N°019_Vol.3_23
- FIGURES FÉMININES ET STRATÉGIES D’ÉMANCIPATION DANS L’ŒUVRE ROMANESQUE DE FOUAD LAROUI
- Mohammed KAHKAHY
- Faculté des lettres et sciences humaines, Cadi Ayyad, Marrakech – Maroc
- Laboratoire de recherche : Limpact
- ORCID iD: 0009-0009-7395-5899
- mkahkahy22@gmail.com
Introduction: Les romans de Fouad Laroui mettent fréquemment en scène des figures féminines évoluant au sein de sociétés traditionnelles où elles sont confrontées au patriarcat qui les maintient dans une position subalterne et de dépendance. Face à ces assignations, leurs stratégies diffèrent. certaines s’y soumettent , d’autres en revanche s’y opposent, affichant ouvertement leurs choix. Fouad laroui propose des femmes, qui à son image, défendent les valeurs des Lumières, dénoncent et combattent les dominations et les différentes discriminations sociales. Dans un premier temps, la présente analyse s’attelle à examiner les manifestations de la soumission avant d’aborder de près les stratégies de résistance qu’elles déploient.
1-La femme face à la domination patriarcale
1.1 L’invisibilisation sociale et économique: La présence prégnante des hommes correspond à une invisibilité des femmes sur l’espace public, autre expression des inégalités de genre ancrées dans les structures sociales et économiques. Le système patriarcal, dominant au Maghreb où se déroulent les romans, privilégie le pouvoir masculin en opprimant les femmes et en limitant leurs opportunités. Le système patriarcal ou évoluent ces femmes se distinguent d’abord par une invisibilisation des femmes dans l’espace public, apanage presque exclusif des hommes qui y règnent en maitre près, par l’oppression exercée sur elles et par le peu d’opportunité qui leur sont accordées.
-La distribution genrée des rôles: Par souci de réalisme, ces récits restent fidèles à la distribution inégale des statuts et rôles. Alors que les hommes s’occupent des activités de production assurant la maîtrise de l’espace public, les femmes, reléguées au second rôle et confinées dans l’espace privé, exécutent des tâches de care : elles s’occupent de la maison, de l’entretien du mari, des fourneaux (Lacoste-Dujardin, 1985, p.45). Sans occupation professionnelle rémunérée, ces femmes-mères exécutent des tâches de reproduction au sein du foyer. Ce destin est communément partagé par les femmes issues des milieux défavorisés ou petits-bourgeois. Vivant au Maroc ou migrantes en Europe, les mères partagent le même sort : elle s’adonnent aux activités de reproduction et de care, laissant à leurs conjoints les activités de production.
-La reproduction intergénérationnelle du modèle: La situation n’a guère changé pour la génération suivante, celle des années 90. Nour, l’épouse de Chifoune, a retenu la leçon de sa mère qui lui a ouvert l’appétit sur la condition de femme au foyer (Laroui, 2005, p.123). Naïma, la conjointe d’Adam dans « Les Tribulations du dernier Sijilmassi », semble avoir hérité du même modèle. La socialisation a bien fonctionné puisque les filles ne se sont pas écartées du modèle traditionnel. « Les deux sœurs étaient chez elles, à Oss et à Gouda, à s’occuper de leurs petites familles. Toutes deux étaient mariées à des cousins lointains » ( Laroui, 2009 :92). Les filles ne se sont pas écartées de la voie tracée par les mères et semblent avoir incorporé le rôle d’épouses soumises. L’éducation familiale était à l’époque peu concurrencée par la scolarisation.
Résumé : Cette étude analyse les figures féminines dans l’œuvre romanesque de Fouad Laroui confrontées aux mécanismes de domination patriarcale (invisibilisation sociale, appropriation du corps, enfermement , mariage forcé). Face à ces contraintes , les personnages déploient diverses stratégies de résistance : ruse et manipulation pour survivre dans l’ordre existant, conquête du savoir comme levier d’émancipation , redéfinition des relations amoureuses et familiales, jusqu’à la rupture radicale avec les normes hétérosexuelles et religieuses. A travers ces parcours , Laroui affirme une conception dynamique de l’identité féminine comme devenir et non comme destin figé.
Mots-clés : Identité, Domination, Emancipation, Postmoderne, Résistance.
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