• EXAMEN DE LA THEATRALITE DU CONTE IBOBULU POUR UN THEATRE D’EXPRESSION ESPAGNOLE
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  • Jacques Rodrigue AKOU MEYONG
  • École Normale Supérieure/Libreville Gabon
  • Département espagnol
  • ORCID iD : 0009-0002-4901-3710
  • akilerodrigue@gmail.com

Introduction: À l’instar des nombreuses mises en forme et mises en scène des contes ou livres pour enfants en occident (M. BERNANOCE, 2014 : 1), il est clair que la relation conte-théâtre est désormais plus qu’évidente. En plus, si le conte fantastique des héros de Walt Disney se représente dans les lieux de théâtre, quels qu’en soient les acteurs ou les spectateurs, ce ne sera pas le conte traditionnel africain qui raserait les murs. Surtout que le conte africain est loin de vraisemblance avec les contes dits « détournés » destinés à des élèves de sept à douze ans et ayant des héros de complaisance portés par les titres tels que Blanche neige, Jacques et le haricot magique ou Le petit chaperon rouge (B. FERRIER, 2011 : 26-27). En effet, la dimension caractérielle et expressive du conte africain refuse que celui-ci soit considéré aux principes limités de « voir et entendre », car il s’agit d’un conte riche d’enseignements et de renseignements sur la société qui le fit naître. G. CALAME GRIAULE (1978, cité par A. NJAPNDUNKE, 1980 : 4) disait en ce sens que « Le conte est un récit, une dramatisation, mettant en scène des personnages imaginaires, humains, animaux ou surnaturels, et situant leurs aventures dans un cadre imaginaire. Les personnages et le cadre du conte se superposent à ceux du monde réel ». Dans le même sens, Marius N’GUESSAM ANO (cité par R. S. HOMERO BARBE, 2020 :56) ajoutera que le conte [africain] est « un récit oral, populaire [et vivant], traditionnel, à tendance ludique, didactique, magique, fictif ou réaliste, reflétant une certaine “vision du monde” de la communauté qui l’a produit ». Ces déclarations semblent ratifier le lien manifeste entre le conte africain et le genre théâtral dans toute sa généralité liée à la théâtralité ; un concept qui plait à notre article, puisque « le théâtre donne à voir et à entendre, certes, mais cela ne suffit pas pour qu’il soit également pourvoyeur d’énergie active dans cette relation scène/salle. » (A. AMO, C. EGGER, M. MARTINEZ., A. SURBEZY, 2005 :18). En d’autres termes, le conte et le théâtre convergent sensiblement dans la transmission, à un public donné, de la morale et du bon sens. C’est d’ailleurs pour cette raison que « cet art de la parole se place au centre de l’éveil créateur de certains dramaturges et metteurs en scène africains. » (R.S. HOMERO BARBE, 2020 : 54). Cependant, même si les thématiques et les finalités contribuent à l’élaboration des pièces de théâtre à partir des contes, qu’en est-il de leurs outils respectifs de transposition scénique ou de mise en scène naturelle ? Aussi, la transposition interculturelle, envisageable dans la théâtralité, suffirait-elle à justifier l’adaptation du conte Ibobulu dans l’univers dramatique espagnol ? En plus, quel est l’impact de l’adoption des codes du théâtre d’expression espagnole sur les éléments naturels et originels du conte Ibobulu ? À ces préoccupations, s’ajoute une dernière encore plus importante : Comment démontrer et justifier la présence des outils génériques de la dramaturgie (de la mise en scène à la réception) dans le résultat hybride du conte Ibobulu en langue espagnole ?  

L’objectif de cet article est de suggérer les outils pouvant démontrer que le conte Ibobulu peut se soustraire de son caractère traditionnel oral, de son espace villageois et de son moment favori des veillées du soir autour du feu, pour ainsi faire partie de la grande famille du théâtre d’expression espagnole. Cependant, la matérialisation dudit projet exige une étude fouillée afin d’affirmer ou infirmer la présence des aliments dont se nourrit la théâtralité d’un texte dramatique. Pourtant, depuis des années 1930[1] (R.S. HOMERO BARBE, 2020 : 55), les dramaturges africains s’inspirent déjà du conte traditionnel africain pour élaborer les pièces de théâtre avec toutes les transpositions scéniques possibles. Cette réussite est due certainement à la maîtrise et au maintien des langues traditionnelles entre africains, alors que ces textes dramatiques doivent leur succès et leur célébrité à la convergence des mises en scène naturelle du conte africain avec les mises en forme universelle du théâtre moderne. Ainsi, l’hypothèse formulée de cette étude consiste à affirmer que, pour que le conte Ibobulu soit accepté dans l’universalité du théâtre d’expression espagnole, l’auteur dramaturge devrait respecter le processus d’hybridation dramatique qui consiste à quitter la forme primitive du conte pour une mise en forme plus conformiste aux codes dramatiques universels du théâtre espagnol. Et pour ce faire, l’auteur dramaturge devrait procéder à deux étapes très importantes : la traduction et la transposition. L’auteur doit traduire le conte de sa langue maternelle pour l’espagnol en respectant la « traduction pédagogique » (L.S. OKOME ENGOUANG, B.A. BOUANGA, 2022 : 364-365). Après la traduction, l’auteur doit procéder au croisement des éléments naturels narratifs du conte (narrateur, dialogue, personnages, lieu de l’action, etc.) aux dispositifs scéniques recommandés par la théâtralité. Ainsi, l’étude fouillée de ce travail se fera en deux grands moments. Le premier moment consistera à une construction théorique et pratique en vue de faciliter la compréhension du thème. Quant au second moment, il sera question de traduire, réécrire et examiner la théâtralité proprement dite du conte Ibobulu pour son adoption ou pas dans le théâtre d’expression espagnole.

