N°019_Vol.1_04
- ANALYSE MORPHOSEMANTIQUE DE LA TERMINOLOGIE DES DERMATOSES EN LANGUE KROUMEN
- Assouan Pierre ANDREDOU
- Université Félix Houphouët-Boigny
- ORCID iD: 0009-0002-1061-3890
- pierreandredou@yahoo.fr
- &
- Kouassi Cyrille LOUA
- Université Félix Houphouët-Boigny
- ORCID iD: 0009-0001-9399-9719
- kouassi.loua@outlook.com
Introduction: Dans le domaine des sciences médicales, les langues locales occupent une fonction primordiale (Eppié 2024) Non seulement c’est par la langue que se fait l’identification et l’expression des problèmes de santé que l’homme ressent et pour lesquels il va donc demander secours à ceux qui l’entourent, mais c’est aussi par la langue que s’effectue tout le processus d’éducation et d’information, qui jouent un rôle fondamental dans le développement sanitaire. De nombreux malades n’ont pas pu bénéficier du traitement qui aurait pu les soigner, faute d’avoir été compris. De même, nombre de médecins ne parviennent pas à exercer pleinement leur art ni à tirer profit des avancés de la science médicale moderne, parce qu’ils ne comprennent pas toujours, parfois même à leur insu, ce que l’on cherche à leur communiquer. Par ailleurs, plusieurs programmes d’actions sanitaires n’ont pas produit les résultats attendus en raison d’une incompréhension entre les différents interlocuteurs (Dakaté, 1988). Ces constats mettent en évidence l’importance effective de la communication, notamment à travers la langue, dans le domaine médical. Le rôle du langage dans la médecine ne se limite pas seulement à l’expression des symptômes ou à la prescription des traitements. Il s’étend également à la terminologie utilisée pour décrire les pathologies, les traitements et les processus de guérison. En Afrique, et notamment en Côte d’Ivoire, les langues ivoiriennes, comme le Kroumen, jouent un rôle essentiel dans les interactions quotidiennes, y compris dans le domaine médical car aussi longtemps que l’homme s’interrogera sur l’origine de sa vie et le pourquoi de ses souffrances et de sa mort, il continuera d’accorder une place dominante aux réponses qui lui proviennent de sa culture. Cette étude part du postulat général selon lequel la langue kroumen dispose de ressources internes et externes pour désigner les maladies de la peau. La problématique qui sous-tend cette réflexion s’énonce comme suit : quels sont les procédés naturels dont dispose le kroumen pour la création des termes en rapport avec les dermatoses ? Quels sont les procédés terminologiques des affections liés à la peau en kroumen ?
Cette étude postule que la langue kroumen dispose de ressources internes et externes pour désigner les maladies de la peau.
L’analyse menée dans ce travail repose sur l’intégration de deux cadres théoriques : la terminologie culturelle et la néologie lexicale. L’approche culturelle développée par Marcel Diki-Kidiri (2007), l’approche culturelle de la terminologie place la culture, l’identité et l’appropriation des réalités nouvelles au cœur de sa recherche. Cette approche a pour objectif principal l’appropriation des nouveaux savoirs et des savoir-faire qui font leurs entrées dans la société. Quant à la néologie lexicale, son choix s’impose naturellement en raison de sa pertinence pour l’analyse des évolutions linguistiques dans des secteurs spécialisés. Les mots formés à partir de la néologie lexicale ne sont pas par hasard, mais sont le produit d’une invention raisonnée et du génie humain.
L’objectif de cette recherche est d’analyser les différents mécanismes de dénomination des dermatoses en kroumen. Cette description permettra, à notre sens, de faciliter la communication entre les kroumenphones et les agents de santé francophones, plus spécifiquement entre dermatologue et locuteur kroumen. Par ailleurs, à travers cette mise en lumière des procédés de formations des dermatoses en kroumen, nous voulons mettre à la disposition des praticiens de la traduction et aux acteurs du système médical, une terminologie qui va respectivement servir dans le domaine de la traduction et dans le domaine de la santé publique. Ce travail de recherche est reparti en trois (03) parties. La première s’intéresse aux matériels et à la méthodologie. La seconde met en exergue les résultats de ladite recherche. Et la troisième partie est consacrée à la discussion.
Résumé : Le kroumen est une langue ivoirienne du groupe kru, principalement parlée dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire. À tradition essentiellement orale, cette langue joue un rôle central dans les interactions sociales quotidiennes, notamment dans le domaine de la santé, où elle constitue un vecteur privilégié de communication entre les populations locales. Cette étude vise à identifier et à de décrire les procédés divers linguistiques mobilisés par les locuteurs kroumen pour la dénomination des affections cutanées. Elle met en évidence les ressources internes de la langue. L’analyse repose sur un corpus recueilli lors d’enquêtes de terrain menées auprès de locuteurs natifs, à partir d’entretiens semi-directifs. Le cadre théorique articule deux approches complémentaires : la terminologie culturelle, qui met l’accent sur l’ancrage socioculturel des désignations, et la néologie lexicale, qui permet d’analyser les mécanismes de création terminologique. L’analyse du corpus montrent que la terminologie dermatologique dans ladite langue repose sur une diversité de procédés morphologiques. Nous avons entre autres, les nominaux simples, la composition (simple et complexe). À ces mécanismes de formation lexical s’ajoute une néologie sémantique fondée sur des mécanismes métaphoriques et métonymiques, qui traduisent une conceptualisation des maladies étroitement liée à l’expérience corporelle et aux représentations culturelles des locuteurs. L’étude révèle ainsi que la langue kroumen dispose d’un système terminologique cohérent et fonctionnel, capable d’exprimer des réalités médicales spécialisées. Cette recherche met en lumière l’importance de la valorisation des langues locales dans la communication médicale et ouvre des perspectives pour l’amélioration des échanges entre locuteurs kroumenphones et professionnels de santé francophones.
Mots-clés : dermatologique, kroumen, morphosémantique, néologie sémantique, terminologie
Références bibliographiques
- Auroux, S. (2004). La révolution technologique de la grammatisation. Liège : Mardaga.
- Beacco, J.-C. (2003). L’approche par compétences dans l’enseignement des langues. Paris : Didier.
- Blanchet, A., & Gotman, A. (2010). L’enquête et ses méthodes : l’entretien (2e éd.). Paris : Armand Colin.
- Diki-Kidiri, M. (2007). élément de terminologie culturelle. In Rifal(N°26), pp 14-27 .
- Dubois, J. (2002). Dictionnaire de linguistique. Paris : Larousse.
- Dubois, J. & al. (2001). Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage. Paris : Larousse.
- Eppié, A. M. (2024). Enjeux (risques) des barrières linguistiques à l’accès aux soins de santé et mécanismes de transmission des langues locales dans le système de santé en Côte d’Ivoire. Akofena, numéro varia 12(1), 199–208.
- Guilbert, L. (1975). La créativité lexicale. Paris : Larousse.
- Habif, T. P., & al. (2016). Skin disease : Diagnosis and treatment (4th ed.). Philadelphia, PA : Elsevier.
- Laporte, É. (2015). La composition lexicale en français. Paris : Presses universitaires de France.
- Leclère, C. (2011). La néologie sémantique. Paris : Ophrys.
- Liu, X. (2025). Use of metaphor in provider-patient communication in medical settings: A systematic review. Patient Education and Counseling.
- Messaoudi, L. (2013). Langues de spécialité et technolectes. Alger : Office des publications universitaires.
- Murray, P. R. (2014). Medical microbiology (7th ed.). Philadelphia, PA : Elsevier.
- …
