• GESTION DU TEMPS ET PROCRASTINATION AU TRAVAIL CHEZ LES EMPLOYES DE QUELQUES ETABLISSEMENTS PUBLICS A KINSHASA
  •  
  • Nazaréen MUNZENZENZE MUYAY
  • Apprenant en D.E.S & Chercheur en Psychologie du Travail
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • munzenzenzenazaboy@gmail.com
  •  
  • Francisco-Rida KUTUNGA NIJIKAP
  • Professeur
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa
  • &
  • Félicien PIKA MULOPO
  • Chercheur en Psychologie du travail
  • Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education
  • Université de Kinshasa

Introduction: « Il me reste encore beaucoup de temps, je le ferai demain » est une expression courante qui traduit une réalité présente dans plusieurs domaines de la vie humaine, y compris dans le milieu professionnel. Cette tendance à repousser volontairement certaines activités malgré leur importance correspond au phénomène de procrastination. La procrastination désigne généralement l’habitude de reporter inutilement une tâche qui devrait être réalisée immédiatement. Selon Steel (2007), elle représente un retard volontaire dans l’exécution d’une activité prévue malgré la connaissance des conséquences négatives possibles de ce retard. Elle apparaît ainsi comme une difficulté d’autorégulation pouvant affecter la manière dont l’individu organise son travail, utilise son temps et atteint ses objectifs. Dans le contexte professionnel, la procrastination constitue aujourd’hui une préoccupation importante pour les organisations. Les retards dans l’exécution des tâches, les distractions répétées, l’incapacité à respecter les priorités et la mauvaise utilisation du temps peuvent limiter la performance individuelle et réduire l’efficacité organisationnelle. La gestion du temps apparaît alors comme une compétence essentielle dans le fonctionnement des organisations modernes. Elle permet aux employés de définir leurs priorités, d’organiser leurs activités et d’utiliser efficacement les ressources temporelles disponibles. Pour Barabel et Meier (2010), le temps occupe une position stratégique dans la compréhension des défis organisationnels, car sa bonne gestion contribue à l’amélioration de la productivité et de la compétitivité.

Cependant, malgré son importance, plusieurs travailleurs éprouvent encore des difficultés à gérer efficacement leur temps professionnel. Ces difficultés favorisent souvent l’apparition des comportements procrastinatoires qui se manifestent par le report des activités, les retards dans le traitement des dossiers ou encore la préférence accordée aux activités secondaires au détriment des responsabilités principales. Dans plusieurs organisations publiques, particulièrement en République Démocratique du Congo, la question de la gestion efficace du temps demeure un défi majeur. Les observations faites dans certains services publics montrent l’existence de plusieurs comportements pouvant traduire des difficultés dans l’organisation du travail : retards dans le traitement des dossiers, lenteur administrative, absentéisme, non-respect des délais et report fréquent des activités professionnelles. Ces comportements ne peuvent pas seulement être compris comme un manque de volonté des employés. Ils peuvent également être associés à plusieurs facteurs individuels et organisationnels, notamment la surcharge de travail, le stress professionnel, la démotivation, la faible implication au travail ou encore l’absence de méthodes efficaces d’organisation personnelle. Pour Steel et König (2006), la procrastination peut être comprise comme un problème lié à la régulation personnelle où l’individu préfère parfois une satisfaction immédiate au détriment d’une tâche importante dont les bénéfices apparaissent plus tard. Dans le cadre professionnel, cette situation peut progressivement conduire à une diminution de l’efficacité, une accumulation des responsabilités et une augmentation du stress.

Dans les établissements publics congolais, certains signes permettent de constater l’existence de cette réalité. Les employés peuvent parfois reporter certaines tâches administratives, prolonger inutilement les délais d’exécution ou consacrer une partie du temps professionnel à des activités moins prioritaires. Ces comportements peuvent affecter la qualité des services rendus aux usagers et réduire la performance des institutions publiques. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces pratiques procrastinatoires. Certains relèvent directement de l’individu, comme la faible motivation, le perfectionnisme excessif, la difficulté à établir des priorités ou encore la mauvaise organisation personnelle. D’autres facteurs sont liés à l’environnement professionnel, notamment la surcharge des tâches, les conditions de travail difficiles ou certaines insuffisances dans l’organisation administrative. Pourtant, une bonne gestion du temps représente un moyen important permettant aux employés d’améliorer leur efficacité. Elle favorise la planification des activités, la fixation des objectifs, l’utilisation rationnelle des ressources et la réduction des pertes de temps inutiles. Elle permet également de diminuer certaines conséquences négatives associées à la procrastination, comme le stress, la faible productivité ou les difficultés d’atteinte des objectifs. Malgré l’importance de cette problématique, les recherches scientifiques portant spécifiquement sur la procrastination en milieu professionnel congolais restent encore limitées. La plupart des travaux sur ce phénomène ont été réalisés dans les contextes scolaires ou universitaires, laissant peu de connaissances empiriques sur la manière dont les employés des établissements publics vivent et expliquent leurs propres comportements procrastinatoires. C’est dans cette perspective que s’inscrit la présente recherche qui vise à analyser la gestion du temps et la procrastination au travail chez les employés de quelques établissements publics à Kinshasa. Plus précisément, elle cherche à identifier les facteurs explicatifs de la procrastination professionnelle, ses conséquences sur le fonctionnement au travail ainsi que les stratégies susceptibles de favoriser une meilleure utilisation du temps professionnel.

