’appuie sur une théorie. La spécificité de cette recherche recommande d’opter pour une théorie adéquate ; d’où le choix du constructivisme social développée par Lev S. Vygotsky (1978) dont l’approche fait de l’apprentissage un processus basé sur des dimensions sociale, culturelle et linguistique. Pour Vygotsky (1978), l’enfant n’apprend jamais seul, mais toujours avec et à travers les autres. Le langage, dans cette perspective, occupe une place centrale. Il est à la fois outil de communication et vecteur de développement cognitif. C’est dans ce contexte que Vygotsky introduit la notion clé de Zone Proximale de Développement (ZPD), qu’il définit comme « la distance entre le niveau de développement actuel, déterminé par la capacité à résoudre un problème seul, et le niveau de développement potentiel, déterminé par la résolution d’un problème avec l’aide d’un adulte ou de pairs plus compétents » (Vygotsky, 1978 :86).

L’enseignant joue donc un rôle stratégique dans ce processus : il ne se contente pas de transmettre des savoirs, mais accompagne, guide, soutient — il est médiateur du développement (Dixon-Krauss, 1996). Dans cette logique, l’apprentissage se nourrit des interactions, du travail en groupe, des échanges entre élèves, des discussions constructives, comme l’ont aussi souligné Berk & Winsler (1995). C’est cette dynamique de co-construction du savoir, rendue possible par un environnement d’apprentissage collaboratif, qui fonde toute la richesse du constructivisme social.

Résumé : L’école, au-delà de sa mission première qui est de préparer l’élève à la vie professionnelle, a également pour vocation de former un citoyen engagé, capable de contribuer au vivre-ensemble. Dans certains pays, à l’image du Burkina Faso, la question de l’unité et de la cohésion se posent avec acuité. Ce constat a généré la question de savoir : quel peut être le rôle de l’enseignement bilingue dans le renforcement et l’ancrage de la cohésion sociale au Burkina Faso ? Cette recherche ambitionne de de comprendre l’influence que peut avoir l’enseignement en langues nationales sur les phénomènes d’unité et de cohésion nationale. Pour parvenir à nos fins, un dispositif de recherche a eu pour épicentre des localités de Lafiabougou et de Kombissiri. C’est ainsi qu’un questionnaire a été soumis à des enseignants et un guide d’entretien à des parents d’élèves desdites localités. Il relève des résultats une tendance positive quant aux effets de l’enseignement bilingue sur l’intégration des apprenants et le renforcement de leur sentiment d’appartenance nationale. L’étude recommande notamment d’éviter toute hiérarchisation entre langues et de suivre de près les effets de cette politique éducative sur le vivre-ensemble.

Mots-clés : enseignement bilingue, cohésion sociale, unité nationale, vivre-ensemble

Références bibliographiques

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