N°019_Vol.2_3
- VARIATIONS AUTOUR DU CORPS : AMBIVALENCE ET SEXUALITE
- Horty Céleste MBAZOGHE REGNOGA
- Université Omar Bongo
- LAIC (Littérature, Arts et Imaginaires Culturels)
- CELIG (Centre d’Etudes en Littérature Gabonaise et d’Analyse du Discours)
- ORCID iD : 0009-0009-4865-98-60
- mbazoghehorty123@gmail.com
- &
- Didier TABA ODOUNGA
- Maître de Conférences/CAMES
- Université Omar Bongo
- odjouani@yahoo.fr
Introduction: À partir des années 1960, la littérature africaine écrite présente une évolution considérable tant sur la qualité que sur la quantité des œuvres qu’elle propose. Ainsi, au centre des transfigurations esthétiques dans la littérature d’Afrique francophone, il apparaît une forme particulière d’écriture plus sensuelle voire plus sexuelle, visant à traduire les mœurs sociales à travers un vocabulaire emprunté à la sexualité. De cette manière, la sexualité consiste à situer le corps humain dans un environnement propre à son épanouissement physique, psychologique et spirituel. Ceci en tenant compte de ses ambiguïtés extérieures (la société) et de ses ambiguïtés intimes (désirs, passions, fantasmes etc…). Ainsi, le choix de toutes variations autour du corps implique nécessairement les plans hétérosexuel et homosexuel, car ces orientations permettent d’analyser les liens entre sexualité et spiritualité. Cela sous-entend une approche intégrative du corps comme vecteur d’exploration spirituelle où la diversité sexuelle n’est pas accessoire mais constitutive. Cette conception s’inspire des perspectives philosophiques et spirituelles, où le corps transcende le biologique pour devenir un champ d’expérience métaphysique.
Pour la société en générale, le corps de sexe masculin doit être essentiellement poussé vers celui de sexe féminin. Cependant, il se trouve que la littérature vient au fait de déconstruire la représentation du corps en introduisant une occurrence marginale : le corps de soi dévoilé par le corps du même sexe ou l’homosexualité (masculine et féminine). À côté de cela, la sexualité dans l’univers anthropologique africain symbolise le rituel ou le cosmos insensible n’est pas en reste, car la sexualité implique à l’avenant la spiritualité. Dans ce contexte, il n’est pas question d’activation des sens. Il est question d’initiation au sexe et connaissance de soi à travers son attaché mystique d’une part et acquisition d’une certaine opulence financière régie sous le prisme d’une sexualité ritualisée d’autre part. Ainsi, le corps devient un objet d’accouplement physique et spirituel. Pour une meilleure compréhension de notre analyse, il y a lieu de se demander, comment l’univers intime de l’Homme révèle-t-il l’identité avérée du corps? Le domaine métaphysique impliquant les corps réel et imaginaire, suffit-il à la démonstration de l’acte sexuel transcendantal ? Partant de ce constat, les hypothèses qui sous-tendent cette recherche, partiraient de l’exploration intime du corps sous les angles de l’hétérosexualité et de l’homosexualité. Celle-ci nécessitant la connexion à l’autre. Aussi, semblerait-il que la sexualité pourrait se lire dans une dimension métaphysique qui révèlerait l’union des corps visibles et invisibles. L’enjeu pour nous est d’identifier la sexualité sous ses diverses modalités dans la société textuelle et de montrer comment elle s’articule dans le monde intelligible. Pour ce faire, cette étude se servira de l’Ethnocritique. Notons que Le terme est fondé par Privat Jean-Marie.
