LA LITTÉRARITÉ DE L’ANTILLANITÉ ET L’IDENTITÉ ANTILLAISE DANS MAHAGONY D’ÉDOUARD GLISSANT ET LA VIE SCÉLÉRATE DE MARYSE CONDÉ

Victor TERFA ATSAAM

Department of Literary and Cultural Studies

Nigeria French Language Village, Badagry, Lagos State

ORCID iD: 0000-0002-3704-4862

victoratsaam@gmail.com

Introduction: À la suite de la Négritude vient l’Antillanité d’Édouard Glissant parmi les idéologies antillaises qui se sont évoluées dans le but de la recherche d’identité des Noirs. Tandis que la Négritude cherche la revendication  des valeurs originales noires, l’Antillanité se concentre sur l’identité antillaise. Dans La littérature franco-antillaise, Antoine (1992 :359) affirme que l’Antillanité est « un concept formule par Édouard Glissant en 1957-1958 [qui] ne s’est par affirmée sur le mode mythique que n’ont fait les autres idéologies littéraires contemporaines ». Concept idéologique, l’objectif de l’Antillanité est diffèrent de celui de la Négritude, ce que fait savoir Lirus (1979 :143) dans Identité antillaise :

 « Cette Antillanité n’est pas un mouvement comme la Négritude […] Elle n’est pas une prise de conscience des Antilles par des sensibilités « désantillanisées ». Elle n’est par l’acceptation de l’image que l’occidental se fait des Antilles en la marquant d’un signe positif alors que l’occidental la marque d’un signe négatif […] Bref, elle n’est pas la réinterprétation des Antilles à travers les catégories logiques et affectives de la mentalité occidentale. Elle est le vécu de certains Antillais, qui reconnaissent et qui valorisent […] leur patrimoine culturel. »

Il s’ensuit que l’objet littéraire central de l’Antillanité est la valorisation du patrimoine culturel des Antilles, ce sur quoi se construit la littérarité de l’Antillanité. Il faut garder à l’esprit que le concept de la littérarité fait référence aux particularités littéraires d’un texte par lesquelles on reconnait ce texte. Roman Jokobson, un littéraire russe, est à l’origine du concept de littérarité. Selon Wikipédia (2026, web), l’approche formelle de la littérarité réside « dans la densité des figures utilisées, dans le soin apporté à la rythmicité de la phrase, etc. Dès lors, elle se détache du fond, de l’objet sur lequel on écrit […] ».  Nous voici revenus à l’opinion d’Antoine vis-à-vis de la littérarité de l’Antillanité. Selon lui (1992 :359), il y a  deux types d’œuvres dans l’écriture de l’Antillanité : « D’une part […] des fictions centrifuges qui reproduisent « l’unité des diasporas » (Maryse Condé) […] D’autre part […] des œuvres qui […] s’efforcent de dégager […la] vérité de « pays » [antillais] ». Cette étude se donne l’objectif premier la comparaison des deux textes de Glissant et de Condé. La question hypothétique qui se pose est : en quoi réside-t-il le soubassement de l’Antillanité dans le but de présenter l’identité antillaise chez Glissant et Condé ? Dans cette recherche qui s’élabore à la démarche de théorie littéraire d’Antillanité, nous allons analyser les grandes idées qui représentent les deux axes de la littérarité de l’Antillanité. Pour faire cela, nous avons choisi Mahagony de Glissant comme exemple des œuvres de l’Antillanité qui dégagent la vérité du paysage antillais ainsi que La vie scélérate  de Condé en représentation des romans reproduisant l’unité des diasporas. Ces deux romans choisis comme documents de sources primaires seront analysés avec soutient d’autres documents de sources secondaires pour mettre en lumière le sujet de l’étude.

Résumé : Le présent article cherche à faire une étude stylistique comparatiste sur le sujet de la littérarité de l’Antillanité et l’identité antillaise dans Mahagony d’Édouard Glissant et La vie scélérate de Maryse Condé. Écrits en 1987, les deux romans présentent, chacun à son tour, sa version de l’identité antillaise dans le cadre théorique de l’Antillanité développée entre 1957-1958 par Édouard Glissant. Considérée des fois comme alliée de Glissant dans le projet littéraire de l’Antillanité, Maryse Condé est à l’origine d’une écriture controverse qui oscille entre l’Antillanité et la Créolité. À travers deux démarches de recherche documentaire et comparatiste, cette étude se conduit à découvrir que Mahagony de Glissant présente l’Antillanité comme un dégagement de la vérité du paysage antillais alors que La vie scélérate de Condé dévoile le concept idéologique selon la pluralité culturelle et raciale. Dans Mahagony, l’identité antillaise se dévoile à travers les traits d’un arbre à l’origine africaine, le mahogani. Dans La vie scélérate, ce qui importe comme caractère essentiel antillais est le parcours diasporique à travers un monde fuyant. L’étude conclut que l’Antillanité chez Glissant et celle chez Condé se complètent à travers leurs divergences stylistiques.

Mots-clés : Antillanité, littérarité, identité, métissage, culture.

Références bibliographiques

  • Angrey, U. (2008). Le roman de Maryse Condé et les perspectives d’avenir des Antilles. Calabar : Optimist Press Nig. Coy.
  • Antoine, R. (1992). La littérature franco-antillaise. Paris : Karthala.
  • Araujo, Nara. Ed. (1996). L’œuvre de Maryse Condé. Paris : Paris : l’Harmathan.
  • Bertrand, Georges. (1991). « Paysages-Geoconfluences », https://geoconfluences.ens-lyon.fr.
  • Boudraa Nabil Augustin. (2002). « La poétique du paysage dans l’œuvre d’Édouard Glissant, Kateb Yacine et William Faulkner ». Louisiana State University and Agricultural and Mechanical College, https://repository.Isu.edu/grandschool_dissertations/119.
  • Chancé, D. (2002). Édouard Glissant : un « traite du déparler ». Paris : Éditions Karthala.
  • Condé, M. (1987). Le vie scélérate. Paris : Éditions Seghers.
  • Condé, M. (1995). « Cherche nos vérités ». Eds. Maryse Condé et Madeleine Cottenet-Hage. Penser la créolité.  Paris : Karthala, pp. 305-310.
  • Cottenet-Hage, Madeleine. Ed. (1995). Penser la créolité. Paris : Karthala, pp. 11-20.
  • Glissant, E. (1987). Mahagony. Paris : Seuil.
  • Glissant, E. (1981a). Le discours antillais. Paris : Seuil.
  • Glissant, E. (1981b). La Lézarde. Paris : Seuil.
  • Lirus, J. 1979. Identité antillaise. Paris : Éditions caribéennes.
  • Moudileno, L. (1997). L’écrivain antillais au miroir de sa littérature. Paris : Éditions Karthala.