Hors-Série n°17_10
- RELATION ENTRE LANGUE, CULTURE ET IDENTITE DANS L’IMAGINAIRE LITTERAIRE BURKINABE : ENJEUX DE LA TRANSMISSION DES SAVOIRS
- Dieudonné TIBIRI
- Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LAES)
- Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ)
- ORCID : 0009-0004-5287-7688
- dieudonne.tibiri@ujkz.bf
Introduction: La littérature burkinabè contemporaine s’inscrit dans un contexte sociolinguistique et culturel marqué, à la fois, par le plurilinguisme, la permanence de l’oralité et la coexistence de référents culturels endogènes et exogènes. Dans cet espace de création, la langue ne se réduit pas à un simple instrument de communication : elle devient un lieu de médiation symbolique. Un lieu où s’articulent la culture, la mémoire collective et la construction identitaire. Dès lors, l’imaginaire littéraire burkinabè apparaît comme un champ d’analyse privilégié pour interroger la relation dynamique entre la langue et la culture, notamment dans le processus de transmission des savoirs.
Les écrivains burkinabè mobilisent le français, souvent approprié et reconfiguré, tout en intégrant les langues nationales et les formes discursives issues de l’oralité. Cette dynamique linguistique plurielle a déjà retenu l’attention de plusieurs chercheurs, dont L. Millogo (2002), A. J. Sissao (2010) et récemment Lamoussa Tiaho (2025). Millogo, à travers son étude sur Nazi Boni premier écrivain du Burkina Faso, met en évidence l’intégration de la langue bwamu dans Crépuscule des temps anciens de N. Boni (1962). Quant à Sissao, il montre dans La littérature orale moaaga comme source d’inspiration de quelques romans burkinabè, l’influence déterminante de l’oralité dans la création romanesque. En revanche L. Tiaho (2025) dans son ouvrage La Critique du roman africain francophone postcolonial : permanence et évolution, examine l’écriture romanesque postcoloniale dans un contexte d’évolution et/ou de permanence. Ces travaux ont contribué à éclairer les modalités d’appropriation linguistique et culturelle dans la littérature burkinabè, sans toutefois épuiser la question de la transmission des savoirs dans l’imaginaire littéraire. Cette pratique linguistique plurielle favorise en effet la mise en texte de savoirs culturels variés, tels que les valeurs sociales, les normes éthiques, les pratiques communautaires, les représentations du monde et les mémoires historiques. La langue fonctionne ainsi comme un médium de transmission, tandis que la culture constitue le contenu même des savoirs transmis. Des savoirs inscrits dans des formes narratives, symboliques et stylistiques spécifiques. Dans cette perspective, l’identité culturelle et linguistique ne saurait être envisagée comme une donnée fixe ou immuable (L. Tiaho, 2025, p. 13). Elle se construit discursivement à travers la médiation linguistico-culturelle opérée par le texte littéraire. Les phénomènes d’hybridité discursive, de dialogisme et d’oralisation du discours révèlent une identité en constante négociation. Une identité située entre héritage culturel et modernité. L’imaginaire littéraire burkinabè devient alors un espace de production symbolique de l’identité. Un espace où se croisent et dialoguent les voix traditionnelles et les discours contemporains.
Partant de ces constats, la présente recherche s’interroge, d’une part, sur la manière dont la relation entre langue et culture se manifeste dans l’imaginaire littéraire burkinabè et participe de la transmission des savoirs endogènes. D’autre part, elle examine comment les pratiques linguistiques et discursives, contribuent à la construction d’une identité culturelle et linguistique spécifique. L’hypothèse centrale qui sous-tend cette étude est que la littérature burkinabè, par l’appropriation du français et l’intégration des langues nationales et de l’oralité, fonctionne comme un dispositif de transmission des savoirs culturels, tandis que l’hybridité discursive participent à l’élaboration d’une identité culturelle et linguistique dynamique. L’objectif de cette réflexion est d’analyser les mécanismes linguistiques et stylistiques par lesquels la littérature burkinabè met en circulation et transmet des savoirs culturels. Par ailleurs, montrer que cet imaginaire constitue un véritable espace de construction identitaire, fondé sur l’interaction dynamique entre langue, culture et discours social.
