• LA DYNAMIQUE DE LA VENGEANCE (SÈRÈ ZÈ[1]) DANS QUELQUES PRODUCTIONS ROMANESQUES D’ETIENNE GOYEMIDE
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  • Pierre Stéphane DOUI
  • Enseignant-Chercheur
  • Faculté des Lettres et Sciences Humaines
  • Département de Lettres Modernes
  • B.P. : 1450
  • Université de Bangui – RCA
  • dpeirrestephane@yahoo.fr / stephane205sam@gmail.com

[1] Le Sèrè Zè est une lance filante mystique que le vengeur (surtout dans l’ethnie Gbaya de Centrafrique) lance de nuit pour aller atteindre l’auteur du mal lorsque les preuves sont tangibles. Sinon, la lance revient sur le lanceur.

Introduction: La notion de la vengeance a fait beaucoup couler d’encre chez certains écrivains, dans le monde, dont certains écrivains africains, également. Cette question de la vengeance relève d’abord d’un ressentiment, bien qu’elle soit une forme d’action. Elle consiste à chercher à tout prix une cause au mal qui affecte et à son élimination quoi qu’il en coûte. Elle existe depuis fort longtemps et a même été évoquée dans la Bible. Elle a donc profondément marqué l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, la notion de la vengeance fait partie de la seconde nature de l’homme, quels que soient sa valeur et son rang social. Elle est considérée comme un élément inné chez tous les êtres vivants sur terre et se manifeste de manière différente au milieu humain aussi bien qu’au milieu animal. C’est ce que nous décryptons dans quelques productions romanesques d’Etienne Goyémidé, notamment La vengeance noire (1983) et Le Dernier survivant de la caravane (1985). Souvent conçue dans le psychisme humain, la notion de la vengeance s’exprime parfois hors de la maîtrise de soi. Son impact crée une situation d’angoisse dans la famille victime de cette attitude nuisible. A travers les études faites dans les œuvres littéraires de cet auteur, nous remarquons que la vengeance constitue un mal dans l’ethnie Banda de Centrafrique. Les acteurs de la vengeance trouvent utile, même nécessaire de faire recourir à la violence pour compenser une offense subie. C’est ce qui revient souvent dans les propos des personnages qui reprennent à leur compte le proverbe suivant : « la vengeance est un plat qui se mange froid » (Dictionnaire le Grand Robert de la langue française, 2022 : 672). Cela prouve que la vengeance est le fruit d’une longue patience, de vérification. Et il faut savoir comment se venger au risque de ne pas en subir les conséquences néfastes sur soi-même (Sèrè Zè). Ainsi, nous nous posons un certain nombre de questions pouvant orienter notre réflexion : En quoi la vengeance décrite dans quelques productions romanesques d’Etienne Goyémidé révèle-t-elle à la fois une réponse à la justice et une source de souffrance personnelle et ou collective ? Quels sont les facteurs qui peuvent déclencher le recourt à la vengeance, selon Etienne Goyémidé ? La vengeance telle que la conçoit Etienne Goyémidé est-elle un moyen de se libérer ou une manière de se révolter contre un adversaire ? Le devoir de vengeance ne peut-il pas encore engendrer une autre vengeance.

Ces différentes questions de recherche auront des réponses appropriées tout au long de l’analyse. Toutefois, en abordant ce sujet de réflexion, nous avons fixé quelques objectifs.

En effet, Etienne Goyémidé a tendance à mettre en exergue dans sa production littéraire les thèmes de l’injustice, de la violence, de l’esclavage, de la maltraitance, du mysticisme, etc., qui seraient à l’origine de la vengeance. Les objectifs (principal et secondaire) recherchés en nous préoccupant de cette thématique, sont de réfléchir sur la dynamique de la vengeance telle que fictionnalisée par Etienne Goyémidé. Subsidiairement, l’article vise à déterminer les facteurs dynamisants la vengeance ; les enjeux de la vengeance ; de mettre en lumière la critique implicite de la vengeance, c’est-à-dire l’auteur valorise la vengeance ou la condamne en analysant si la vengeance mène à une vraie réparation ou à plus de souffrance. En fin de compte, voir dans quel contexte peut-on surpasser la vengeance pour réduire sa redynamisation. Mais examinons d’abord le contexte ayant suscité l’intérêt porter à cette thématique.

Résumé : Le thème de la vengeance (Sèrè Zè) a suscité beaucoup d’intérêts chez les écrivains, entre autres Etienne Goyémidé. La notion de la vengeance relève d’abord d’un ressentiment, bien qu’elle soit une forme d’action. Elle consiste à chercher à tout prix une cause au mal qui affecte et à l’éliminer quoi qu’il en coûte. La vengeance qui a profondément marqué l’histoire de l’humanité existe depuis fort longtemps et a même été évoquée dans la Bible, considérée comme le premier livre de la littérature. Aujourd’hui encore, la notion de la vengeance continue de faire son chemin dans le monde. Elle fait partie de la seconde nature de l’homme, quels que soient sa valeur et son rang social. Puisque la vengeance prend naissance dans le psychisme avant d’être manifeste, le présent article se propose, en s’appuyant sur la psychocritique élaborée par Charles Mauron, de décrire son dynamisme, d’analyser ses manifestations et ses enjeux et d‘interpréter les métaphores obsédantes de l’auteur.

Mots-clés : Dynamique, vengeance, enjeux, romanesque, mythe personnel, Etienne Goyémidé.

Références bibliographiques

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  • Freud, S. (1930). Le Malaise dans la civilisation, Paris, Gallimard
  • Goyémidé, E. (1983). La vengeance noire, Paris, l’Harmttan
  • Goyémidé, E. (1985). Le dernier survivant de la caravane, Paris, Hatier, « Monde Noir Poche »
  • Kane, H.-C. (1961). L’aventure ambiguë, Paris, Julliard, « 10/18 »
  • Mauron, Ch. (1997). Critique littéraire, traducteur et Poète français, inventeur d’une méthode de lecture et d’interprétation des textes inspirés de psychanalyse et appelée psychocritique, in https://www.jose-carti.Fr/titres.lexessais).
  • Mauron, Ch. (1999). Des métaphores obsédantes au mythe personnel. Introduction à la psychocritique, in http://www.josé-corti.fr/titresessai/des-metaphores-mauron.html
  • Niane, T.-D. (1960). Soundjata ou l’épopée Mandingue, Paris, Présence Africaine
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  • Ugochukwu, F. (2006). La perception de l’islam chez Goyémidé : Le dernier survivant de la caravane (1985), in Les cahier du CRELCEF : www.uwo.CA/french/grelcef/cahiers.intro.htm N°8.