• À L’EXCLUSION SOCIOLINGUISTIQUE DANS LES GRINS DE THÉ À OUAGADOUGOU
  •  
  • Wendnonga Gilbert KAFANDO
  • Département des Sciences du Langage
  • Université Joseph KI-ZERBO/Burkina Faso
  • ORCID iD: 0009-0002-5107-4985
  • wendnonga@yahoo.fr

Introduction: A l’instar de la ville de Ouagadougou et de l’ensemble du pays, les grins de thé de la capitale burkinabè sont caractérisés par la diversité linguistique. En effet, ceux-ci accueillent en leur sein des jeunes de toutes les communautés linguistiques vivant au Burkina Faso, une soixantaine (Kedrebeogo et al., 1988), sans à première vue la moindre discrimination. Cependant, une observation minutieuse des propos et attitudes linguistiques de certains membres laisse penser que d’autres sont parfois victimes de ce que Blanchet appelle glottophobie :

« Le mépris, la haine, l’agression, le rejet, l’exclusion, de personnes, discrimination négative effectivement ou prétendument fondés sur le fait de considérer incorrectes, inférieures, mauvaises certaines formes linguistiques (perçues comme des langues, des dialectes ou des usages de langues) usitées par ces personnes, en général en focalisant sur les formes linguistiques (et sans toujours avoir pleinement conscience de l’ampleur des effets produits sur les personnes). » Blanchet (2019 :44)

De tels comportements linguistiques sont de nature à éroder le vivre-ensemble, avec en toile de fond la dislocation éventuelle des « grins de thé ». C’est pourquoi la présente recherche met à l’ordre du jour le problème de la glottophobie dans les grins de thé : comment la glottophobie se manifeste-t-elle dans les grins de thé dans la ville de Ouagadougou ? Quelles en sont les conséquences sur les locuteurs stigmatisés et leurs groupes sociaux ? Comment combattre ce phénomène ? Pour répondre à ces différentes interrogations, nous formulons respectivement ces trois hypothèses : (i) la glottophobie se manifeste diversement dans les grins de thé ; (ii) la glottophobie engendre des conséquences psychologiques, sociales et linguistiques ; la lutte contre la glottophobie passe par l’adoption de plusieurs mesures. Pour statuer sur ces postulats, nous nous fixons pour objectifs de décrire les différentes formes de manifestation de la glottophobie, d’analyser ses conséquences sur les locuteurs stigmatisés et leurs groupes sociaux et de proposer des mesures à adopter pour la combattre. Pour rendre compte de l’étude, nous organisons le présent travail en trois grands axes : approche théorique ; approche méthodologique ; résultats et discussion.

Résumé : A Ouagadougou, comme un peu partout ailleurs au Burkina Faso, se forment spontanément, dans tous les quartiers, des groupes de jeunes se retrouvant régulièrement pour discuter autour du thé. Ces groupes sociaux, communément appelés grins de thé, accueillent a priori tous les jeunes sans discrimination aucune. Toutefois, dans leur fonctionnement, les propos et comportements de certains membres s’apparentent à une discrimination et à une stigmatisation linguistique, autrement dit, à la glottophobie (Blanchet, 2019 :44), pouvant compromettre la cohésion sociale, pourtant principe fondateur de ces groupes. Fort de cela, nous voudrions, à travers la présente recherche, cerner les différentes manifestations de la glottophobie et ses conséquences dans ce milieu et proposer des solutions. Pour ce faire, la méthode mixte, qualitative et quantitative, a été adoptée, en combinant l’observation directe, l’observation participante, le questionnaire et les entretiens semi-directifs auprès de 10 grins de thé. Les résultats ainsi obtenus révèlent diverses formes de glottophobie : les corrections d’erreurs, l’attribution de sobriquets, les rires moqueurs, la stigmatisation de l’accent ethnique et de l’alternance codique et l’attribution d’étiquettes ethnicolinguistiques. Toutes choses qui entraînent l’inhibition linguistique, la marginalisation et les tensions sociales. D’où la nécessité d’assainir les représentations linguistiques, de promouvoir les langues nationales minoritaires et le translanguaging à l’école, tout en adoptant un code de bonne conduite linguistique.

 Mots-clés : glottophobie, grin de thé, discrimination linguistique, stigmatisation linguistique, inclusion sociale

Références bibliographiques

  • Aniwo, W. et Gazari, J. (2024). Défis de prononciation des sons [ʃ] et [ʒ] par les apprenants de FLE à NAVRONGO S.H.S. Ziglôbitha, Revue des Arts, Linguistique, Littérature et Civilisations, 161-178
  • Balima, P. (1997). Le mooré s’écrit ou Manuel de transcription de la langue mooré. Ouagadougou : Presses africaines S.A.
  • Blanchet, P. (2016). Discriminations : combattre la glottophobie. Paris : Textuel, coll. « Petite Encyclopédie critique », Première édition