Hors-Série n°17
Hors-série n°17 - Mai 2026
Préambule: La diversité ethnolinguistique constitue l’une des richesses majeures du patrimoine culturel africain. Au Burkina Faso comme ailleurs, les langues dites « minoritaires » ne sont pas de simples instruments de communication. Elles sont les vecteurs d’une mémoire collective, les dépositaires de savoirs endogènes et les fondements d’identités plurielles. Pourtant, ces langues restent souvent marginalisées dans les dynamiques institutionnelles, académiques et socioéconomiques contemporaines. C’est dans cette perspective que s’inscrit la deuxième Journée scientifique et culturelle des minorités ethnolinguistiques (JSCVME), dédiée cette année à la langue Pana. Cette rencontre vise à offrir un cadre de réflexion, d’échanges et de valorisation autour des enjeux liés à la documentation, à la transmission et à la promotion des langues minoritaires, ainsi que des cultures qui leur sont associées. Dans ce présent ouvrage collectif, publié à l’occasion de cette journée, les auteurs s’interrogent sur les langues minoritaires à travers différents axes. Ils y explorent non seulement les structures et les usages de la langue, mais aussi les défis auxquels elle est confrontée dans un contexte de mondialisation et de recomposition des identités. Au-delà de l’intérêt scientifique, cet ouvrage se veut également un acte d’engagement. Il témoigne de la volonté des chercheurs, des acteurs culturels et des communautés concernées de préserver et de promouvoir un patrimoine linguistique fragile, mais fondamental. Il appelle à une prise de conscience collective quant à l’urgence d’agir pour la sauvegarde des langues minoritaires, en encourageant leur intégration dans les systèmes éducatifs, les politiques publiques et les initiatives de développement.
Nous exprimons notre profonde gratitude à l’ensemble des contributeurs, aux membres du comité scientifique et d’organisation, ainsi qu’à tous les partenaires institutionnels et communautaires qui ont rendu possible la tenue de cette journée et la publication de cet ouvrage. L’ouvrage s’inscrit dans le champ des sciences du langage en Afrique, à l’intersection de la sociolinguistique, de la linguistique descriptive, de la stylistique et de l’ethnolinguistique. À travers une diversité de contributions portant sur des langues et pratiques discursives variées, il ambitionne de documenter les dynamiques linguistiques contemporaines dans des contextes marqués par le plurilinguisme, les recompositions identitaires et les mutations sociopolitiques.
Plusieurs contributions s’inscrivent dans une perspective descriptive centrée sur les structures internes des langues. L’étude de Emmanuel Nikiéma, consacrée à l’adzagbé, met en évidence un système d’altération phonologique et morphologique visant à produire une opacité lexicale, caractéristique des sociolectes juvéniles.
Ce type de pratique s’inscrit dans une logique de différenciation sociale et de cryptage linguistique, que l’on peut rapprocher des phénomènes décrits dans les travaux de Louis-Jean Calvet sur les dynamiques de variation et d’appropriation linguistique.
Dans une approche plus systématique, les analyses du système TAM du senar (de Dialia Ouattara et Dieu-Donné Zagré) et des procédés dérivationnels en kar (de Awa Sawadogo 2ème jumelle et Eric Konkobo) mettent en évidence la complexité morphologique et tonale des langues africaines. Un deuxième ensemble de contributions explore les relations entre langage, culture et identité. Le travail signé par Jacques Gnoumou et Rose Ki sur les anthroponymes bua, et celui de Ayassan Bado et Adama Traoré sur la terminologie des denrées alimentaires en lyélé, montrent que les unités nominales fonctionnent comme des condensés de significations sociales et symboliques, rejoignant en cela les analyses de Pierre Bourdieu sur la dimension sociale du langage et sa fonction de marqueur d’appartenance. Dans le champ littéraire, l’étude consacrée à l’imaginaire burkinabè par Dieudonné Tibiri met en évidence les processus d’hybridation linguistique et discursive, à travers lesquels se construisent des identités dynamiques. De même, l’analyse mytho-critique du jeu de quatre cauris révèle la fonction sémiotique du langage dans la transmission des valeurs sociales (Baguima Sylvain Bado et al.).
Les contributions consacrées aux contextes contemporains constituent l’un des apports de l’ouvrage avec les contributions de Abdoul Dramane Karim Compaoré et Sobzanga Edouard Sawadogo, Issa Ouédraogo et Rahinatou Tiekoné. Gérard Yaogo et Koudbila Saïdou, Serge Lazare Ouédraogo ou encore Aïssata Diaby. L’analyse des dynamiques linguistiques en contexte de crise sécuritaire met en évidence les phénomènes de domination linguistique et les mécanismes d’intégration socio-langagière, confirmant les thèses de Joshua Fishman sur la vitalité et la hiérarchisation des langues. Dans le domaine éducatif, l’étude du manuel de français, proposée par Wendkunni Ulrich Kiendrébéogo et Tilado Marie Faustine Wend-kuuni Oubda, souligne la persistance d’un modèle normatif, centré sur la langue dominante, au détriment de la diversité linguistique. Cette situation contribue à reproduire des hiérarchies sociolinguistiques, en limitant la reconnaissance des langues nationales.
Par ailleurs, les analyses portant sur le développement local et l’acculturation linguistique de Biauké Fulgence Nouma, Marius Vodounnon Kpinkponsou, notamment mettent en lumière la dimension politique du plurilinguisme. Elles montrent que la langue constitue un enjeu de pouvoir, influençant l’accès aux ressources, à la participation citoyenne et à la reconnaissance sociale.
SOMMAIRE
02-Description du système tam (temps-aspect-modalité) du senar, langue senufo du Burkina Faso
Dialia OUATTARA & Dieu-Donné ZAGRE
03-Dérivation en kar : procédés et règles tonales (langue gur du Burkina Faso)
SAWADOGO AWA 2ème Jumelle & KONKOBO Eric
Abdoul Dramane Karim COMPAORE & Sobzanga Edouard SAWADOGO
05-Terminologie des denrées alimentaires chez les Lyèla du Burkina Faso
Ayassan BADO & Adama TRAORÉ
06-Analyse de l’engagement de l’hymne de la confédération de l’alliance des états du sahel (AES)
Gérard YAOGO & Koudbila Saïdou KIENTEGA
07–Les anthroponymes individuels Bua dans le village de Koussaro : analyse morphosémantique
Jacques GNOUMOU & Rose KI
Wendkunni Ulrich KIENDREBEOGO & Tilado Marie Faustine Wend-kuuni OUBDA
11-Approche mythocritique du mythe du jeu de quatre cauris dans larmes de tendresse
Baguima Sylvain BADO, Achille YAMEOGO & Emmanuel BATIONO
VODOUNNON TOTIN Kpinkponsou Marius
