N°019_Vol.2_27
- INFLUENCE DE LA GESTION DES RISQUES PSYCHOSOCIAUX SUR LA SANTÉ AU TRAVAIL ET LA SATISFACTION PROFESSIONNELLE DES AGENTS DU CENTRE RÉGIONAL D’ÉTUDES NUCLÉAIRES DE KINSHASA (CREN-K)
- Naomie MUTOMBO MUSUAMBA
- Apprenante au troisième cycle en Gestion des Entreprises et
- Organisation du Travail
- à l’Université de Kinshasa
- divindisi75@gmail.com
- Serge LOKOKIE IKONGANSAMO
- Apprenant au troisième cycle en Gestion des Entreprises et
- Organisation du Travail à l’Université de Kinshasa
- &
- Bijou MANDIANGU MBUMBA
- Professeure, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
- Université de Kinshasa
Introduction:Depuis plusieurs décennies, les transformations du monde du travail ont profondément modifié les conditions d’exercice des fonctions publiques. Les exigences accrues de performance, la surcharge des tâches administratives, la précarisation de certains statuts et la rigidité hiérarchique exposent de plus en plus les agents publics à des formes nouvelles de souffrance aux travaux, regroupés sous le terme de risques psychosociaux (RPS). Karasek (1979) révèle, dans ce contexte, que les organisations peuvent, lorsqu’elles ne régulent pas correctement les exigences professionnelles imposées aux travailleurs, engendrer des formes de souffrance mentale, de démotivation et de désengagement collectif. Dans le contexte des institutions publiques congolaises, les risques professionnels occupent une place importante. Ces risques se manifestent généralement par un stress important. Les études menées par Siegrist (1996) et Vroom (1973) révèlent que le stress professionnel et le manque de reconnaissance institutionnelle constituent les premiers motifs de démotivation et d’absentéisme dans la fonction publique ou dans les administrations publiques. Les conditions de travail souvent précaires, la surcharge administrative, l’ambiguïté des rôles et la faiblesse du soutien managérial aggravent la situation. Selon Kasongo (2020), la majorité des structures publiques congolaises ne disposent pas de dispositifs institutionnalisés de prévention des RPS, et la santé mentale des agents n’est que rarement prise en compte dans les politiques de ressources humaines.
D’après Maslach et Jackson (1981), ces facteurs sont liés aux mauvaises conditions de travail. Dans le contexte des services publics congolais, plusieurs études ont révélé l’exposition des travailleurs à des risques professionnels dont les plus souvent évoqués se rapportent aux : (1) Risques physiques (bruits, chaleurs, équipements défectueux) ; (2) Risques biologiques (contamination) ; (3) Risques ergonomiques ; (4) Risques psychologiques. En plus, ces études ont relevé que ces services souffrent d’un faible système de prévention et d’une faible application des normes internationales de sécurité au travail, contribuant directement au développement du burn-out, défini comme un état d’épuisement émotionnel, de dépersonnalisation et de perte d’accomplissement personnel. De différents services publics congolais, cette étude cible particulièrement le CREN-K, où les agents sont soumis à des obligations de résultats dans un contexte de moyens limités et font face à plusieurs risques qui peuvent compromettre à la fois la santé psychologique du personnel et la qualité du service rendu. En plus, il fait face à des difficultés structurelles : effectifs insuffisants, ressources matérielles limitées, gestion hiérarchique centralisée, absence de cellules de santé au travail, et manque de formations sur la prévention du stress et des conflits professionnels. Cette situation peut engendrer une accumulation de tensions, un taux élevé d’absentéisme, des départs prématurés, et une baisse notable de la motivation et de la performance globale. Vu le caractère hautement technique de ce centre où le personnel est exposé aux rayons nucléaires, la gestion de ces risques est très importante. C’est dans cette perspective que la présente étude vise à évaluer les modalités de gestion des risques psychosociaux au sein de ce centre et à déterminer dans quelle mesure cette gestion influence la santé au travail ainsi que la satisfaction professionnelle des agents.