Au regard de cette problématique, la présente étude s’articule autour de la question de recherche suivante : quels sont les principaux facteurs qui expliquent la procrastination au travail chez les employés de quelques établissements publics à Kinshasa et quelles en sont les principales conséquences sur leur fonctionnement professionnel ? À cette question, nous formulons l’hypothèse selon laquelle les employés des établissements publics étudiés manifestent des comportements procrastinatoires dans l’exécution de leurs tâches professionnelles. Ces comportements seraient principalement expliqués par la surcharge professionnelle, l’épuisement professionnel (burn-out), le manque d’intérêt, la démotivation, le perfectionnisme ainsi que les difficultés liées à la gestion du temps et aux distractions. Ils entraîneraient des conséquences négatives sur le fonctionnement professionnel, notamment la perte de temps, la difficulté à atteindre les objectifs fixés et la prise de décisions moins efficaces.

Résumé : Cette étude analyse la gestion du temps et la procrastination au travail chez les employés de quelques établissements publics à Kinshasa. Elle vise à identifier les facteurs explicatifs, les conséquences et les stratégies de réduction de la procrastination professionnelle. À partir d’une approche quantitative, les données ont été collectées auprès de 110 employés de l’ONEM et de la DGDA à l’aide d’une échelle d’évaluation des attitudes et pratiques procrastinatoires au travail. Les résultats montrent que la procrastination est principalement expliquée par la surcharge professionnelle, l’épuisement, la démotivation, le perfectionnisme et la mauvaise gestion du temps. Elle entraîne une baisse de productivité, des retards dans l’atteinte des objectifs et des difficultés décisionnelles. La planification, la motivation et la délégation des tâches apparaissent comme des stratégies efficaces pour limiter ce phénomène.

 Mots-clés : Gestion du temps, procrastination au travail, employés, établissements publics, Kinshasa.

Conclusion: L’étude avait pour objectif d’analyser la gestion du temps et la procrastination au travail chez les employés de quelques établissements publics à Kinshasa. Elle cherchait particulièrement à comprendre les facteurs responsables du report des tâches professionnelles, les conséquences de ce comportement ainsi que les stratégies pouvant favoriser une meilleure utilisation du temps au travail. À partir d’une enquête menée auprès de 110 employés de l’Office National de l’Emploi (ONEM) et de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA), les résultats obtenus montrent que la procrastination constitue une réalité observable dans les établissements étudiés. Certains employés manifestent une tendance à reporter l’exécution des tâches, à différer certaines responsabilités professionnelles ou à éprouver des difficultés dans l’organisation efficace de leur temps. Les résultats indiquent que cette procrastination est principalement expliquée par plusieurs facteurs, notamment la surcharge professionnelle et l’épuisement émotionnel, le manque d’intérêt et la démotivation, le perfectionnisme ainsi que la mauvaise gestion du temps accompagnée de diverses distractions. Ces éléments montrent que la procrastination au travail ne doit pas être réduite uniquement à un manque de discipline individuelle, mais qu’elle résulte également des conditions psychologiques et organisationnelles dans lesquelles évoluent les employés. L’étude révèle également que la procrastination entraîne plusieurs conséquences négatives sur l’activité professionnelle. Elle favorise particulièrement la perte du temps productif, la difficulté d’atteindre les objectifs dans les délais prévus ainsi que certaines prises de décisions réalisées dans la précipitation. Ces conséquences peuvent progressivement diminuer la performance individuelle et influencer négativement l’efficacité globale des établissements publics.

Par ailleurs, les résultats ont montré que les stratégies basées sur la planification des activités, la motivation professionnelle, le respect des pauses et la délégation des tâches constituent des moyens importants pour limiter les comportements procrastinatoires. Une bonne gestion du temps apparaît donc comme une compétence essentielle permettant aux employés d’améliorer leur organisation personnelle et leur rendement professionnel. En définitive, cette recherche montre que la lutte contre la procrastination au travail nécessite une intervention à deux niveaux. D’une part, les employés doivent développer des compétences personnelles de gestion du temps, de fixation des priorités et d’autodiscipline. D’autre part, les organisations publiques doivent mettre en place un environnement professionnel motivant, capable de réduire la surcharge, renforcer l’engagement et favoriser une meilleure efficacité au travail.

Références bibliographiques

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