• ANALYSE DES EFFETS DES SOLDES BUDGETAIRES SUR LA CROISSANCE DE L’ACTIVITE ECONOMIQUE, CAS DE LA R.D CONGO, DE 2000 A 2025 : UNE VERIFICATION EMPIRIQUE DE L’ARBITRAGE DES APPROCHES KEYNESIENNE TRADITIONNELLE OU NEOKEYNESIENNE
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  • Rolly MBO MOTEMA
  • Apprenant en DEA II, en Option Economie Publique et Développement Durable, Département d’Economie, UNIKIN
  • rollymbo79@gmail.com

Introduction: Depuis l’Antiquité jusqu’à la révolution industrielle, la quête d’une croissance économique élevée a constitué un objectif central pour assurer la prospérité des nations. Si les approches classiques privilégient l’autorégulation des marchés (Mankiw, 2021), l’expérience historique, notamment la crise de 1929 et plus récemment les chocs de 2008 et la pandémie de COVID-19, a démontré les limites du laissez-faire et mis en évidence le rôle crucial de l’intervention étatique dans le soutien de la demande globale (Stiglitz, 2020). Dans ce contexte, la politique budgétaire émerge comme un instrument essentiel, permettant de mobiliser les ressources publiques pour financer les infrastructures, l’éducation, et stimuler l’investissement privé, tout en veillant à la stabilité macroéconomique. RDC[1], en tant que pays en développement caractérisé par des contraintes institutionnelles, financières et structurelles importantes, constitue un terrain d’analyse pertinent pour évaluer l’efficacité des soldes budgétaires sur la croissance économique. Malgré l’abondance de ses ressources naturelles, notamment minières (faisant d’elle aujourd’hui, le centre névralgique de la transition énergétique, de l’énergie fossile vers l’énergie solaire ;  avec en toile de fond ses minerais critiques : cuivre et cobalt ; de la revanche voire l’avantage comparatif  de la géographie et  son sous-sol), l’économie congolaise reste fortement dépendante du secteur extractif, exposant les finances publiques à une volatilité liée aux fluctuations des prix internationaux. À cela s’ajoutent une base fiscale étroite et un système financier peu développé, limitant la mobilisation efficace des ressources internes (Banque mondiale, 2022 ; FMI, 2023). Par ailleurs, la persistance des conflits armés dans l’Est du pays accentue les déséquilibres budgétaires, en entraînant une hausse des dépenses sécuritaires et humanitaires, tout en réduisant l’espace fiscal (les recettes publiques), d’autant plus qu’une partie de l’activité économique échappe au contrôle de l’État. (Pays post conflit et Etat fragile).

Le rapport de la Banque Mondiale a alerté en Mars 2026, que les pressions budgétaires se sont intensifiées en 2025. Le déficit budgétaire global étant passé de 1,9 % du PIB en 2024 à environ 2,9 % en raison de l’augmentation des dépenses de sécurité et de salaire dans le secteur public conjuguée à une baisse des recettes fiscales dans les zones touchées par ce conflit. Ce rapport met en évidence le triplement des dépenses d’une année à une autre, atteignant 3,4 % du PIB en 2025, et cela en réaction à l’insécurité dans l’Est du Pays. Il sied de rappeler que l’invention originelle de J.M Keynes se fonde sur le gonflement de la demande globale pour faire quitter l’économie dans la trajectoire de la récession de 1929. Dans cette même lignée, l’économiste R Musgrave, alerta, qu’outre les actions régaliennes des pouvoirs publics, les interventions de ces derniers via la politique budgétaire, dans la sphère économique devront être cristallisées sur : i) l’allocation des ressources pour l’économie, ii) la redistribution de facteurs  de production et iii) la stabilisation de l’économie face aux fluctuations de la conjoncture.  Ce faisant, le solde budgétaire apparaît comme un levier central pour assurer la soutenabilité des finances publiques et soutenir l’investissement productif. L’importance de cette problématique est renforcée par l’engagement de la RDC dans les ODD[2] 8 et 10, qui exigent une politique budgétaire capable de concilier croissance économique, stabilité macroéconomique et réduction des inégalités (Banque mondiale, 2022 ; FMI, 2023 ; PNUD, 2024). Cette étude utilise la méthode Fully Modified Ordinary Least Squares (FMOLS)[3] afin d’estimer les effets à long terme (LT) du solde budgétaire sur le PIB réel de 2000 à 2025 en RDC. Ce choix méthodologique permet de corriger les problèmes d’endogénéité et d’auto-corrélation liés à la causalité inverse entre solde budgétaire et croissance, garantissant des coefficients cohérents et robustes sur le long terme (Phillips & Hansen, 1990 ; Elbadawi & Kaltani, 2021). L’analyse se situe à l’interface des deux principaux courants théoriques : la théorie keynésienne traditionnelle, qui prédit qu’un déficit budgétaire stimule la demande globale et la croissance : gonflement de la demande globale secrétant la croissance ; à contrario, un excédent budgétaire dégonfle la demande globale et ne produit pas la croissance. En revanche, la nouvelle école keynésienne, vient contredire le maitre, pour cette nouvelle école keynésienne, l’excèdent budgétaire gonfle la demande globale et secrète la croissance économique, en convertissant les excédents récessifs aux excédents expansionnistes, mettant en avant-plan, l’impact positif d’un excédent budgétaire sur la crédibilité macroéconomique et la soutenabilité des finances publiques (Alesina & Perotti, 2020 ; Woodford, 2021).

La contribution de cette étude est triple : (i) fournir une évaluation empirique à long terme de l’effet des soldes budgétaires sur la croissance économique en RDC, un contexte peu étudié dans la littérature récente, en mobilisant la méthode des moindres carrés ordinaires pleinement modifiés (FMOLS), qui permet d’estimer de manière robuste les relations de long terme entre le solde budgétaire et le PIB réel sur la période 2000–2025 ; (ii) vérifier les hypothèses keynésiennes classiques et modernes à la lumière des données locales ; et (iii) informer les décideurs sur l’orientation optimale de la politique budgétaire pour soutenir les objectifs des ODD, en considérant la dynamique des investissements directs étrangers et la soutenabilité de la dette publique….

  • [1] La République démocratique du Congo
  • [2] Objectifs de Développement Durable
  • [3] La méthode des moindres carrés ordinaires pleinement modifiés

Résumé : Cette étude analyse l’impact des soldes budgétaires sur la croissance économique en République démocratique du Congo (RDC) entre 2000 et 2025, en lien avec les ODD 8 et 10. La méthode Fully Modified Ordinary Least Squares (FMOLS) est utilisée pour estimer les effets à long terme du solde budgétaire sur le PIB réel, en tenant compte des IDE, de la dette publique et des contraintes institutionnelles. Les résultats montrent que les excédents budgétaires soutiennent la croissance via la crédibilité macroéconomique et la soutenabilité de la dette, tandis que les déficits ont un effet modérément négatif. Les IDE créateurs de valeur ajoutée stimulent également la croissance, alors que la dette excessive et l’inflation freinent le développement. Ces résultats offrent des repères pour une politique budgétaire favorable à la croissance durable dans un contexte de fragilité institutionnelle.

Mots-clés : Soldes budgétaires (Excèdent et/ou déficit budgétaires), croissance économique

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