Eu regard à ce qui précède, nous formulons notre problématique de la manière suivante : Eu égard à tout ce qui précèdes, la question principale de cette recherche se formule comme suit : quelle est l’influence de la gestion des risques psychosociaux sur la santé au travail et la satisfaction professionnelle des agents du CREN-K ? De Cette question principale, se découle les question spécifiques suivantes : (1) Comment les risques psychosociaux sont-ils gérés au sein du CREN-K ? (2) Quel est l’état de santé au travail des agents de CREN-K face aux risques psychosociaux ? En réponse à notre question principale, nous émettons l’hypothèse principale selon laquelle : la gestion des risques psychosociaux influencerait significativement la santé au travail et la satisfaction professionnelle des agents du CREN-K. Pour ce qui concerne nos questions spécifiques, nous émettons l’hypothèses suivantes : (1) Les risques psychosociaux au sein du Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa seraient gérés de manière insuffisante, notamment à travers la faible prévention du stress professionnel, le manque d’accompagnement psychosocial et l’insuffisance des mécanismes de communication organisationnelle. (2) Les agents du CREN-K présenteraient un état de santé au travail altéré ou affecté par l’exposition aux risques professionnels. Partant de nos hypothèses, la présente étude se propose (1) d’analyser l’influence de la gestion des risques psychosociaux sur la santé au travail et la satisfaction professionnelle des agents du Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa ; (2) d’identifier les mécanismes de gestion des risques psychosociaux au sein du Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa et (3) d’évaluer la santé au travail des agents du CREN-K.
Résumé : Cet article examine l’influence de la gestion des risques psychosociaux (RPS) sur la santé au travail et la satisfaction professionnelle des agents du Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa (CREN-K. Dans un contexte marqué par des contraintes organisationnelles et des tensions hiérarchiques, l’étude vise à déterminer dans quelle mesure la prévention et la gestion des RPS contribuent au bien-être et à la performance des agents. À partir d’un échantillon de 40 agents et d’un questionnaire de 17 items, les résultats révèlent que 64 % des agents déclarent un stress élevé, 58 % jugent leur charge de travail disproportionnée, et seulement 38 % bénéficient d’un soutien organisationnel. La reconnaissance des efforts reste faible (42 %), tandis que la communication horizontale est jugée efficace par 62 %, mais la communication verticale demeure déficiente (28 % informés des décisions importantes). La satisfaction professionnelle est mitigée : 49 % des agents se disent satisfaits, contre 51 % exprimant un désengagement. Ces résultats mettent en évidence la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention des RPS au CREN-K, notamment par la formation en gestion du stress, la reconnaissance des efforts et une communication organisationnelle transparente.
Mots-clés : Risques psychosociaux, santé au travail, satisfaction professionnelle, stress, reconnaissance, communication, CREN-K.
THE IMPACT OF PSYSCHOSOCIAL RISK MANAGEMENT ON OCCUPATIONAL HEALTH AND JOB SATISFACTION AMONG STAFF AT THE KINSHASA REGIONAL CENTER FOR NUCLEAR RESEACH (CREN-K)
Keywords: Psychosocial risks, occupational health, job satisfaction, stress, recognition, communication, CREN-K.
Conclusion: Au terme de cette étude consacrée à l’influence de la gestion des risques psychosociaux sur la santé au travail et la satisfaction professionnelle des agents du Centre Régional d’Études Nucléaires de Kinshasa, il convient donc d’en ressortir les principaux enseignements. Les résultats obtenus corroborent largement nos hypothèses de départ. Il apparaît clairement que la gestion des risques psychosociaux au CREN‑K souffre de lacunes majeures : les agents décrivent une identification insuffisante des situations à risque, une prévention peu effective, une communication moins transparente de la part de la hiérarchie et des formations quasi inexistantes. Dans la quasi‑totalité des items, les perceptions d’insatisfaction vont donc au-delà de deux tiers. Les analyses inférentielles ont permis de valider l’influence significative de la gestion des risques psychosociaux sur la santé au travail et sur la satisfaction professionnelle. Les coefficients de corrélation, bien que faibles, demeurent positifs et statistiquement significatifs, ce qui explique qu’une amélioration des pratiques de gestion des risques psychosociaux augmenterait le bien-être des agents au travail (Santé et satisfaction professionnelle). Les régressions linéaires corroborent cet effet, quoique la part de variance expliquée reste faible, montrant que d’autres facteurs, personnels ou organisationnels, interviennent également.
Références bibliographiques
- Aguinis, H. (2009). Performance Management. Upper Saddle River, NJ: Pearson Prentice Hall.
- Karasek, R. A. (1979). Job demands, job decision latitude, and mental strain: Implications for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24(2), 285–308.
- Kasongo, L., & Mvumbi, J. (2022). Gestion des ressources humaines en République Démocratique du Congo. Kinshasa: Presses Universitaires de Kinshasa.
- Luhahi a Niama, J. (2024). Méthodes modernes de recherche. Kinshasa: Université de Kinshasa.
- Siegrist, J. (1996). Adverse health effects of high-effort/low-reward conditions. Journal of Occupational Health Psychology, 1(1), 27–41.
- Vroom, V. H., & Yetton, P. W. (1973). Leadership and Decision-Making. Pittsburgh: University of Pittsburgh Press.
