N°21_Vol.6_23
- LES RÉSEAUX SOCIAUX NUMÉRIQUE DANS LA COMMUNICATION TERRITORIALE DES COLLECTIVITÉS ET PARTICIPATION CITOYENNE DANS LA RÉGION DU GBÊKÊ
- Boni Hyacinthe KPANGBA
- Université Alassane Ouattara
- ORCID iD: 0009-0002-6384-1459
- bonihyacinthe@gmail.com
Introduction: En Côte d’Ivoire, l’architecture institutionnelle de la décentralisation rapproche structurellement l’action de l’État des populations locales. Selon Mel (2015), cette politique permet aux communes et régions de prendre en charge avec efficience les besoins quotidiens des administrés. Ce transfert progressif de compétences exige une autonomie de gestion locale accrue. Soumahoro (2015) affirme que cette proximité administrative favorise l’exercice effectif de la démocratie locale et le développement endogène. Pour opérationnaliser cette dynamique territoriale, une communication publique de qualité reste indispensable. Zumofen et Mabillard (2021) rappellent qu’elle assure la diffusion essentielle de l’information administrative auprès de la population. De nos jours, la mise en concurrence des espaces impose également l’intégration de démarches d’attractivité globales. Bendahan et Barradi (2022) montrent que les collectivités territoriales s’engagent désormais dans de véritables stratégies de marketing territorial.
L’avènement du Web participatif et de l’Internet mobile bouscule profondément ces pratiques traditionnelles. Les réseaux sociaux numériques (RSN) pénètrent la gouvernance locale en reconfigurant les espaces publics contemporains. Comme le soulignent Djè Bi et Bamba (2026 : 106), l’essor du numérique remodèle les modes de communication et ouvre de nouvelles modalités d’engagement citoyen. Boujida (2025) définit cette communication territoriale comme un partage d’informations d’utilité publique maintenant le lien social. Dans ce sillage, Okou (2026 :778) rappelle que cette mutation impose une approche multicanale rapprochant l’administration de ses administrés.
Cependant, l’introduction de ces technologies confronte les institutions à de fortes tensions politiques. Pour Dubois (2024), les RSN doivent impérativement s’ériger en instruments de dialogue bilatéral. Sans une réelle logique dialogique, les autorités se confinent dans des modèles de diffusion purement verticaux. Chafik et El Abbadi (2023) suggèrent de dépasser cette approche unilatérale caduque. À défaut, les plateformes numériques sont détournées à des fins de propagande pour assurer l’enracinement politique des élus locaux, comme le note Baouzil (2024). De plus, la transformation et la transition numérique est confronter à nombreux défis infrastructurelles et structurelles. P. Norris (2021) souligne que les inégalités d’accès (physiques et matérielles) engendrent un fossé numérique discriminatoire. Ce clivage corrobore les travaux Rallet et Rochelandet (2004) sur les fractures numériques de second niveau liées aux capacités et compétences d’usages. C’est ce ques Fistikci (2023 : 29) norme « failles de la démocratie connectée ; tout en soulignant le risque de polarisation politique engendré par de tels disparités. La région du Gbêkê, deuxième pôle urbain ivoirien, cristallise des défis socio-économiques et technologiques. Marquée par des infrastructures inégales, elle affiche de fortes disparités de connectivité entre ses communes. Ce territoire constitue un observatoire idéal pour analyser la pénétration des outils numériques dans la communication locale. Dès lors, la problématique de cette recherche se structure autour de la question suivante : la communication numérique des collectivités de la région du Gbêkê est-elle efficace pour susciter une réelle participation citoyenne ?
Pour répondre à cette question, nous soutenons que la communication territoriale numérique des collectivités de la région du Gbêke est inefficace pour susciter une participation citoyenne et est influencée par un modèle descendant d’affichage avec un déficit d’appropriation. Pour évaluer cette hypothèse, l’étude s’appuie sur approche mixte qui associe questionnaire, entretiens et une analyse de contenu des publications officielles publiées sur le réseau social Facebook. Le déploiement de cet article s’articule autour de quatre points. Nous définirons d’abord un cadre de référence théorique mobilisant la théorie de la société en réseau de Castels (1998, 2012). Ensuite nous aborderons des précisions méthodologiques. De plus nous présenterons les résultats empiriques de l’étude et enfin, la dernière partie sera consacrée à une discussion critique confrontant les modèles aux réalités de terrainsdela région du Gbêkê.
Résumé : Cet article évalue l’efficacité de la communication numérique des collectivités territoriales de la région du Gbêkê (Côte d’Ivoire) face aux enjeux de la participation citoyenne. Elle s’appuie sur la théorie de la société en réseaux de Castells (1998), avec une méthodologie mixte. Le protocole associe un questionnaire adressé à 300 citoyens, un entretien semi-directifs avec 30 acteurs clés et un corpus de 240 publications sur les pages Facebook des collectivités de la région du Gbêkê. Les résultats ont révélé une centralisation de l’audience dans la communication numérique des collectivités de la région au profil de la commune de Bouaké. L’analyse à par ailleurs montré un taux de réponses institutionnelle dérisoire (4,6%) combiné à une su-rmobilisation des contenus culturels. Cette stratégie de divertissement éditorial crée un vide délibératif. L’espace public numérique local restreint par la double fractures (infrastructurelles et cognitives) permet de confirmer l’hypothèse de départ de l’étude. En effet, le caractère horizontal technique des plateformes sont de plus en plus capturé par une culture politique descendante importante. Le réseau social Facebook dans le cadre de cette étude sert de moyen de propagande, de persuasion, d’influence et d’affichage unilatérale pour les politiques. Ces usages limites la participation et l’engagement citoyenne. Et ne favorise pas adhésion territoriale active chez les citoyens.
Mots-clés : Communication territoriale numérique, réseaux sociaux, participation citoyennes, Facebook, région du Gbêkê.
Références bibliographiques
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