Pour mener à bien cette réflexion, l’étude s’appuie sur un cadre théorique combinant la sociocritique et la stylistique, ainsi que les concepts d’hybridité discursive et de dialogisme. Ces outils permettront d’analyser conjointement les dimensions linguistique, culturelle et identitaire de l’imaginaire littéraire burkinabè à partir d’un corpus composé de quatre œuvres contemporaines : deux romans (Tiébélé, 2020 ; Terre rouge et bouches cousues, 2025) et deux recueils de poèmes (Et demain… Jeunesse africaine ?, 2012 ; Mes pleurs de malheurs sur terre, 2024). L’analyse de ces œuvres à la lumière des instruments théoriques retenus permettra de mettre en évidence les apports de la langue, de la culture et de l’identité dans le processus de transmission des savoirs.
Résumé: Cet article analyse la relation entre langue, culture et identité dans l’imaginaire littéraire burkinabè. Il interroge les enjeux de la transmission des savoirs. Inscrit dans un contexte sociolinguistique, la littérature burkinabè est marquée par le plurilinguisme, la permanence de l’oralité et la coexistence de référents culturels endogènes et exogènes. La langue y fait office d’espace de médiation symbolique. Un espace où s’articulent mémoire collective, valeurs culturelles et constructions identitaires. L’étude examine la manière dont l’appropriation du français, l’intégration des langues nationales et le recours aux formes discursives issues de l’oralité participent de la circulation des savoirs culturels et de l’élaboration d’une identité dynamique. Adoptant une démarche qualitative et interprétative, l’analyse s’appuie sur un corpus composé de deux romans (Tiébélé, 2020 ; Terre rouge et bouches cousues, 2025) et de deux recueils de poèmes (Et demain… Jeunesse africaine ? 2012 ; Mes pleurs de malheurs sur terre, 2024). Le cadre théorique mobilise conjointement la sociocritique et la stylistique. Les résultats montrent que la langue fonctionne comme un médium central de transmission des savoirs endogènes. L’hybridation linguistique et discursive permet la mise en texte de valeurs sociales, de mémoires historiques et de pratiques symboliques. En outre, l’identité apparaît comme une construction discursive en constante négociation entre héritage culturel et modernité. En somme, la littérature burkinabè contemporaine se révèle comme un espace de médiation et de production symbolique des savoirs.
Mots clés : langue, culture, identité, Littérature burkinabè, transmission des savoirs.
RELATIONSHIP BETWEEN LANGUAGE, CULTURE, AND IDENTITY IN THE BURKINABE LITERARY IMAGINARY : ISSUES IN THE TRANSMISSION OF KNOWLEDGE
Abstract : This article examines the relationship between language, culture, and identity in the Burkinabè literary imaginary by interrogating the stakes of knowledge transmission. Situated within a sociolinguistic context marked by multilingualism, the persistence of orality, and the coexistence of endogenous and exogenous cultural referents, contemporary Burkinabè literature positions language as a space of symbolic mediation—one in which collective memory, cultural values, and identity constructions intersect. The study explores how the appropriation of French, the integration of national languages, and the use of discursive forms derived from orality contribute to the circulation of cultural knowledge and to the elaboration of a dynamic identity. Adopting a qualitative and interpretive approach, the analysis draws on a corpus consisting of two novels (Tiébélé, 2020 ; Terre rouge et bouches cousues, 2025) and two poetry collections (Et demain… Jeunesse africaine ? 2012 ; Mes pleurs de malheurs sur terre, 2024). The theoretical framework combines sociocriticism, stylistics, and the concepts of discursive hybridity and dialogism. The findings show that language functions as a central medium for the transmission of endogenous knowledge. Linguistic and discursive hybridity enables the textualization of social values, historical memories, and symbolic practices. Furthermore, identity emerges as a discursive construction constantly negotiated between cultural heritage and modernity. Overall, contemporary Burkinabè literature appears as a space of mediation and symbolic production of knowledge.
Keywords: language, culture, identity, Burkinabè literature, knowledge transmission.
Références bibliographiques
- Abassague, A. O. (2020). Tiébélé, NEPA/Nouvelles Editions Pensée Africaine, Ouagadougou,
- Bakhtine, M. M. (1978). Esthétique et théorie du roman, Gallimard Paris.
- Bhabha, H. K. (2007). Les lieux de la culture : une théorie postcoloniale, Traduit de l’anglais par Françoise Bouillot (éd. Originale 1994),Payot, Paris.
- Kaboré, B. (2007). « Burkinabisassions du français : Mythe ou réalité ? » in Annales de l’Université de Ouagadougou, Série A, Sciences humaines et sociales, N°5, Ouagadougou, PUO, 139-154.
- Marouzeau, J. (1969). Précis de stylistique française, Masson et Cie,Paris
- Millogo, L. (2002). Nazi BONI premier écrivain du Burkina Faso, La langue bwamu dans Crépuscule des temps anciens, PULIM, Limoge.
- …
