• ABOUBACAR SAÏD SALIM ET L’EXPRESSION DE L’INEFFABLE
  • DANS ET LA GRAINE… 
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  • Walid BEN AHMED
  • Laboratoire Langage et Société
  • Université Ibn Tofail, Kenitra
  • ORCID iD: 0009-0006-2106-6828
  • mshindabenahmed@gmail.com

Introduction: Immédiatement, le langage humain apparaît comme l’image réfléchie de la réalité qu’il nomme. Mais il ne se contente pas de refléter le réel : il le façonne. Une autre perspective le considère comme une activité voisine de la pensée, dont il serait à la fois le véhicule et la forme. Selon cette vision classique, les idées précèdent le langage : nous construirions d’abord des idées que nous exprimerions ensuite en les convertissant en mots. Pensée et langage seraient alors deux étapes successives : la première, geste spirituel consistant à capter le monde et à formuler les idées ; la seconde, geste technique destiné à communiquer. Pourtant, cette conception repose sur une méprise. Le langage n’est pas seulement un outil de communication : il structure le monde et influence la conceptualisation même de la pensée. Nos pouvoirs de comprendre ne précèdent pas nos pouvoirs de nommer, car seul le monde façonné par le langage peut faire l’objet de nos pensées. Ainsi, pensée et langage apparaissent intrinsèquement liés. Nommer un objet ou un état psychologique revient à le définir, le fixer et le rendre reconnaissable. La fonction première du langage n’est pas la précision ou l’exactitude, mais la différenciation et la structuration de la réalité. Dire le monde, c’est évoquer la part de l’existence que nous avons sortie de l’indistinction grâce à nos structures linguistiques.

Dans ce cadre, la littérature, et plus particulièrement le roman historique, offre un espace privilégié pour explorer ce qui échappe au langage strictement factuel. Elle permet non seulement de nommer et de singulariser le monde, mais aussi de donner voix aux mémoires marginalisées et de restituer des expériences collectives souvent oubliées. Cette étude se propose de répondre aux interrogations suivantes : comment le langage, en tant que structure constitutive de la pensée, construit-il le monde que nous percevons ? De quelle manière le roman historique permet-il de rendre perceptible l’ineffable et de préserver la mémoire des expériences marginalisées ? Enfin, comment la fabulation, telle qu’elle se déploie dans La graine d’Aboubacar Saïd Salim, contribue-t-elle à la transmission de ces voix et de ces mémoires ? Nous postulons que le langage ne se limite pas à un rôle communicatif, mais qu’il agit comme un véritable créateur de réalité, définissant ce qui peut être pensé et reconnu. Nous supposons que le roman historique, loin de se contenter de restituer des faits, ouvre un espace de fabulation où la mémoire et les voix marginalisées trouvent leur place. Enfin, nous faisons l’hypothèse que La graine illustre cette capacité du langage et de la fiction à transformer l’expérience du passé en une mémoire vivante et partagée.

Résumé : Ce texte développe une réflexion philosophique et littéraire autour du langage, de ses limites et de sa fonction créatrice, en montrant comment la littérature et en particulier le roman historique permet d’évoquer l’indicible et de construire une mémoire vivante là où les discours factuels échouent. En partant du principe cher à la philosophie analytique que le langage est utile mais insuffisant pour dire pleinement le réel, et s’inspirant de la notion bergsonienne de « fabulation » en tant que faculté suscitée par le danger que l’effort continu de l’intelligence fait peser sur l’existence, nous interrogeons la fiction historique et sa capacité à instruire le lecteur tout en l’augmentant et en l’animant directement. Et la graine d’Aboubacar Saïd Salim incarne cette fonction : plus qu’un récit historique, c’est un acte de fabulation nécessaire pour que les voix marginalisées trouvent un écho et que le passé ne soit pas réduit à un simple fait, mais vécu comme une expérience partagée.

Mots-clés : Langage, ineffable, Histoire, roman historique, vérité historique.

Références bibliographiques

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  • Barthes, R. (1953). Le Degré zéro de l’écriture, Paris: Seuil.
  • Ducrot, O. & Schaeffer, J.-M. (1995). Les Énoncés de langue et les sujets de droit, Paris: Éditions de la Villette.
  • Durand, I. (2010). Le Roman historique : un genre en question, Paris: PUF.
  • Salim, A. S. (1990). Et la graine…, Paris: Éditions Karthala.
  • Eliade, M. (1963). Aspects du mythe, Paris: Gallimard.
  • Jankélévitch, V. (1986). L’Indicible, Paris: Éditions du Seuil.
  • Kant, I. (1992). Critique de la raison pure, Esthétique et Analytique transcendantale, Paris: PUF.
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  • Nietzsche, F. (1874). Seconde considération inactuelle, Leipzig: E. W. Fritzsch.
  • Salim, A. S. (2013). Et la graine, Moroni: Komedit.
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