Tout compte fait, l’ethnocritique vise à expliciter les enjeux culturels des textes littéraires. De ce fait, chez nos auteurs, la sexualité n’est pas seulement un fait social ou sexuel, elle devient une quête de l’absolu et cela, une lecture Ethnocritique peut le révéler en montrant comment les représentations sociales de la sexualité sont détournées pour produire une vision presque mystique. Notre analyse ne se limitera pas à faire une simple observation de l’être humain dans sa société, mais plutôt à dépasser cette vision apparente du corps à travers la lecture d’une sexualité métaphysique. Ainsi, corps et sexualité renverraient de fait, au sexe, aux imaginaires, aux multiples pratiques, à l’ensemble des figurations physiques (fantasmées) ou immatérielles (spirituelles), aux valeurs et aux contextes. Aussi, nous comptons interroger l’Afrique comme géographie littéraire afin d’asseoir les analyses qui y seront faites. Notre corpus analytique se compose des textes de Beyala Calixthe, de Melibea Obono Trifonia, d’Okoumba-Nkoghé Maurice et d’Owondo Laurent avec respectivement Femme nue, femme noire (2003); La bâtarde (2020); Le signe de la source (2014) et Au bout du silence (1985).
Résumé : Affiliée au mélange intime de deux corps, impliquant la sensualité, les fantasmes, la quête du plaisir, l’acceptation considérée comme la norme (hétérosexualité) et le refus (homosexualité), la sexualité se réfère à une tendance naturelle activée par les sens. En outre, la sexualité en Afrique ne se réduit pas exclusivement au plaisir sexuel. Elle peut être focalisée dans le domaine de la spiritualité, embrassant l’occultisme. Cette proposition entend démontrer deux aspects de la sexualité : d’une part, la sexualité sur le plan social conduisant à la matérialisation d’une identité et d’autre part, la sexualité dans une dimension métaphysique impliquant les corps réel et imaginaire pour une lecture inéluctable du « conjoint invisible ».
Mots clés : sexualité, sensualité, corps réel, corps imaginaire, métaphysique
VARIATIONS AROUND THE BODY: AMBIVALENCE AND SEXUALITY
Abstract : Associated with the intimate bleding of two bodies, involving sensuality, fantasies, the quest for pleasure, acceptance considered the norm (hétérosexuality) and rejection (homosexuality), sexuality refers to a natural tendency activated by the senses. In addition, sexuality in Africa isn’t limited exclusively to sexual pleasure. It can be focused on spirituality, embracing the occult. This proposal intends to demonstrate two aspects of sexuality : on the one hand, sexuality on a social level leading to the materialization of an identity, and on the other, sexuality in a metaphysical dimension involving the real and imaginary bodies for an inescapable reading of the « invisible spouse ».
Keywords : sexuality, sensuality, real body, Imaginary body, metaphysical
Références bibliographiques
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- Freud Sigmund (1905/2012). Trois essais sur la théorie sexuelle et le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient. Paris, Société Psychanalytique de Paris.
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- Mombo, Charles Edgar. (2021). « L’homosexualité à l’œuvre chez Sami Tchak et Okoumba-Nkoghé ». Les Grands Auteurs Gabonais N°3, p.43-56.
- Obono Melibea, Trifonia. (2020). La bâtarde. Paris, Passages.
- Okoumba-Nkoghé, Maurice. (2013). Elo, la fille du soleil. Yaoundé, Clé.
- Okoumba-Nkoghé, Maurice. (2014). Le signe de la source. Yaoundé, Clé.
- Owondo, Laurent. (1985). Au bout du silence. Paris, Hatier.
- Rapontchombo, Gaston. (2005). Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires du Gabon, Libreville, Les Editions du silence.
- Rubers, Brigitte. (2008). « L’homme hyper-moderne : une mutation inquiétante du psychisme humain ». Actualités en analyses transactionnelles N°128, https://shs.cairn.info/revue-actualites-en-analyse-transactionnelle-2008-4-page-1?lang=fr , Consulté le 12 décembre 2024.
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- Taba Odounga, Didier. (2010). « Incipit et excipit. Lecture des effets de seuil dans Au bout du silence ». Le livre exosomate, de la nature à la culture. P.59-74.
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- Tonda, Joseph. (2021). Afrodytopie, la vie dans le rêve d’autrui. Paris, KARTHALA.