  • [1] Probable naissance du théâtre africain.

Résumé : À cause de son caractère traditionnel reposant sur l’oralité et non sur l’écriture, le conte africain rencontre de nombreuses difficultés à se fondre dans le monde de la littérature en général, et dans celui du théâtre en particulier. Pourtant, en occident, plusieurs contes fantastiques de Walt Disney sont transposés en textes dramatiques et représentés dans les lieux dits de théâtre. L’objectif que se fixe notre article est d’abord de faire connaitre le conte Ibobulu avant de proposer son adoption par le théâtre d’expression espagnole. Son adoption à ce monde reposera sur deux aspects très importants, notamment la réécriture pour son adaptation dramatique en langue espagnole et l’examen fouillé d’une possible théâtralité qui fera de ce conte un véritable texte dramatique. Nous tenterons donc de mettre en évidence toutes les caractéristiques et méthodes traditionnelles du conte africain que nous croiserons avec les outils d’analyse du texte dramatique selon une perspective hypertexte soutenue par les recherches sur l’approche méthodologique d’analyse des textes dramatiques d’Antonia AMO SANCHEZ, Carole EGGER, Thomas Monique MARTINEZ et Agnès SURBEZY.

Mots-clés : Examen, Conte, Ibobulu, Théâtre, expression espagnole.

EXAMINING THE THEATRICALITY OF THE IBOBULU TALE FOR SPANISH-LANGUAGE THEATRE

 Abstract: Because of its traditional nature, based on orality and not on writing, the African tale encounters many difficulties in blending into the world of literature in general, and that of theatre in particular. However, in the West, several of Walt Disney’s fantastic tales have been transposed into dramatic texts and performed in so-called theatres. The aim of this article is first to make the Ibobulu tale better known before proposing that it be adopted by Spanish-language theatre. Its adoption to this world will be based on two very important aspects, namely the rewriting for its dramatic adaptation in Spanish and the detailed examination of a possible theatricality that will make this tale a true dramatic text. We will therefore attempt to highlight all the traditional characteristics and methods of the African tale, which we will cross-reference with the tools for analysing the dramatic text from a hypertextual perspective supported by the research of Antonia A, Carole E., Monique M., Agnès S. on the methodological approach to analysing dramatic texts.

Keywords: Tale, Rewriting, Ibobulu, Theatre, Spanish Expression.

Références bibliographiques

  • AMO S. A., EGGER C., MARTINEZ THOMAS M., SURBEZY A. (2005), Le théâtre contemporain espagnol : Approche méthodologie et analyse de textes, Presses universitaires de Rennes.
  • BERNANOCE M. (2014), « Conte et théâtre : quand le récit hante les dramaturgies jeunesse : Le cas de Cendrillon de Joël Pommerat », Agôn [En ligne], HS 2 | 2014. Consulté le 04 février 2026. Url:http://journals.openedition.org/agon/3109.
  • FERRIER B. (2011), « Le conte au théâtre : un genre remotivé », Synergie France No 8, Université d’Artois Arras, pp. 23-29. Url : https://gerflint.fr/Base/France8/ferrier.pdf. Consulté le 02 février 2026.
  • HOMERO BARBE R. S. (2019), « Les traditions orales en Afrique : une exploration du conte comme source d’inspiration du théâtre moderne africain », Horizons/Théâtre [En ligne], consulté le 07 février 2026. URL : ht-1002.pdf.
  • LEBRUN M. (1994). « Pour une exploration du conte africain en classe », Québec
  • français, (92), 43–45. [Mars 2024]. Url : https://id.erudit.org/iderudit/44483ac.Consulté le 10 février 2026.
  • Moez Rebai et Makki Rebai (2026), « Argumentaire », Littératures [En ligne], 74 | 2016. Consulté le 17 février 2026. URL : 74 | 2016 Pratiques et enjeux de la réécriture.
  • MVOU P. (2017), «El cuento de J. L. González como soporte didáctico para la promoción de los valores morales en el alumnado gabonés», Los valores en la educación de África de ayer a hoy, Salamanca, Ediciones Universidad, pp. 323 – 336.
  • NJAPNDUNKE A. (1980), les contes africains, mémoire, école nationale supérieure de bibliothécaires,16èmepromotion.https://www.enssib.fr/bibliothequenumerique/documents/63044-les-contes-africains.pdf . Consulté le 02 février 2024.
  • OKOME ENGOUANG Liliane Surprise, BOUANGA Beverly Aude (2022), « La violence en milieu scolaire gabonais : quand la traduction pédagogique de La niña que curó el racismo de Inongo-vi-Makomè y apporte des solutions », in Akofena n°006, Vol.4, pp. 361-378. Consulté le 13/02/2026. https://www.revue-akofena.com/wp-content/uploads/2022/09/30-T06v05-34-Liliane-Surprise-OKOME-ENGOUANG-Ep.-NZESSEU-Beverly-Aude-BOUANGA_361-378.pdf.